22 – « Ô CROIX, NOTRE UNIQUE ESPÉRANCE… (spiritualité)

– Scandale pour les juifs et folie pour les païens qui la refusent, la Croix est le signe spécifique des chrétiens qui l’acceptent.
– La Croix du Christ est le signe de son Amour pour nous
– La Croix fait partie de notre vie
– Elle est le « point de passage obligé » entre terre et Ciel.


Chaque fois que nous commençons à prier, nous traçons sur nous le signe de la Croix. Ce fut le premier geste du prêtre sur nous à notre baptême :

« Reçois le signe de la croix sur le front et sur le cœur, grave en toi la foi aux préceptes divins,
et montre-toi tel dans ta conduite que tu puisses être le Temple de Dieu. »
(ancien rituel du baptême)

Faire le signe de la Croix, c’est affirmer notre foi au Fils de Dieu vainqueur de la mort et du péché. Chaque fois que nous faisons ce signe de la croix, y pensons-nous ? Sommes-nous conscients de sa signification profonde ?

Ce temps de la Passion de notre Sauveur est l’occasion de nous poser la question : refusons-nous ou acceptons-nous la Croix, signe du Christ ?
Lorsque le Christ apparaîtra dans le ciel, à la fin des temps, pour le jugement, la Croix sera avec Lui, comme son étendard : c’est devant cette Croix que nous serons jugés.

1 – Refus ou acceptation de la Croix ?

La Croix discerne, établit autour de nous une séparation entre les amis de Dieu et les amis du monde.

Il y en a beaucoup, je vous l’ai dit souvent, et je le redis aujourd’hui avec larmes,
qui se conduisent en ennemis de la croix du Christ : leur fin sera la perdition.
Ils ont pour dieu leur ventre et mettent leur gloire dans leur honte.
Ils n’apprécient que les choses de la terre. (Ph 3, 18)

Il y en a beaucoup qui désirent le céleste royaume de Jésus, mais peu consentent à porter la Croix. Beaucoup souhaitent ses consolations, mais peu aiment ses souffrances.
Il trouve beaucoup de compagnons de sa table, mais peu de son abstinence.
Plusieurs suivent Jésus jusqu’à la fraction du pain, mais peu jusqu’à boire le calice de la passion …
(Imitation de Jésus-Christ. Livre 2, ch. 11 : du petit nombre de ceux qui aiment la Croix de Jésus-Christ)

Regardons au Calvaire…

d’un côté, le groupe de ceux qui ont crucifié le Christ, le raillent, l’outragent, et le larron qui se révolte.

de l’autre, ceux qui se tiennent au pied de la croix, dignement. Ils communient aux souffrances du Crucifié, acceptent ce mystère de la Croix et la portent dans leur cœur.
Pour le bon larron, l’acceptation de son châtiment lui vaut cette parole que nous voudrions entendre
pour nous-mêmes :

« En vérité je te le dis, aujourd’hui même tu seras avec moi dans le Paradis ». (Lc 23, 43)

Regardons actuellement dans le monde…

La Croix sépare les hommes :

d’un côté, ceux qui l’acceptent avec foi et humilité pour leur propre rédemption et celle du monde ;

de l’autre, ceux qui la refusent, qui la fuient, qui veulent à tout prix éviter cette souffrance sous de faux prétextes, s’en détournent, l’arrachent des bâtiments publics, des hôpitaux, des écoles, des tribunaux… Et ceux-là persécutent ceux pour qui elle est signe de reconnaissance et d’appartenance au Christ.

Deux amours ont bâti deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi. (Saint Augustin)

Pour nous chrétiens

il ne suffit pas de rompre toute attache avec le péché et de vivre honnêtement.
Nous avons à nous configurer au Christ, l’imiter, le suivre en chacun de ses mystères, joyeux ou douloureux, afin d‘avoir part aux richesses de sa gloire.
Et c’est la Croix qui nous configure à notre modèle et restaure en nous son image.

Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à soi-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive. (Lc 9, 23)

Porter sa croix « chaque jour » ! Pour ne pas nous recroqueviller ou la fuir quand elle entre dans nos vies, il faut apprendre à voir le mystère de la Croix « en grand », en gardant notre regard fixé sur Jésus sur la Croix, instrument de notre salut.
Ce n’est que de cette manière que nous recevrons la grâce, la force, d’unir nos petites croix quotidiennes à Celle de Jésus.

