84 – LA MALADIE DU « NON ! » (histoire à raconter)

Sous la forme d’un conte, vous trouverez ici, mis à la portée des enfants, un enseignement d’une grande profondeur sur le mystère de la Rédemption.
Ce compte pour le temps de la Passion est suivi d’un commentaire sur toute l’utilisation pédagogique que l’on peut en faire.


« Attention ! l’eau déborde !… »

Trop tard… L’eau se répand autour du verre et menace rapidement quelques livres posés là.

« Et voilà ! Si tu m’avais écoutée, je t’aurais servie moi-même. Maintenant, il y a de l’eau partout et nous allons être grondées !

– Si tu m’avais dit « stop !  » plus tôt, ça ne serait pas arrivé ! Mais tu as fait exprès de me le dire à la dernière seconde, parce que tu ne voulais pas que je me serve moi-même !

– Quand on est aveugle, il y a peut-être des choses qu’il vaut mieux laisser faire aux autres, sinon il arrive des catastrophes !… »

Le ton monte rapidement. Les deux sœurs exaspérées cherchent la méchanceté décisive et victorieuse.

« Je voudrais, assène la plus jeune, que ton accident t’ait rendue paralysée et muette, et tu resterais dans ton coin et on serait tranquille !

– Et moi je voudrais que mon accident m’ait fait mourir et je serais débarrassée de tout le monde ! »

Le cœur serré, Papa, sur le seuil de la porte, a entendu les derniers mots de son aînée. Les relations entre les deux petites filles se dégradent de jour en jour depuis le terrible accident qui a privé de la vue Claire, l’aînée.

La fillette n’accepte pas la nuit dans laquelle elle s’est trouvée brusquement plongée.
A force de tendresse, Papa et Maman essaient de guider Claire sur le chemin du « OUI », ce oui qui la délivrerait. Mais jusqu’à maintenant, leurs efforts n’ont paru porter aucun fruit.

En un tour de main, Papa éponge l’eau, renvoie la cadette, ulcérée et penaude tout à la fois. Il y a des dégâts plus graves à réparer et il se sent si impuissant devant ce cœur d’enfant révolté.

« Ange de Dieu, murmure-t-il, vous qui avez été chargé de veiller sur elle, je vous en supplie, venez-nous en aide et mettez sur mes lèvres des paroles qui puissent apaiser et guérir. »

Il attrape doucement Claire et l’assied à côté de lui.
« Dis-moi, qu’est-ce que tu disais quand je suis entré ?
– Je disais que je voulais être morte dans mon accident ! ça serait moins pire que d’être aveugle !

– Et si tu était morte, que serait-il arrivé ? »
Cette voix qu’elle aime tant apaise la petite fille.
« Peut-être… peut-être que… vous auriez eu de la peine…
– Oui, nous aurions eu un immense chagrin. Mais à toi, qu’est-ce qui serait arrivé ?
– Eh bien… je serais morte… Voilà !…
– Oui, mais qu’est-ce qui se passe quand on meurt ? »

Bon ! Voilà que Papa se met à poser des questions sérieuses, des questions de grandes personnes.
Une chose est vraie : si, depuis l’accident, Claire se sent enfermée dans une intolérable et obscure prison, Papa et Maman lui parlent maintenant comme à une grande, et l’enfant s’en trouve profondément réconfortée.
La question de Papa est importante.

« Si j’étais morte, eh bien ! je serais allée au ciel.
– Sais-tu qu’il faut un cœur sans aucune méchanceté pour aller au ciel ?
S’il s’en trouve même une miette, le bon Dieu envoie l’âme à l’hôpital du Purgatoire. C’est un hôpital où l’on souffre beaucoup avant d’être tout à fait guéri et de pouvoir entrer au Paradis. »

Papa a parlé d’une voix chargée de tendresse. Claire se trouble. En tout cas, si elle mourait maintenant, elle irait peut-être bien à l’hôpital du Purgatoire et c’est probablement l’avis de Papa.

« Tu sais, si j’ai dit que je voulais être morte, c’est parce que j’étais en colère contre Agnès. Mais peut-être que j’aime mieux être vivante.
– Ma grande, demande doucement Papa, essaie de m’expliquer pourquoi, au dedans de toi, tu t’es mise en colère contre ta petite sœur ? »

Pourquoi… ? Mais… c’est à la fois évident et inexprimable.
Le sentiment de colère et de désespoir qui l’envahit chaque fois qu’elle se heurte à son infirmité l’étreint à nouveau.
Papa a saisi les mains de l’enfant et les serre doucement. Il prie en contemplant le petit visage angoissé et durci.

