21 – L’OFFRANDE DE JÉSUS-CHRIST À SON PÈRE (spiritualité)

Dès le début de sa vie, Jésus se montre s’offrant Lui-même à son Père,
en réparation, pour le salut du genre humain.

Méditation d’une haute densité doctrinale et spirituelle sur ce thème, à l’occasion de la fête du 2 février.

La fête de la Présentation de Jésus au Temple, que nous fêtons le 2 février, constitue en quelque sorte la « charnière », le lien entre les deux mystères de l’Incarnation et de la Rédemption : si Jésus s’est fait homme, c’est pour nous sauver.
C’est là qu’Il se montre, dès le début de sa vie, comme s’offrant Lui-même à Dieu son Père, en victime de réparation, pour le salut du genre humain.

La méditation qui suit, d’une haute densité doctrinale et spirituelle, développe cette idée.
Vous y trouverez de quoi enrichir vos connaissances et faire une synthèse intéressante entre ses différents éléments.
Plus encore elle pourra orienter votre réflexion vers une application personnelle et ainsi approfondir votre vie intérieure.

Lien entre ancien et nouveau Testament :

Par sa Présentation, Jésus réalise l’accomplissement du rite ancien et le dépasse

La Présentation de Jésus au Temple fait partie des rites de l’ancienne Loi.
Mais pour nous, par-delà ces rites, la réalité est tout autre.
Dans cette cérémonie qui est en quelque sorte la première cérémonie officielle de la Nouvelle Alliance, c’est Jésus qui s’offre Lui-même à son Père.

A la différence des autres enfants de son âge, Jésus est parfaitement conscient de son acte. Mais parce qu’il n’est qu’un enfant, la présence de Marie sa mère Lui est indispensable, comme elle l’est pour nous dans l’offrande de nous-mêmes à notre Père.

Car cette offrande de Jésus-Christ à son Père est le modèle de la nôtre.

Ce mystère de la Présentation de Jésus s’enracine dans l’Ancien Testament

Pour délivrer les Hébreux opprimés, l’Ange du Seigneur avait exterminé en une seule nuit tous les premiers-nés des Egyptiens (Ex 12, 20).
En signe de reconnaissance et d’ailleurs sur l’ordre même de Dieu, les Juifs depuis lors Lui consacraient tous leurs premiers-nés de sexe masculin (Ex 13, 2). Ces premiers-nés, Dieu voulait d’abord se les réserver pour en faire ses prêtres.
Puis il choisit Aaron et sa descendance, c’est-à-dire la tribu de Lévi pour en faire la caste sacerdotale.

Du coup, les premiers-nés qui n’étaient pas de la tribu de Lévi n’avaient plus de raison d’être consacrés au Seigneur. Et Dieu en effet avait permis leur rachat au moyen de cinq pièces d’argent qui servaient à l’entretien du Temple.

Jésus n’était pas de la tribu de Lévi, Il n’appartenait pas à la caste sacerdotale. Il devait donc être racheté comme tous les autres enfants, bien que, étant Dieu, Il ne fût pas soumis à cette Loi.

Or, voici le paradoxe : en rachetant l’Enfant-Jésus, la Sainte Vierge, à ne considérer que les apparences, retirait l’Enfant-Jésus du service de Dieu : elle semblait montrer publiquement que Jésus n’était pas fait pour être prêtre. Lui, le seul prêtre éternel !

Mais il est vrai que Jésus n’était pas prêtre par génération charnelle comme les prêtres juifs, habilités à offrir des sacrifices imparfaits.

Il est vrai aussi que Jésus n’est pas prêtre par onction extérieure comme les prêtres de la Loi Nouvelle, habilités, certes, à offrir le sacrifice parfait, mais sans agir en leur propre nom, puisqu’ils ne font que représenter Jésus-Christ, seul prêtre capable d’offrir à Dieu le sacrifice parfait.

La Présentation est « l’acte premier » du sacrifice parfait qui s’achèvera sur la Croix, l’unique sacrifice agréable à Dieu, celui qui obtient le salut de tous les hommes

Jésus a été consacré prêtre dès sa conception dans le sein de la Vierge Marie, par une onction intérieure, c’est-à-dire par l’effusion du Saint-Esprit dans son âme humaine. Et c’est dès sa conception que Jésus, prêtre parfait et victime parfaite, a fait librement à Dieu son Père l’offrande de Lui-même, selon ces paroles :

« Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation. Mais tu m’as formé un corps. Tu n’as agréé ni holocauste ni victime. Alors j’ai dit : Voici Je viens… pour faire, ô Dieu, ta volonté ». (Hb 10, 5-8)

Voilà le sacrifice parfait qui, du cœur de Jésus monte vers son Père, car le sacrifice dans sa réalité spirituelle est essentiellement un acte d’amour. Ainsi dès le point de départ, Jésus montre que, dans la Loi Nouvelle, l’essentiel du sacrifice qui surpasse et abolit tous les autres, c’est l’amour.