2 – La Croix du Christ, signe de son Amour.

La Croix est le signe visible, extérieur, le signe sacré de l’amour de Notre Seigneur, de son offrande, de son oblation intérieure.

1) Signe de son amour pour son Père

Il faut que le monde reconnaisse que j’aime le Père et que je fais comme le Père m’a commandé. (Jn 14, 31)

Je fais toujours ce qui lui plaît. (Jn 8, 29)

Ce qui se traduit en obéissance :

Père, si tu veux, éloigne de moi ce calice !
Cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse (Lc 22, 42)

L’obéissance est elle-même signe d’humilité, d’une soumission douce, aimante : en son humanité, le Christ se reconnaît inférieur à Dieu.

La croix, supplice le plus infamant de l’esclave livré à la volonté de son maître, est un supplice cruel, déshonorant :

Lui, étant de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
Mais il s’anéantit lui-même, prenant la condition d’esclave et devenant semblable aux hommes.
S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore en se faisant obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la Croix. Aussi Dieu l’a exalté… (Ph 2, 5-9)

Le psaume 21, qui décrit minutieusement toutes les souffrances de la Passion, nous montre les sentiments profonds de son âme : écrasement de la créature devant Dieu et, plus encore, écrasement de l’Agneau chargé de tous les péchés du monde :

La voix de mes péchés éloigne de moi le salut. Et moi, je suis un ver et non un homme, l’opprobre des hommes et le rebut du peuple… (Ps 21, 2, 7)

2) Signe de son amour pour nous

– Cet abaissement total de Jésus dans sa Passion est dans le droit fil de l’Incarnation LIEN : Il s’est abaissé jusqu’à nous pour nous élever jusqu’à Lui.

Dieu n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous. (Rm 8, 31)

– Signe ultime, sceau d’authenticité à ses paroles : un acte.

Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. (Jn 15, 13)

– Alors que nous étions ses ennemis, nous voici réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils. (Rm 5, 10)

– Ses dernières paroles encore expriment tout son amour pour nous :

Femme, voilà ton fils. – J’ai soif ! (de nos âmes).(Jn 19, 26 – 28)

Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. (Lc 23, 34)

– Amour pour chacun de nous personnellement : n’y aurait-il eu qu’un seul pécheur à sauver, Il se serait offert en sacrifice de la même façon.

« Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m‘a aimé et s’est livré pour moi«  (Ga 2, 20)

– Il accepte de « satisfaire » à la justice divine, c’est-à-dire d’expier, à notre place et au nom de l’humanité entière, et ainsi de réparer l’offense faite à la Majesté et à la Bonté de Dieu.

Tout cela pour obtenir notre sanctification, notre participation à la nature divine, l’adoption filiale, la justification, et nous rendre héritiers de la gloire.

Il vous a réconciliés dans son corps de chair, le livrant à la mort
pour vous faire paraître devant Lui saints, sans tache et sans reproches. (Col 1, 22)

3) Signe de son amour pour l’Église

Le Christ a aimé l’Église. Il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier … Car il voulait se la présenter à Lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride, ni rien de tel, mais sainte et immaculée. (Ep 5, 25-27)

3 – La Croix dans notre vie

1 – La Croix est présente dans tous les états de vie, et tous les jours…

La croix, c’est tout ce qui se met en travers de mes projets, de ma volonté personnelle, ce qui me vient du dehors et qui s’impose à moi. Mais tout ce qui m’arrive est voulu ou permis par Dieu, et donc vient de Lui :

– défauts des autres à supporter, charge familiale, devoirs d’état, difficultés dans la vie conjugale…

– petites contrariétés, renoncements à notre volonté propre (consentis, ou subis à contrecœur ?),

– réactions d’amour-propre devant les incompréhensions, les humiliations, les déceptions…

– désirs ou projets irréalisés,

– défaut dans lequel on retombe souvent et qui nous humilie,

– sentiments d’impuissance, d’échec : ennuis de santé, séparation d’un être cher, vie de famille.