« Je la déteste parce que, maintenant, c’est comme si c’était moi la plus petite et elle la plus grande.

– Dis-moi, nous sommes aujourd’hui la veille de Noël. Que va-t-il se passer demain ?
– Jésus va naître dans la crèche. les bergers vont venir et puis les rois mages et…
-Et qui est Jésus ?
– Jésus est Dieu.
– Voilà ; Dieu s’est fait tout petit pour nous apprendre à être petits. Toute notre vie, nous devons apprendre à être de petits enfants. Tout ce qui nous arrive, les joies et les peines, c’est le bon Dieu qui nous l’envoie pour apprendre à être petits.

Et une grosse peine comme celle qui t’est arrivée, c’est la même chose.
Peut-être que ton âme est atteinte d’une grave maladie qu’on appelle l’orgueil.
Peut-être que le bon Dieu a pris tes yeux pour guérir ton âme de l’orgueil.
Vois-tu, lorsqu’on est malade dans son corps, le docteur peut nous soigner de force.
Mais si c’est l’âme qui est malade, on ne peut guérir que si l’on dit « oui » au médicament que Dieu nous donne. Car il ne veut jamais nous forcer. »

Claire a écouté avec beaucoup d’attention. Les paroles de Papa sont des paroles bien sérieuses, mais elle sent qu’il n’est pas fâché, au contraire.
Sûrement, elle est orgueilleuse, mais le médicament que Dieu lui propose, çà, non, elle ne peut pas, elle ne veut pas l’avaler.

« Tu sais, quand j’entends les autres courir, ou que je sens qu’ils regardent quelque chose et que moi je ne peux pas le voir, alors il y a quelque chose en moi… c’est comme si j’avais très envie de pleurer et je ne peux pas…
Alors je voudrais me battre contre tout le monde et que tout le monde soit aveugle et que je ne sois pas la seule à ne rien voir…

Tu vois, je crois que je suis méchante ».
Et la petite fille ajoute avec une sorte de désespoir : « il faudra sûrement que j’aille à l’hôpital du Purgatoire, parce que je ne peux pas faire autrement.

– Non, ma chérie, tu ne peux pas, c’est vrai. Mais si tu appelles Jésus à l’aide, tu pourras être bonne et dire oui à tout ce qu’il veut te demander.
Je vais te dire une chose un peu difficile à comprendre : quelquefois on n’appelle pas Jésus au secours parce qu’on ne veut pas pouvoir. »

Claire réfléchit profondément. Elle devine que ce qu’a dit Papa est important.
Celui-ci suit avec attention l’expression du visage si mobile.
Il sent que l’enfant est maintenant face à elle-même, et a bien plus besoin de sa prière que d’autres paroles. Il l’aide à se coucher, la marque au front d’une petite croix, selon l’habitude de chaque soir, et lui chuchote avant de s’en aller :

« Ma grande, je te confie à l’Enfant-Dieu qui va naître cette nuit et à ton ange gardien. »
Avant de sombrer dans le sommeil, Claire murmure : « Jésus, apprenez-moi à vous appeler au secours ! »

Soudain, la porte de la chambre s’ouvre, sans bruit ; pourtant l’enfant se réveille aussitôt. Elle devine près d’elle une présence et interroge :
« Maman, c’est toi ? »
Une voix très douce lui répond :
– « N’aies pas peur, petite enfant, je te connais bien et je t’aime beaucoup.
– Mais qui êtes-vous ? Je crois que je ne vous connais pas !

– Je suis ton ange gardien. Je suis venu te chercher pour aller à Bethléem voir Jésus qui vient de naître. Il m’a donné pour toi des yeux : ils ne peuvent servir à un petit aveugle que la nuit de Noël, pour lui permettre d’aller voir l’Enfant-Dieu dans sa crèche. Veux-tu venir avec moi ?

– Oh oui ! Je vous en prie, donnez-moi les yeux de Noël ! »
Le cœur de Claire bondit dans sa poitrine. Mais il faut bien le dire, c’est plus à l’idée d’avoir des yeux, même pour une nuit, que d’aller à Bethléem…

L’ange prend la petite fille dans ses bras et voici qu’elle distingue, tout près du sien, le visage radieux de son céleste visiteur.

