81 – SAINTE MARGUERITE-MARIE, MESSAGÈRE DU CŒUR DE JÉSUS (histoire à raconter)

Vie de sainte Marguerite-Marie Alacoque (1647 – 1690), à raconter ou à faire lire aux enfants.
Elle est la grande messagère du Sacré-Cœur…


“La disciple bien-aimée”, messagère du Cœur de Jésus

En 1647, sous le règne de Louis XIV, naît en Bourgogne, dans le petit hameau de Hautecour (commune de Vesrovres en Saône-et-Loire), une petite fille : Marguerite Alacoque. Trois garçons étaient nés avant elle : sa naissance est une très grande joie pour ses parents. Monsieur Alacoque est notaire. Toute cette famille, unie et profondément chrétienne, est très heureuse.

Marguerite trouve très drôle quand son papa, de temps en temps, la soulève de terre et la place devant lui, sur son cheval. A toute allure, il l’emmène voir sa marraine au château voisin. Quelle galopade, dans la belle campagne !

Chez sa marraine, Marguerite aime particulièrement une petite chapelle où elle va souvent se cacher pour prier.
A 4 ans, elle aime déjà tellement le Bon Dieu que, sans bien comprendre ce qu’elle fait, elle lui promet un jour de lui consacrer toute sa vie.

“Tout pour Dieu, rien pour moi”

Hélas, quand elle a 8 ans, son père meurt. Sa maman est obligée de la mettre en pension, comme ses frères.
Chez les religieuses de Charolles, elle travaille bien, et se prépare avec beaucoup d’amour à sa première communion. Mais elle est déjà tellement attirée par le Bon Dieu que souvent, quand elle est en train de jouer et qu’elle s’amuse le plus, elle se met tout à coup à l’écart pour prier… Sans doute déjà pour montrer à Jésus qu’elle Le préfère à tout !

A 11 ans, elle rentre à la maison. Mais, presque aussitôt, elle tombe malade. Pendant trois ans, Marguerite ne peut même plus marcher et souffre beaucoup. Un jour, de tout son cœur, elle se tourne vers la Sainte Vierge. Elle la supplie de la guérir, lui promettant, si elle retrouve la santé, de devenir une de ses filles dans la vie religieuse.

Aussitôt, Marguerite (qui maintenant se fait appeler Marguerite-Marie) se lève et marche normalement. Quel bonheur ! Elle a 14 ans : après cette longue et mystérieuse maladie, elle peut enfin, retrouver une vie normale !

Ses frères sont en pension, Marguerite-Marie et sa mère vivent maintenant dans une grande ferme avec trois autres femmes de la famille, jalouses et très méchantes avec elles.

Mais, après toutes ces épreuves, Marguerite-Marie a un peu oublié la promesse qu’elle avait faite à la Sainte Vierge…

“Si tu m’es fidèle…”

La jolie jeune fille qu’elle est devenue est attirée aussi par tous les divertissements et plaisirs de son âge. Elle est un peu tiraillée entre l’appel du Bon Dieu et la vie du monde. Elle a 18 ans et continue, bien sûr, à prier. Elle pourrait se marier… Mais, un jour, Jésus lui dit en secret dans son cœur : “Si tu m’es fidèle, je ne te quitterai pas, je t’apprendrai à me connaître et me manifesterai à toi”.

En attendant d’y voir plus clair, elle rend service autant qu’elle peut, tout autour d’elle : les pauvres, les malades, les enfants à qui elle apprend le catéchisme. Le Bon Dieu la veut-Il chez les Ursulines de Mâcon ? Non, elle sent que ce n’est pas là. Un jour, en voyage avec son frère à Paray-le-Monial, elle entre au Couvent de la Visitation.