– dans la vie spirituelle : sentiment de n’arriver à rien, découragement, lassitude …

Ne cherchons pas plus loin : la croix qui pèse, qui fait mal, c’est tout cela. La croix est présente dans tous les états de vie, de manières différentes, mais elle est toujours présente.
(Et il y a aussi les croix « volontaires », sacrifices consentis par amour, pour Dieu ou pour les autres).

2 – Quelle est notre réaction quand la Croix se profile à l’horizon ?

Comme saint Pierre ? Une réaction tout humaine : fuir la Croix. Lorsque, pour la première fois, Jésus annonce sa Passion, Pierre réagit « à contre » :

« A Dieu ne plaise, Seigneur ! Non, cela ne T’arrivera pas. »
Mais Jésus, se retournant, dit à Pierre : Arrière de moi, Satan ! Tu es pour moi un scandale ;
car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. (Mt 16, 21-23)

Ou comme saint Paul ? Une réaction surnaturelle :

Pour nous, il nous faut nous glorifier dans la Croix de Notre Seigneur Jésus-Christ en qui est la vie et notre résurrection, par qui nous avons été sauvés et délivrés. (Ga 6, 14)

Pour le Christ Jésus, mon Seigneur, j’ai accepté de tout perdre (…) afin de Le connaître, Lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, en Lui devenant conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts.
(Ph 3, 8-11)

Si vous ne voulez pas souffrir patiemment et porter votre croix avec résignation, comme les prédestinés, vous la porterez avec murmure et impatience comme les réprouvés

Choisis une des croix que tu vois au Calvaire. Choisis bien sagement, car il est nécessaire de souffrir comme un saint ou comme un pénitent, ou bien comme un réprouvé qui n’est jamais content.

C’est-à-dire que, si vous ne voulez pas souffrir avec joie, comme Jésus-Christ, ou avec patience, comme le bon larron, il faudra que vous souffriez malgré vous comme le mauvais larron ; il faudra que vous buviez jusqu’à la lie du calice le plus amer, sans aucune consolation de la grâce, et que vous portiez le poids tout entier de votre croix, sans aucun aide puissante de Jésus-Christ.
Il faudra même que vous portiez le poids fatal que le démon ajoutera à votre croix, par l’impatience où elle vous jettera, et qu’après avoir été malheureux avec le mauvais larron sur la terre, vous alliez le trouver dans les flammes.

Mais si au contraire vous souffrez comme il faut, la croix deviendra un joug très doux, que Jésus-Christ portera avec vous ; elle deviendra les deux ailes de l’âme qui s’élève au ciel ; elle deviendra un mât de navire qui vous fera arriver au port du salut. Portez votre croix patiemment et, par cette croix bien portée, vous serez éclairés en vos ténèbres spirituelles ; car qui ne souffre rien par la tentation ne sait rien. Portez votre croix joyeusement, et vous serez embrasés du divin amour.
(Saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Lettre aux amis de la Croix)

Si vous portez de bon cœur la croix, elle-même vous portera, et vous conduira au terme désiré, où vous cesserez de souffrir ; mais ce ne sera pas en ce monde. Si vous la portez à regret, vous en augmentez le poids, vous rendez votre fardeau plus dur, et cependant il vous faut la porter.
(Imitation de Jésus-Christ. Livre 2, ch. 12. De la sainte Voie de la Croix)

A chacun de méditer, de voir quand et comment elle se manifeste à nous, quelle est notre réaction, comment nous l’acceptons. Quelle résonance ont en nous ces paroles du Seigneur ? :

Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renonce lui-même, qu’il prenne sa croix
et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra,
mais celui qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera. (Mt 16, 24)

3 – Pourquoi n’accepte-t-on pas la Croix, ou difficilement ?

1) Par peur de la souffrance

C’est une réaction normale : nous ne sommes pas faits pour cela, ni pour la mort. Ce sont des violences faites à la nature, des conséquences du péché originel.
Mais au lieu d’être des châtiments inéluctables, nos souffrances peuvent devenir instruments de rédemption pour nous et le monde.

2) Parce qu’on ne veut pas la voir… Ou bien on en voudrait une autre…

…On la voudrait là où cela nous arrangerait.