– « Oh ! Je vois ! Je vous vois ! Je ne suis plus aveugle ! »
L’ange ne répond rien, et les voilà tous deux partis vers la crèche.
Nichée dans les bras protecteurs, Claire s’émerveille de tout, des étoiles, des lumières de la ville, et surtout, si près d’elle, du tendre et chaud regard de son ami du ciel.

– « Est-ce que vous êtes mon ange gardien depuis que je suis née ?
– Je le suis depuis que tu as commencé d’exister. Je ne t’ai pas quittée un seul instant depuis ce moment-là. »

Claire se sent un peu honteuse. Depuis qu’elle existe, il y a près d’elle quelqu’un de si beau et qui a l’air de tellement l’aimer ! Elle doit bien s’avouer qu’elle a rarement pensé à ce fidèle compagnon.

– « Est-ce que je verrai aussi la Sainte Vierge et saint Joseph ?
– Mais oui ! Jamais ils ne quittent Jésus. »

Les voici arrivés au pied d’un gros rocher, presque une falaise. Quelques pierres ont transformé une ouverture informe en un vague rectangle que ferme une porte en planches à peine équarries.
Cette porte s’ouvre, l’ange s’efface devant la petite fille qu’il a déposée à terre. Il entre derrière elle, la poussant doucement par les épaules.
Claire est stupéfaite : c’est une vraie étable, une étable qui sent vraiment le foin et le fumier !
Son regard se dirige vers le fond de la grotte qu’éclaire faiblement un petit lumignon : deux silhouettes se détachent dans l’ombre.

L’enfant est plongée dans un intense étonnement. Des étables, elle en a déjà vu.
Chez sa grand-mère, on l’a souvent emmenée voir les vaches au moment de la traite. Elle se souvient du lait mousseux, giclant dans les seaux. Mais une étable, c’est bon pour les vaches !
Et s’il ne s’y trouve qu’elles, c’est très amusant d’aller leur rendre visite.

Claire savait que Jésus était né dans une étable. Elle le savait, mais elle n’avait pas vraiment compris.
Son cœur se serre en voyant le tout-petit couché dans une mangeoire, celle d’un gros bœuf couché là et qui rumine tranquillement. L’enfant a cet air profondément paisible des nourrissons endormis, comme enclos dans leur mystère.

– « Approche, Claire, nous t’attendions », dit une voix fraîche.
Le visage tourné vers la fillette est si limpide et si jeune…
Un grand jeune homme d’une vingtaine d’années, le visage illuminé par la joie, se tient tout près de la Vierge.
L’étonnement de Claire redouble et elle s’exclame en contemplant Marie :

– « Je croyais que vous étiez une grande personne ! Et vous, je croyais que vous étiez un vieux monsieur ! », achève -t-elle en regardant Joseph.
Tous deux rient et la petite Vierge dit doucement en montrant le nourrisson :

« Il n’y a ici qu’une seule grande personne… et c’est ce tout-petit.
– Est-ce que je peux le prendre dans mes bras ? hasarde Claire.
– Mais bien sûr, il est là pour cela. »

Marie fait asseoir la petite fille, prend délicatement le poupon et le pose dans les bras de l’enfant, la tête bien calée au creux du coude fluet.
Claire, émerveillée, ne croit pas qu’il soit possible de ressentir un bonheur plus grand que celui qui est le sien en ce moment.

« Claire, ma petite fille, sais-tu pourquoi ce petit enfant est né ? » interroge Marie.

Ça, c’est une question de catéchisme.
A la Sainte Vierge, il faut répondre le mieux possible ! Claire réfléchit un instant.
« Il est né pour sauver tous les hommes.
– Tu as bien répondu. Et comment va-t-il faire pour les sauver ? »

Claire réfléchit à nouveau.
C’est encore du catéchisme, mais la réponse se trouve du côté de la leçon de Pâques. Exactement le jour du Vendredi-Saint.
Justement, Claire n’aime pas beaucoup le Vendredi-Saint… surtout le jour le Noël !

Quand Monsieur le Curé parle du mystère de la Croix, Claire voudrait bien avoir le bon Dieu devant elle pour lui expliquer sa manière de voir. Elle ne comprend pas, non, elle ne comprend pas que le Père de Jésus ait voulu que son Fils meure sur la Croix. En cherchant bien, il aurait certainement pu trouver une autre solution.
Voilà ce que Claire dirait au bon Dieu si elle se trouvait devant lui.

