21 – QUATRE THÈMES À MÉDITER POUR L’ÉPIPHANIE (spiritualité)

– Joie, adoration, offrande.  (Saint Léon)
– Les cœurs droits, les cœurs purs peuvent, seuls, trouver Jésus.  (Saint Grégoire)
– Prendre un autre chemin.  (Saint Grégoire et Saint Ambroise)
– Être « une étoile » pour les autres.  (Père Zucchelli)


Joie, adoration, offrande

Reconnaissons dans les mages adorateurs du Christ les prémices de notre vocation et de notre foi.
Et célébrons avec joie le début de cette espérance bienheureuse (…)
Honorons donc ce jour très saint où apparaît l’auteur de notre salut ; et Celui que les mages ont adoré petit enfant dans une crèche, adorons-Le Tout-Puissant dans les cieux.
Et, comme les rois firent de leurs trésors des offrandes mystiques au Seigneur,
à notre tour, tirons de nos cœurs des dons qui méritent d’être offerts à Dieu.
(Saint Léon)

Voir à ce sujet : l’éducation de nos enfants au détachement

Il n’y a que les cœurs droits, les cœurs purs, qui peuvent trouver Jésus

Ayant appris la naissance de notre Roi, Hérode recourt à des arguments de fourbe.
Dans la crainte d’être privé d’un royaume terrestre, il demande qu’on lui fasse savoir
où l’enfant sera trouvé. Il feint de vouloir l’adorer, afin de le faire périr, s’il peut le trouver.
Mais que vaut la malice humaine contre le dessein de Dieu ? Il est écrit en effet :

Il n’y a pas de sagesse, il n’y a pas de prudence, il n’y a pas de conseil contre le Seigneur. (Pr 21, 30)

En effet, cette étoile qui leur est apparue conduit les mages.
Ils trouvent le Roi qui est né, lui offrent des présents,
et sont avertis en songe qu’ils ne doivent point retourner vers Hérode.
Il arrive ainsi qu’Hérode ne peut trouver Jésus qu’il recherche.
De qui est-il l’image, sinon de ces gens appelés hypocrites qui, feignant de rechercher le Seigneur,
ne méritent jamais de le trouver ?
(Saint Grégoire)

Les mages vinrent par un chemin, et s’en retournèrent par un autre…

Les mages nous suggèrent une grande leçon, en retournant dans leur pays par un autre chemin. Ils font, en effet, ce qui leur a été recommandé et ainsi nous indiquent ce que nous devons faire.
En vérité, notre patrie, c’est le ciel ; Jésus une fois connu, il nous est interdit de nous y rendre par le même chemin par lequel nous sommes venus.

Et nous nous sommes éloignés de notre patrie par l’orgueil, la désobéissance, la poursuite des choses visibles et l’absorption du fruit défendu : il est donc nécessaire que nous y revenions par les larmes, l’obéissance, le mépris des choses visibles et la mortification des désirs de la chair.
Retournons donc par une autre voie dans notre patrie : puisque nous nous sommes éloignés des joies du paradis par les vains plaisirs, revenons-y par la pénitence qui nous détournera de ces plaisirs… »
(Saint Grégoire)

Les mages vinrent par un chemin, et s’en retournèrent par un autre. Car ils avaient vu le Christ, ils avaient compris le Christ : assurément ils retournent meilleurs qu’ils étaient venus.
Il y a en effet deux voies : l’une qui conduit à la mort, l’autre qui conduit au royaume. Celle-là est celle des pécheurs qui conduit à Hérode ; celle-ci est le Christ par laquelle on retourne dans sa patrie. Certes ici, c’est l’exil temporaire, comme il est écrit : Longtemps mon âme a été une exilée (Nb. 24, 17)
(Saint Ambroise)

Etre nous-mêmes une « étoile » pour les autres…

Les mages s’en retournent chez eux par un autre chemin qu’à l’aller, c’est-à-dire avec un cœur illuminé par la foi et brûlé par l’amour. Désormais, à leur tour, ils seront au milieu de leur monde des signes vivants de Jésus-Christ.
L’histoire des mages s’arrête là, et c’est là que la nôtre commence.

Sur le mystère de Jésus notre intelligence a reçu d’abondantes lumières. Et à côté de ces lumières extérieures, Dieu nous a prodigué la lumière intérieure de ses inspirations. Avec joie, avec amour nous avons fait nos premiers pas à la rencontre de Jésus-Christ.
Mais au fur et à mesure que nous avancions en âge, pour un pas en avant, que de pas en arrière !

Car nous trouvons toujours des prétextes pour remettre à plus tard le don de nous-mêmes à Dieu. Des prétextes pour reprendre à Dieu, furtivement, ce que nous Lui avions déjà donné. Et la clarté de l’étoile de Bethléem ne brille plus à notre regard, et la clarté intérieure de la foi s’obscurcit dans notre âme.

Dans ces conditions comment pourrions-nous être des signes vivants de Jésus-Christ pour ceux qui nous entourent ? Beaucoup d’entre eux ne liront jamais l’Évangile. Ils n’en ont ni le loisir ni le goût.

Mais ils nous regardent vivre, ils lisent notre vie comme un évangile en acte. Quelle déception pour eux, si nous ne l’étions pas (cet évangile en acte), et quelle tristesse pour nous, si nous leur cachions le visage de Jésus-Christ, ce visage qu’ils poursuivent de leur secrète attente, avec l’espoir de Le rencontrer.

Pour être au milieu du monde un signe vivant de Jésus-Christ, le chrétien doit indispensablement refaire ses forces devant le tabernacle. L’étoile de Bethléem, c’est et ce sera toujours pour nous la petite lampe du Saint-Sacrement.

Autrement dit, c’est à la messe et dans la communion, et dans la prière d’adoration devant le tabernacle, une prière ininterrompue, au moins en désir, c’est là que le chrétien apprend ce qu’il doit être et ce qu’il doit faire pour devenir un signe qui éclaire l’intelligence et qui bouleverse le cœur.

Celui qui connaît mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui M’aime.
Et celui qui M’aime sera aimé de mon Père, et Moi aussi Je l’aimerai et Je me manifesterai à lui. (Jn 14, 21)

Or, si Jésus se manifeste à nous, c’est pour qu’à notre tour nous Le manifestions aux autres.
Telle est « l’Épiphanie », c’est-à-dire la manifestation que Dieu attend de chacun de nous.

(Père ZUCCHELLI. À travers les évangiles. Nouvelles Éditions Latines 1984)