On ne choisit pas sa croix, elle est choisie pour nous, à notre taille et avec la grâce pour la supporter. Notre Seigneur dira à saint Pierre au sujet de sa mort :

Quelqu’un te ceindra et te conduira où tu ne voudras pas aller. (Jn. 24, 18)

La croix comporte très souvent cet élément de surprise : elle nous atteint de plein fouet, au moment où l’on s’y attend le moins, elle se heurte en nous à quelque chose qui n’est pas « en Dieu« , selon Dieu : une affection, un désir, un défaut … une chose (même bonne en elle-même), à laquelle on tient, mais qui empêche que Dieu soit présent aussi, …et même un être cher : l’aimions-nous « en Dieu » ?

4 – Aimer la Croix

En elle-même, la Croix est un objet d’horreur, un supplice d’esclave pratiqué au temps de Jésus.
S’il nous est demandé de l’aimer, ce n’est pas en tant que telle, mais parce que Jésus l’a sanctifiée, qu’Il s’en est servi pour la Rédemption, pour nous sauver : elle devient alors non plus un instrument de mort, mais de glorification.

Vous n’ignorez pas que vous êtes les temples vivants du Saint-Esprit et que vous devez, comme autant de pierres vives, être placés par ce Dieu d’amour au bâtiment de la Jérusalem céleste : attendez-vous donc à être taillés, coupés et ciselés par le marteau de la Croix, autrement vous demeureriez comme des pierres brutes qu’on n’emploie à rien, qu’on méprise et qu’on rejette loin de soi…
(Saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Lettre aux amis de la Croix)

Si nous devons aimer la Croix, c’est parce que c’est là que nous trouvons Jésus-Christ, c’est elle qui nous fait à sa ressemblance. Aimer la Croix, cela consiste pour nous à Lui rester unis dans les épreuves qui nous arrivent.

Il ne faut pas s’arrêter en face de la croix et la regarder en elle-même mais, se recueillant sous les clartés de la foi, il faut monter plus haut et penser qu’elle est l’instrument qui obéit à l’Amour divin. Le sacrifice est un sacrement qui nous donne le bon Dieu, Il l’envoie à ceux qu’Il aime et qu’Il veut tout près de Lui ! (Bse Elisabeth de la Trinité. Pensées II – Pour son amour j’ai tout perdu. Ed du Cerf)

La Croix nous grandit

Elle est :

la réparation de nos péchés (« satisfaction »)

Porter notre croix, avec patience et résignation est une réparation pour nos péchés, et nous donne l’assurance que si nous souffrons avec le Christ, avec Lui nous seront glorifiés. (Rm. 8, 17)

Après nous avoir donné l’absolution dans le sacrement de Pénitence, le prêtre prononce cette prière :

« Que la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ, les mérites de la Bienheureuse Vierge Marie et de tous les saints, tout ce que vous ferez de bien, ou souffrirez de pénible, serve à la rémission de vos péchés, augmente en vous la grâce et vous obtienne la vie éternelle« .

la purification de notre nature

Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises. (Ga 5, 24)

Accepter sereinement les contrariétés qui nous viennent du dehors, s’appliquer à mieux accomplir son devoir d’état, moins rechercher ses aises, choisir ce que l’on aime le moins… sont autant de moyens de nous configurer au Christ, de nous unir à Lui :

Pour moi, puissé-je ne me vanter que de la Croix de Notre Seigneur Jésus-Christ,
par laquelle le monde est à jamais crucifié pour moi et moi pour le monde. (Ga 6,14)

la destruction du vieil homme

Le « vieil homme« , c’est notre volonté propre, tout ce qui se refuse à mourir au péché pour vivre à Dieu, pour Le laisser libre d’agir en nous et par nous. La Croix dans notre vie nous apporte une libération à laquelle nous participons :

En vérité, je vous le dis : quiconque commet le péché est esclave du péché. (Jn. 8, 34)

une épreuve

« Dieu sonde les reins et les cœurs ». Dieu nous éprouve, comme le feu éprouve l’or dans la fournaise. Dieu veut voir ce que nous valons, ce que vaut notre amour : amour des consolations de Dieu, ou amour du Dieu des consolations ?

Vie de foi pure : l’épreuve nous élève dans notre foi, notre espérance, notre charité.