Justement, le nourrisson dans ses bras n’est-il pas Jésus ? Et Jésus est Dieu !
Si seulement il était plus grand, elle pourrait lui dire ce qu’elle a sur le cœur.
Mais il est tout petit… et il dort !

La Vierge Marie a posé une question.
La fillette va répondre mais elle va dire en même temps ce qu’elle pense : la maman de Jésus a eu tant de chagrin le Vendredi-Saint qu’elle sera sûrement de son avis.

« Jésus, lui dit-elle, va sauver les hommes en mourant sur la Croix, mais peut-être… peut-être qu’il aurait pu faire autrement… »

La Vierge la regarde, pensive et si grave soudain.
Elle explique lentement pour que l’enfant puisse comprendre :
« Vois-tu, le Père de Jésus lui a demandé quelque chose de très difficile ; il ne pouvait rien lui demander de plus difficile.
Sais-tu ce que Jésus a répondu ?

– Oui, Monsieur le Curé nous l’a expliqué. Jésus a eu très peur et il a fait cette prière : « Papa, si c’est possible, je préférerais ne pas mourir sur la Croix. Mais si vous voulez que je le fasse, alors c’est OUI. »

– Tu vois, Jésus a répondu OUI. Il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais rien de plus beau que ce OUI. Ce OUI est tellement beau, tellement grand, que personne ne peut le comprendre, sauf Dieu. C’est ce OUI de Jésus qui sauve tous les hommes.

Mais pour qu’il y ait ce OUI, il faut qu’il y ait la Croix. On ne peut pas avoir l’un sans l’autre.

Le bon Dieu cherche des  » OUI « .
Il y en a de toutes sortes : les petits OUI de tous les jours qui sont comme les petites fleurs des champs dont on fait un gros bouquet ; il y a d’autres OUI qui sont plus difficiles à dire… : ils ressemblent aux roses ou aux tulipes. Mais le bon Dieu les trouve tous ravissants et il les cueille dans les âmes avec une immense joie.
Est-ce que tu comprends cela ?

Claire a écouté attentivement.
En entendant la Sainte Vierge, elle s’est souvenue d’une histoire que lui a racontée sa maman. C’est une histoire vraie, et même, maman connaît le petit garçon à qui elle est arrivée. Peut-être qu’elle pourrait la raconter à Marie et Joseph ?

– « Il y a un petit garçon, je crois qu’il a dit un très beau OUI… »
Les deux regards posés sur elle lui montrent qu’elle peut continuer. Marie et Joseph, c’est certain, ont envie de connaître l’histoire.

– « C’est un garçon qui s’appelle Jean, et sa maman connaît ma maman.
Sa petite sœur était très malade. Son papa et sa maman lui ont dit : « Ta petite soeur risque de retourner chez le bon Dieu. Pour rester avec nous, elle aurait besoin de quelque chose qu’on ne peut trouver que dans un seul endroit : à l’intérieur de ton corps à toi.
Est-ce que tu veux bien qu’un docteur te fasse une opération et prenne ce petit bout de toi pour le donner à ta petite sœur ? Cela te fera mal, mais si tu acceptes, ta petite soeur pourra vivre. »
Jean a réfléchi et il a dit « Oui ! je veux bien. »
Maintenant sa petite sœur est guérie, et son papa et sa maman l’aiment dix fois plus qu’avant, parce qu’il a bien voulu. »

Et Claire ajoute, songeuse :
« Si j’avais un grand frère comme ça, je crois que je l’aimerais plus que tout le monde. Mais ce n’est pas possible parce que c’est moi la plus grande de la famille.

– Mais si, ma chérie, tu as un grand frère qui a fait pour toi ce que Jean a fait pour sa petite soeur, et même beaucoup plus. »

Tout étonnée, Claire interroge du regard.

« Tu es née, comme tous les hommes, avec une très grave maladie qui pouvait te faire mourir. C’est la maladie du péché originel : l’âme atteinte de cette maladie dit toujours  » NON, non et non ! » Elle dit NON à Dieu, elle dit NON aux autres.
A force de dire NON, elle finit par ne plus aimer personne, même pas le bon Dieu.
Aussi, quand elle meurt et qu’elle arrive à la porte du Paradis et que le bon Dieu lui demande :
 » Veux-tu venir avec moi ? », cette pauvre âme répond  » NON ! » et elle va en enfer, pour être avec le diable qui est le prince de tous ceux qui disent  » NON ! »
Et c’est tellement triste que c’est comme si elle était morte. »

La Sainte Vierge a pris un air désolé en prononçant ces derniers mots. Claire en a le coeur serré. Et puis, cette maladie, cette maladie du « Non », elle sent bien qu’elle l’a…
Combien de fois a-t-elle dit  » NON ! » à sa petite sœur, ou même « Va-t-en ! Laisse-moi tranquille !… » et même des choses encore plus méchantes.

