72 – « LAUDA SION » (textes de prières)

Œuvre célèbre et originale de saint Thomas d’Aquin.
Cet hymne expose son enthousiasme et son amour pour le Saint Sacrement.
Elle précise de façon claire et rigoureuse tout ce que nous devons croire du mystère eucharistique.

Lauda, Sion, Salvatorem
lauda ducem et pastorem,
in hymnis et canticis,
Loue, Sion, ton Sauveur,
loue ton chef et ton pasteur
par des hymnes et des chants.
Quantum potes, tantum aude,
quia major omni laude
nec laudare sufficis.
Autant que tu le peux, tu dois oser,
car Il dépasse tes louanges
et tu ne pourras jamais trop Le louer.
Laudis thema specialis,
Panis vivus et vitalis
hodie proponitur.
Le sujet particulier de notre louange,
le Pain vivant et vivifiant,
c’est cela qui nous est proposé aujourd’hui.
Quem in sacræ mensa cenæ
turbæ fratrum duodenæ
datum non ambigitur.
Au repas sacré de la Cène,
au groupe des douze frères,
il a été clairement donné.
Sit laus plena, sit sonora ;
Sit jucunda, sit decora
mentis jubilatio.
Que notre louange soit pleine, qu’elle soit sonore ;
qu’elle soit joyeuse, qu’elle soit belle
la jubilation de nos cœurs.
Dies enim solemnis agitur
in qua mensæ prima recolitur
hujus institutio.
C’est en effet la journée solennelle
où nous fêtons de ce banquet divin
la première institution.
In hac mensa novi Regis,
novum Pascha novæ legis,
phase vetus terminat.
A cette table du nouveau Roi,
la nouvelle Pâque de la nouvelle loi
met fin à la Pâque ancienne.
Vetustatem novitas,
umbram fugat veritas,
noctem lux eliminat.
L’ordre ancien cède la place au nouveau,
la vérité chasse l’ombre,
la lumière dissipe la nuit.
Quod in cena Christus gessit,
faciendum hoc expressit,
in sui memoriam.
Ce que le Christ a fait à la Cène,
Il a ordonné de le refaire
en mémoire de Lui.
Docti sacris institutis,
panem, vinum in salutis
consecramus hostiam.
Instruits par ces commandements sacrés,
nous consacrons le pain et le vin
en victime de salut.
Dogma datur christianis,
quod in carnem transit panis
et vinum in sanguinem.
C’est un dogme pour les chrétiens
que le pain se change en son Corps
et le vin en son Sang.
Quod non capis, quod non vides
animosa firmat fides,
præter rerum ordinem.
Ce que tu ne comprends pas, ce que tu ne vois pas,
la foi vive l’affirme,
hors de l’ordre naturel des choses.
Sub diversis speciebus,
signis tantum et non rebus,
latent res eximiæ.
Sous des espèces différentes,
signes seulement et non réalités,
se cachent des choses sublimes.
Caro cibus, sanguis potus,
manet tamen Christus totus,
sub utraque specie.
Sa Chair est nourriture, son Sang est breuvage,
pourtant le Christ tout entier demeure
sous l’une ou l’autre espèce.
A sumente non concisus,
non confractus, non divisus :
integer accipitur.
Par celui qui le reçoit, il n’est ni coupé
ni brisé, ni divisé :
Il est reçu tout entier.
Sumit unus, sumunt mille,
quantum isti, tantum ille
nec sumptus consumitur.
Qu’un seul le reçoive ou mille,
celui-là reçoit autant que ceux-ci
et l’on s’en nourrit sans le détruire.
Sumunt boni, sumunt mali,
sorte tamen inæquali :
vitæ vel interitus.
Les bons le reçoivent, les méchants aussi,
mais pour un sort bien inégal :
pour la vie ou pour la mort.
Mors est malis, vita bonis,
vide paris sumptionis
quam sit dispar exitus.
Mort pour les méchants, vie pour les bons,
vois comme d’une même communion
l’effet peut être différent.
Fracto demum sacramento,
ne vacilles, sed memento
tantum esse sub fragmento
quantum toto tegitur.
Quand le sacrement est rompu
ne te laisses pas ébranler, mais souviens-toi
qu’il y a autant sous chaque fragment
que dans le tout.
Nulla rei fit scissura
signi tantum fit fractura ;
qua nec status, nec statura
signati minuitur.
La réalité n’est pas divisée,
le signe seulement est fractionné ;
mais ni l’état ni la taille de ce qui est signifié
n’est diminué.
Ecce panis angelorum
factus cibus viatorum,
vere Panis filiorum
non mittendis canibus.
Voici le pain des anges
devenu l’aliment de ceux qui sont en chemin,
vrai Pain des enfants
à ne pas jeter aux chiens.
In figuris præsignatur,
cum Isaac immolatur,
Agnus paschæ deputatur
datur manna patribus.
D’avance il est annoncé en figures,
lorsqu’Isaac est immolé,
l’Agneau pascal, sacrifié,
la manne, donnée à nos pères.
Bone pastor, Panis vere,
Jesu, nostri miserere,
Tu nos pasce, nos tuere,
Tu nos bona fac videre
in terra viventium.
Ô bon Pasteur, notre vrai Pain,
Jésus, aie pitié de nous.
Nourris-nous, protège-nous,
fais-nous voir le bonheur
dans la terre des vivants.
Tu qui cuncta scis et vales,
qui nos pascis hic mortales
tuos ibi commensales,
Coheredes et sodales
Fac sanctorum civium.
Amen. Alleluia.
Toi qui sais tout et qui peux tout,
Toi qui sur terre nous nourris,
fais que, là-haut, invités à ta table,
nous soyons les cohéritiers et les compagnons
des saints de la cité céleste.
Amen. Alléluia.