Test également pour nous : que vaut notre amour de Dieu, notre obéissance à la volonté de Dieu, notre humilité ? Réjouissons-nous, même, si nous ne voyons que notre faiblesse… Ce n’est que dans l’épreuve que nous pouvons réellement Lui prouver que nous L’aimons.

une participation à la co-rédemption

Notre accueil de la Croix est participation au Sacrifice du Christ : c’est cela qui donne toute sa valeur à une souffrance, peine, effort, combat …

Mes frères, soyez les imitateurs de Dieu, comme des enfants bien-aimés
et marchez dans l’amour, comme le Christ, qui Lui aussi nous a aimés
et s’est livré Lui-même pour nous à Dieu en une oblation et un sacrifice d’agréable odeur. (Ep 5, 1)

aimer la Croix est du domaine de la FOI, pas de la sensibilité :

« Quand on vous dit d’aimer la Croix, on ne parle pas d’un amour sensible qui est impossible à la nature… »
(Saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Lettre aux amis de la Croix)

Nous ne sommes pas faits pour cette terre, mais pour le bonheur du ciel. Si nous adhérons vraiment à cette vérité, nous accepterons de suivre Jésus sur l’unique chemin qui nous y mène : ce chemin passe nécessairement par le renoncement, par la Croix.

Si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ;
mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.
Celui qui aime sa vie la perdra ;
mais celui qui hait sa vie en ce monde la conservera pour la vie éternelle. (Jn 12, 24-25)

L’attitude de foi, c’est d’envisager nos croix comme une parcelle de la Sainte Croix qu’a portée notre Seigneur et de les unir à la sienne :

Je complète en ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ pour son corps qui est l’Eglise. (Col 1, 24)

La foi nous le dira intérieurement, même si la nature se révolte dans sa sensibilité. Si nous restons dociles et patients, le Saint-Esprit nous instruira, la grâce nous apaisera après coup. C’est l’Esprit Saint qui nous pousse à ces renoncements dans le secret de notre conscience, de notre cœur et à nous offrir à Dieu à la suite du Christ.

La foi se prouve par les œuvres : ce sont ces renoncements, ces efforts qui enracinent la foi dans notre cœur. Nos actes concrétisent notre intention de servir Dieu et de faire sa volonté.

C’est alors toute notre vie qui devient sacrifice de louange pour Dieu, la vie devient spirituelle car elle est aimantée, polarisée par Dieu.
Le sacrifice n’est plus une privation ou une mortification, le respect d’un précepte moral, mais bien un acte donné à Dieu, qui nous stabilise parce qu’il nous fait passer en Dieu, non par nos propres forces humaines, mais par la force de la grâce en nous.

aimer la Croix ne peut être le fait que de la GRÂCE, pas de la nature.

Encore pouvons-nous – devons-nous – désirer cette grâce, la demander : elle nous sera assurément donnée.

Il n’est pas selon l’homme (selon la nature) de porter la Croix, d’aimer la Croix, de châtier le corps, de le réduire en servitude, de fuir les honneurs, de souffrir volontiers les outrages, de se mépriser soi-même et de souhaiter d’être méprisé, de supporter les afflictions et les pertes, et de ne désirer aucune prospérité dans ce monde. Si vous ne regardez que vous, vous ne pouvez rien de tout cela.
Mais si vous vous confiez dans le Seigneur, la force vous sera donnée d’en haut et vous aurez pouvoir sur la chair et le monde. Vous ne craindrez pas même le démon, votre ennemi, si vous êtes armé de la foi et marqué de la croix de Jésus-Christ.
(Imitation de Jésus-Christ. Livre 2, ch. 12. De la sainte Voie de la Croix)

4 – La Croix est le « point de passage obligé » entre terre et ciel.

La Croix debout, fichée en terre, est LE PONT tendu entre Ciel et terre, le seul et unique pont qui relie enfin les deux rives séparées depuis le péché originel par un abîme infranchissable.
Désormais, Dieu ne regarde plus l’humanité qu’à travers son Fils en Croix, et Il ne verra que ceux qui se tiennent « juxta crucem« , près de la Croix : ceux qui acceptent de se laisser sauver par le sacrifice de son Fils.