Papa et Maman, peut-être qu’elle ne leur a jamais dit vraiment NON.
Mais souvent elle a fait semblant de ne pas entendre quand on lui demandait un service ; et si on réfléchit bien, c’est la même chose que de dire non.

Et puis… il y a eu l’accident ; et Claire ne peut se cacher à elle-même la vérité : elle a refusé de toutes ses forces ce qui lui arrivait. Peut-être même, elle croit s’en souvenir, a-t-elle dit des sottises au bon Dieu dans son cœur.
Atterrée soudain, Claire avoue : « Cette maladie, je crois bien que je l’ai ! »
La Sainte Vierge regarde tendrement l’enfant.
« C’est vrai, tu es née ainsi ; tous les hommes naissent ainsi.
Mais Jésus, voyant que tu avais cette maladie si grave, a dit à Dieu son Père : « Père, si vous le voulez bien, opérez-moi et prenez mon Cœur qui ne sait que dire OUI, pour le donner à cette petite fille afin qu’elle aussi puisse vous aimer. »
Le bon Dieu a dit alors à Jésus : « Oui, nous allons faire cette opération, sinon, Claire va mourir. » Cela s’est passé le Vendredi-Saint, sur la Croix.

Tu comprends maintenant pourquoi je t’ai dit que Jésus a fait pour sa petite sœur Claire plus encore que Jean dont tu m’as raconté la belle histoire : Jésus a sauvé ton âme de la mort. »

Claire est bouleversée. Elle croyait que le bon Dieu avait été un peu et même très méchant avec Jésus en lui demandant de mourir sur la Croix.
Elle n’osait pas se l’avouer à elle-même, mais c’est bien cela qu’elle pensait.

Elle comprend maintenant que Jésus et son Père ont voulu ensemble la grande et douloureuse opération de la Croix parce qu’ils l’aimaient, elle, et ne voulaient pas qu’elle meure. Elle balbutie :

« Est-ce que c’est comme s’il était mort pour moi toute seule ?

– Oui ! Il est mort pour tous les hommes, pour les guérir tous, et par sa Croix, il peut les guérir tous. Mais s’il n’y en avait eu qu’un seul de malade, toi par exemple, il aurait accepté l’opération du Vendredi-Saint pour te guérir et te sauver. »

Claire se sent plongée dans un abîme de reconnaissance.
Elle serre le tout petit Enfant dans ses bras. Comme elle va l’aimer maintenant ! Elle voudrait… elle voudrait…! Elle n’avait pas compris qu’elle était à ce point aimée. Son cœur déborde de joie et d’amour.

Le silence s’est établi dans la grotte.
Tous les regards contemplent l’Enfant-Dieu endormi. Alors, la Vierge reprend :
« Claire, ma petite fille, nous avons quelque chose à te demander. »

La tendre voix s’est faite presque suppliante.
Surprise, la petite fille lève les yeux vers Marie et Joseph. Vraiment, ils ont une chose grave et importante à lui dire, cela se voit sur leur visage. Et ils craignent un refus.

Le cœur de Claire se met à battre très fort : en regardant Jésus dans ses bras, elle Lui murmure :
« Petit Enfant, je vous promets de dire OUI à tout ce que me demandera votre Maman. »

– Les yeux que tu as reçus, reprend Marie, les yeux de Noël que l’ange t’a apportés cette nuit pour venir voir l’Enfant-Dieu, tu n’es pas obligée de les rendre.
Seulement, si tu les gardes, à force de voir d’autres choses, tu oublieras petit à petit ce que tu as vu cette nuit ; et l’an prochain, il ne sera possible à aucun petit enfant aveugle de venir voir Jésus, puisque tu auras gardé les yeux.

Mais si tu acceptes de les rendre, les merveilles que tu as contemplées cette nuit resteront dans ton cœur, aussi neuves et aussi belles qu’elles le sont ce soir.
Et l’année prochaine, un autre enfant pourra recevoir le même bonheur que toi.