Dans son cœur, une voix lui dit : “C’est ici que je te veux”. Et Marguerite-Marie se rend compte que c’est vraiment là sa place. A peine un mois plus tard, elle passe la porte de clôture du monastère. Son cœur se brise à l’idée de quitter sa famille. Mais en même temps, elle est remplie d’une joie venant vraiment du Ciel : c’est bien là que le Bon Dieu la veut.

Le 25 août 1671 – elle vient d’avoir 24 ans – rayonnante de bonheur, Sœur Marguerite-Marie prend l’habit des visitandines au couvent de Paray-le-Monial.

La chapelle, le balai et les ânes…

La Mère Supérieure veut l’éprouver. Comme elle a un peu l’air d’être ailleurs pendant les méditations à la chapelle, elle l’envoie un jour balayer pendant que la communauté est en prière. Mais Sœur Marguerite-Marie est d’une obéissance et d’une humilité parfaites. Même quand elle voit arriver un jour sur la table du réfectoire un gros morceau de fromage, qu’elle a tant de mal à manger, elle continue à faire bonne figure…

Un peu plus tard, son noviciat achevé, elle se prépare à sa profession religieuse. Le 6 novembre 1672, elle prononce les vœux qui la consacrent à Jésus pour toujours.

Au monastère de la Visitation, certaines sœurs, moins ferventes qu’elle, sont un peu agacées par son recueillement : elle passe de si longs moments à la chapelle, immobile, si paisible !
Même quand on lui confie la garde de deux ânons, on la retrouve encore en train de prier au milieu des champs ! Mais pendant ce temps, le Bon Dieu a dû garder lui-même les animaux, car ils n’ont fait aucun dégât : ils étaient pourtant dans le carré des légumes !

Sœur Marguerite-Marie est heureuse partout, “son Seigneur lui tenant toujours fidèle compagnie”. Il lui a promis, dans la prière, de ne plus la quitter et de s’entretenir souvent avec elle, sans que cela nuise à son travail. Quelle grande grâce !

Le Cœur de Jésus

Le 27 décembre 1673, c’est la fête de saint Jean l’Évangéliste : celui qui, au moment de la Cène, reposa sur le Cœur de Jésus. Sœur Marguerite-Marie est à la chapelle : aujourd’hui, elle a un peu plus de temps que d’habitude. Cela va être pour elle la première grande révélation du Sacré-Cœur de Jésus :

“Il me fit reposer longtemps sur sa divine poitrine, écrit-elle, où Il me découvrit les merveilles de son amour et les secrets inexplicables de son Sacré-Cœur qu’Il m’avait jusqu’alors cachés”.

”Mon divin Cœur est si passionné d’amour pour les hommes – lui dit-il – que, ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu’Il les répande par ton moyen”.

Ce message que Jésus transmet à Sœur Marguerite-Marie est comme un grand cri d’amour pour les hommes qui oublient trop facilement à quel point Jésus les aime. Surtout à cette époque (nous sommes au XVIIème siècle), le Jansénisme, un mouvement religieux hérétique (= contraire à la foi de l’Église) très austère, raidissait les Cœurs et les éloignait du Bon Dieu.

Par l’intermédiaire de Sœur Marguerite-Marie, Jésus vient donc rappeler au monde qu’il est d’abord tout Amour.

Un peu plus tard, Jésus se manifeste encore à Sœur Marguerite-Marie : il l’appelle sa “disciple bien-aimée” et lui demande de s’unir d’une manière particulière aux souffrances de son agonie, en lui consacrant une heure dans les nuits du jeudi au vendredi pour prier avec Lui, Le consoler, Lui demander pardon.