« La Croix unit maintenant le ciel à la terre. » (Henri POURRAT. La Bienheureuse Passion)

La Croix est le chemin du ciel, et il n’y en a pas d’autre

Pourquoi donc craignez-vous de porter la Croix, par laquelle on arrive au royaume du ciel ?
Dans la Croix est le salut, dans la Croix la vie, dans la Croix la protection contre nos ennemis.
Dans la Croix est la force de l’âme ; dans la Croix la joie de l’esprit, la perfection de la sainteté.
(…) Il n’est point d’autre voie qui conduise à la vie et à la véritable paix du cœur que la voie de la Croix et de la mortification continuelle.
Allez où vous voudrez, cherchez tout ce que vous voudrez, vous ne trouverez pas au-dessus une voie plus élevée, au-dessous une voie plus sûre que la voie de la sainte Croix.
Disposez de tout selon vos vues, réglez tout selon vos désirs, et toujours vous trouverez qu’il vous faut souffrir quelque chose, que vous le vouliez ou non ; et ainsi vous trouverez toujours la Croix.
Car ou vous sentirez de la douleur dans le corps, ou vous éprouverez de l’amertume dans l’âme.
Tantôt vous serez délaissé de Dieu, tantôt exercé par le prochain et, ce qui est plus encore, vous serez souvent à charge à vous-même.
S’il y avait eu pour l’homme quelque chose de meilleur et de plus utile que de souffrir, Jésus-Christ nous l’aurait appris par ses paroles et par son exemple. Or, manifestement il nous exhorte à porter sa Croix, en disant : Si quelqu’un veut marcher sur mes pas, qu’il renonce à soi-même, qu’il porte sa Croix et qu’il me suive. (Imitation de Jésus-Christ. Livre 2, ch. 12. De la sainte Voie de la Croix)

Êtes-vous entrés dans la vraie voie de la vie, qui est la voie étroite et épineuse du Calvaire ?
N’êtes-vous point, sans y penser, dans la voie large du monde, qui est la voie de la perdition ? …Distinguez-vous bien la voix de Dieu et de sa grâce, d’avec celle du monde et de la nature ?
(Saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Lettre aux amis de la Croix)

Mais la Croix n’est pas une fin en soi : elle n’est qu’un passage, avant d’entrer dans la gloire

Voici venue l’heure où doit être glorifié le Fils de l’homme. (Jn 12, 23)

Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais vers le Père. (Jn 14, 28)

Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. De nouveau, je quitte le monde et je vais au Père. (Jn 16, 28)

Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que fût le monde. (Jn 17, 5)

« Ce n’est pas à la croix que se termine le chemin de la croix, pas à la mort sur la croix, ni à l’ensevelissement dans le sépulcre. Pas même à la Résurrection, dans le jardin, en ce matin plein d’aurore de la Pâque.
Mais à l’Ascension du Christ, premier corps glorieux, prophète et roi du Règne, il ouvre le royaume où la vie humaine divinisée entre dans la gloire. La face levée, les fidèles le regardent qui s’élève au-dessus de ce monde, triomphant et de la pesanteur et de la mort.
Car le poids et la chute, la peine et l’anéantissement, ne sont pas la vérité : la vérité, c’est la montée, et c’est la joie dans la lumière. Tout l’univers va à cette victoire qui passe l’espérance. »
(Henri POURRAT. La Bienheureuse Passion)

Pour guider votre méditation sur la Passion, quelques lectures…

– Le psaume 21.

– Lettre aux amis de la Croix. Saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

– L’Imitation de Jésus-Christ (notamment Livre 2, ch. 11-12)

– La Passion de Jésus-Christ, selon le chirurgien, du Docteur BARBET. (Ed Mediaspaul)

– enfin, un très beau livre, trop peu connu, que nous vous recommandons :
La bienheureuse Passion, d’Henri POURRAT (Ed DMM.1991 – Dominique Martin Morin, 53290 BOUÉRÉ)
« Une profonde et admirable méditation sur les quatorze stations du Chemin de la Croix … Nombreux sont les ouvrages sur ce thème. Par le style et l’élévation de la pensée, celui d’Henri Pourrat est sans contredit l’un des plus beaux. » (Dom Soltner, Lettre aux amis de Solesmes.)

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