Dans la religion chrétienne la primauté est donnée au culte intérieur, à l’amour.
Que vaudraient, en effet, nos gestes, nos attitudes, nos paroles, si notre cœur n’était pas donné à Dieu, s’il n’était pas, malgré toutes nos fautes, tendu dans la recherche de Dieu, insatisfait aussi longtemps qu’il n’a pas rencontré Dieu ?

Dès son entrée dans notre monde, Jésus s’est donc offert à son Père pour faire sa volonté. Plus tard, Jésus dira à ses Apôtres : « Ma nourriture est de faire la volonté de mon Père ». (Jn 4, 34)

Faire la volonté de Dieu, c’est reconnaître sa souveraineté, c’est Lui obéir en tout jusqu’à l’anéantissement de soi-même. Voilà exactement ce que Jésus allait réaliser à la perfection en mourant sur la Croix. (Phil 2, 7)

Mais entre la première offrande de Jésus lors de son entrée dans le monde et l’ultime offrande de la Croix prend place cette « présentation » de Jésus, cette offrande de Jésus à son Père dans le Temple de Jérusalem.

Cette offrande de Jésus à son Père est le modèle de la nôtre, et elle se réalise à l’offertoire de la messe

Jésus Enfant, que la Sainte Vierge conduit au Temple, est déjà la victime parfaite agréée de Dieu. Mais son offrande, purement intérieure, a besoin d’être extériorisée par un geste.

Que serait notre messe d’aujourd’hui s’il n’y avait pas d’offertoire ? – Ce serait une messe boiteuse.

Chaque dimanche, à la messe, nous avons la volonté de nous offrir en sacrifice à Dieu. Mais nos sentiments intimes et secrets ont besoin d’être manifestés par un signe visible qui entre dans l’ensemble des cérémonies de la messe. A l’offertoire, en donnant le pain et le vin qui nous représentent aussi, nous manifestons publiquement notre volonté de nous unir à Dieu.

C’est exactement ce que Jésus a fait avant nous, lors de sa Présentation à son Père.
Etant Dieu, Il est parfaitement conscient de cet offertoire, un offertoire qu’Il ne peut pas réaliser Lui-même extérieurement, parce qu’Il a voulu être un petit enfant.

Cette offrande passe par Marie, pour Lui et pour nous

C’est donc par l’intermédiaire de la Sainte Vierge qu’Il réalise extérieurement cet offertoire de la Présentation que l’Eglise appelle le « sacrifice du matin », première étape, préparatoire au « sacrifice du soir », c’est-à-dire au sacrifice de la Croix, comme notre offertoire s’achève par la consécration et la communion à la messe.
Et pour cet offertoire de la Présentation, le concours de la Sainte Vierge était indispensable.

Or, qui mieux que la Sainte Vierge pouvait réaliser cet offertoire et s’unir au sacrifice de Jésus ? Parce que Jésus ici, volontairement, ne peut ni agir ni parler, la Sainte Vierge prend sa place.

Elle offre Jésus, Elle s’offre avec Lui et nous entraîne avec Elle dans son offrande.

Et s’il est vrai que nous avons, adultes, l’usage de la parole et de la raison et que nous sommes capables d’exprimer nous-mêmes à Dieu, par un signe extérieur, notre offrande intérieure, combien pourtant nous avons besoin que la Sainte Vierge mette dans notre cœur les dispositions où elle était le jour de la Présentation de Jésus à son Père, dispositions qui se résument dans la charité.

Car il manquerait l’essentiel à notre offertoire, s’il n’y avait pas dans notre cœur un désir vrai d’une plus grande charité

Après les paroles du vieillard Siméon, la Sainte Vierge comprend mieux le sens et l’aboutissement de ce premier offertoire de Jésus et de son propre offertoire.

La prophétie de Siméon revivifie notre propre offertoire

De même pour nous. Cette prophétie de Siméon revivifie notre offertoire. Elle nous rappelle que l’unique question de notre vie, c’est Jésus à aimer sans réserve et sans retour.
Tel est le sens de notre vie et le bienfait que nous apporte le mystère de la Présentation de Notre Seigneur.

Sans l’offrande de Jésus à son Père, offrande réalisée par l’intermédiaire indispensable de la Sainte Vierge, l’offrande de nous-mêmes à Dieu n’atteindrait pas son but.

Si bien que tout ce qui constitue la trame de notre vie quotidienne, nos efforts, nos joies, nos deuils, nos échecs, nos souffrances, tout cela serait perdu. Du gaspillage pour jamais.

Mais Jésus et Marie sont là, inséparables l’un de l’autre, indispensables pour chacun de nous.

(Père G. ZUCCHELLI  – À travers les Évangiles.  Ed. N.E.L. 1984)