Le lendemain même, Sœur Marguerite-Marie va demander cette autorisation à la Supérieure. Elle est très mal reçue. “Qu’est-ce encore que ces inventions ? Je vous le défends !”
Sœur Marguerite-Marie va subir beaucoup d’humiliations et de mauvais traitements ; on se moque d’elle et on la traite de folle, lui jetant même de l’eau bénite comme si elle était possédée par le démon…

Le Père de La Colombière

Mais le Bon Dieu n’abandonne pas “sa disciple bien-aimée”. Une voix intérieure lui dit : “Qu’as-tu à craindre entre les bras du Tout-Puissant ?…”

À Paray-le-Monial, arrive un jésuite de grande réputation, le Père Claude de La Colombière. Il va être d’un très grand secours pour Sœur Marguerite-Marie. Ce prêtre a été canonisé (= déclaré saint) par Jean-Paul II en 1992. Il a une âme de feu. Il est passionné par le salut des âmes. Sa devise “Sans réserve” dit bien comment il veut se donner à cette tâche.

Dès son arrivée à Paray-le-Monial, il vient saluer la Supérieure de la Visitation qui lui présente la communauté des Sœurs. Marguerite-Marie entend dans son cœur : “Voilà celui que je t’envoie”.
Très vite, en effet, en découvrant l’âme de Sœur Marguerite-Marie et la mission que Jésus lui confie – rappeler aux hommes tout l’amour de son Sacré-Cœur – il la soutient et l’encourage.
Le Père de La Colombière lui demande de faire par écrit le récit de toutes les grâces reçues de Jésus : c’est ainsi que nous savons maintenant tant de choses sur le message de Jésus à Paray le Monial.

La grande révélation

En cette année 1675, on célèbre la Fête-Dieu le 13 juin. Sœur Marguerite-Marie reste en adoration devant le Saint Sacrement. Elle dit à Jésus son ardent désir de répondre le mieux possible à son amour.

C’est alors qu’Il lui découvre son Cœur tout brûlant d’amour pour les hommes : c’est l’origine de l’image ou de la statue du Sacré-Cœur, qui représente Jésus debout, montrant sur sa poitrine son Cœur, comme entouré de feu.
Jésus dit à sainte Marguerite-Marie :

“Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné pour leur témoigner son amour ; et, pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce sacrement d’amour (l’Eucharistie). Mais je souffre encore plus lorsque ce sont des âmes consacrées (prêtres, religieux, religieuses) qui agissent ainsi”.

Jésus demande aussi une fête spéciale de l’Église en l’honneur de son Sacré-Cœur, le vendredi qui suit le dimanche du Saint Sacrement. Et il assure à tous ceux qui honoreront et aimeront fidèlement son Sacré-Cœur, des grâces et des bénédictions particulières selon leur état. Enfin Il promet que tous ceux qui recevront la Sainte Communion neuf premiers vendredis du mois de suite ne mourront pas sans recevoir les sacrements nécessaires pour être sauvés. Il leur promet aussi que le Cœur de Jésus sera “leur asile assuré au dernier moment”.

Sœur Marguerite-Marie se doute bien qu’on ne voudra pas la croire et qu’on va encore se moquer d’elle quand elle va transmettre ce message pourtant si important…

“Quel trésor possède ce monastère !”

Heureusement, le Père de La Colombière est là. Il connaît bien, lui, l’âme de cette sœur si obéissante et si humble. Il n’a aucun doute sur la demande de Jésus. Il aide et soutient autant qu’il peut la confidente du Cœur de Jésus.

Et il va s’employer à faire instituer la fête du Sacré Cœur demandée.

Hélas, peu après il est envoyé en Angleterre. Il en rentrera un peu plus tard, malade, et reviendra même mourir à Paray le Monial en 1682.

Entre temps, le Bon Dieu a fait changer les esprits. La nouvelle Supérieure de la Visitation est plus favorable au message du Sacré-Cœur. Peu à peu, les persécutions diminuent : Sœur Marguerite-Marie peut faire connaître la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. Elle devient assistante de la Mère Supérieure. La communauté commence à deviner “quel trésor elle possède” avec cette sœur.

Nommée maîtresse des novices, Sœur Marguerite-Marie se fait tout de suite aimer des jeunes sœurs au cœur plein d’ardeur. On la traite avec respect, on commence même à lui demander des conseils…
Pour compenser un peu tous ces égards auxquels elle a droit maintenant, et surtout pour rester dans l’humilité, la simplicité, elle tient beaucoup à garder pour elle des travaux sales ou désagréables. Elle entraîne les jeunes novices dans le don total d’elles-mêmes au Cœur de Jésus : elle leur dit qu’une religieuse qui n’aime pas l’oraison (le “cœur à cœur” avec Jésus) est comme un soldat sans armes.
Et puis, surtout, elle donne l’exemple…

Le message se répand

Le 21 juin 1686, la fête du Sacré Cœur demandée par Jésus est célébrée pour la première fois au monastère de la Visitation. Cela n’a pas été sans peine, mais enfin le combat est couronné par la victoire ! La Mère Supérieure décide même de construire une petite chapelle en l’honneur du Sacré-Cœur.

“Je n’ai plus rien à souhaiter, je ne désire plus rien, puisque le Sacré Cœur est connu…”

Grâce aux Pères Jésuites, “chargés d’expliquer à tous l’utilité et la valeur de cette dévotion”, l’amour du Sacré-Cœur commence à se répandre bien au-delà du monastère de la Visitation. Sœur Marguerite-Marie peut être sûre maintenant que le message va se répandre à travers le monde.

Elle se prépare alors à la rencontre définitive avec Jésus. En effet, elle tombe malade. Mais le docteur, qui l’a vue si souvent épuisée par ses souffrances et persécutions, ne croit pas du tout que cette maladie soit la dernière.

Elle, pourtant, le sait : elle demande les derniers sacrements et meurt le 17 octobre 1690 (elle a 43 ans) entre les bras de deux novices, en s’écriant : “Jésus !” Elle est maintenant unie pour toujours à Celui qui lui avait donné pour mission de redire aux hommes tout l’amour de son Cœur.

Le feu se propage…

On ne compte plus maintenant les personnes, les familles, les communautés, les nations qui ont voulu répondre à l’amour de Jésus en se consacrant à son Sacré-Cœur.

On en a vu déjà un magnifique exemple au moment de la Révolution, quand tous les vendéens cousaient sur leurs vestes, comme signe de ralliement, l’image du Cœur de Jésus.

Plus tard, en 1870, à la bataille de Loigny, était brandie une belle bannière blanche “CŒUR DE JÉSUS, SAUVEZ LA FRANCE !” Et d’innombrables soldats, au cours des dernières guerres, se sont mis sous la protection du Sacré-Cœur de Jésus.

En 1856, le Pape Pie IX avait ordonné que la fête du Sacré-Cœur soit désormais célébrée chaque année dans le monde entier, le troisième vendredi après la Pentecôte. (cette année ce sera le 19 juin)

Beaucoup de personnes, ce jour-là, renouvellent leur prière de consécration au Cœur de Jésus.

Enfin, on ne peut parler du Sacré-Cœur sans évoquer l’immense basilique de Montmartre, construite à la fin du siècle dernier sur cette colline au nord de Paris où saint Denis, premier évêque de cette ville, subit le martyre avec ses compagnons. (Montmartre = mont des martyrs)

Après toutes les souffrances de la guerre de 1870, la France voulut manifester son désir de redevenir plus fidèle à Dieu. L’Assemblée Nationale vota une loi pour construire la “basilique du Vœu National”, à laquelle petits et grands apportèrent leur souscription. Depuis plus d’un siècle maintenant, jour et nuit, les fidèles se relaient pour y adorer Jésus présent dans l’Eucharistie.

Ce qui est important, vous l’avez bien compris, chers enfants : quel que soit l’endroit où l’on se trouve, la chapelle de la Visitation de Paray-le-Monial, la basilique de Montmartre ou l’église de notre village, le plus important,

c’est de savoir que Jésus est là. Et de venir répondre à l’amour de son Cœur avec toute la confiance et la simplicité de notre cœur.

Francine BAY