Claire, acceptes-tu de rendre les yeux de Noël ? »

Claire regarde la Vierge, saint Joseph.
Le poupon dans ses bras s’est éveillé soudain, le regard tout neuf a croisé le sien et lui a souri.
Elle ferme alors les yeux et tout simplement dit :  » OUI ! »

L’ange l’a reprise dans ses bras. Ils sont tous deux sortis sans bruit.
Une joie inexprimable a envahi le cœur de la petite fille, car il s’est passé quelque chose d’extraordinaire : l’Enfant, l’Enfant qu’elle avait dans les bras, l’Enfant n’y est plus.
Pourtant, Claire ne l’a pas rendu. La Vierge ne l’a pas repris.

Et Claire sait que l’Enfant-Dieu est entré dans son cœur pour y rester toujours.


Commentaire pédagogique de ce conte

La scène se passe la nuit de Noël, mais le thème de ce récit est essentiellement celui du sacrifice, consenti par amour, en regardant Jésus. Ce récit peut contribuer à aider les enfants à monter vers Pâques, en disant à leur tour tous les « oui » que Dieu attend d’eux…

Il peut faire la base d’une formation spirituelle étalée sur plusieurs semaines avant Pâques.
Il serait dommage de se contenter d’une seule première lecture.

Il est conseillé d’en reprendre ensuite chaque passage l’un après l’autre : partir des réflexions spontanées des enfants et, de là, approfondir en ajoutant tous les commentaires nécessaires que vous adapterez à votre auditoire.

Il permettra notamment l’application à la vie personnelle de chaque enfant.
Et, peut-être bien aussi… celle des “grandes personnes” !
Vous y trouverez tous les points fondamentaux d’un enseignement complet sur le salut :

Le lien entre Incarnation et Rédemption :

Jésus est venu sur terre pour nous sauver, Il nous sauve par sa mort sur la Croix.

Le mystère pascal, passage de la mort à la Résurrection,

est illustré ici par le passage, chez Claire, du « non » au « oui », de la révolte à l’acceptation par amour : il en résulte, dès qu’elle dit « OUI », qu’elle consent au très gros sacrifice qui lui est demandé, cette JOIE qui inonde son cœur.
Cette joie est réellement le DON de Dieu à l’âme qui s’abandonne à Lui avec amour et en toute confiance.

Un sacrifice, quel qu’il soit, ne peut être librement consenti que par amour.

C’est toute la notion de liberté : « Dieu ne veut jamais nous forcer ».
D’où la nécessité de notre adhésion libre…

Dieu veut notre participation personnelle à ce salut que Jésus nous a obtenu.

Cette participation va se faire au fil des jours par nos sacrifices, tous nos renoncements petits ou grands, représentés ici par les petites fleurs du chemin, et, pour les plus difficiles, par les roses et les tulipes.
Ils constituent notre réponse à l’Amour infini de Jésus. C’est ainsi qu’ils deviennent agréables à Dieu qui « les trouve tous ravissants et les cueille dans les âmes avec une immense joie. »

Le mystère de la Rédemption est bien situé dans tout l’ensemble de la doctrine du salut :

Le péché originel, cette maladie très grave où l’âme dit toujours « Non, non et non ! »…

Les fins dernières : ciel, purgatoire, enfer.

L’aspect « liberté » est très bien mis en relief à propos de l’enfer : c’est l’âme elle-même qui refuse l’amour de Dieu.

« Sais-tu qu’il faut un cœur sans aucune méchanceté pour aller au ciel ? S’il s’en trouve même une miette, le bon Dieu envoie l’âme à l’hôpital du Purgatoire. C’est un hôpital où l’on souffre beaucoup avant d’être tout à fait guéri et de pouvoir entrer au Paradis. »

Le plan d’amour de Dieu pour sauver les hommes

« Elle comprend maintenant que Jésus et son Père ont voulu ensemble la grande et douloureuse opération de la Croix parce qu’ils l’aimaient, elle, et ne voulaient pas qu’elle meure. »

La comparaison du sacrifice du Vendredi-Saint avec une opération chirurgicale pour sauver un enfant malade rend cette notion, en soi bien délicate, très accessible même à de jeunes enfants.

Jésus est mort pour sauver tous les hommes

« Est-ce que c’est comme s’il était mort pour moi toute seule ?
– Oui ! Il est mort pour tous les hommes, pour les guérir tous, et par sa Croix, il peut les guérir tous. Mais s’il n’y en avait qu’un seul de malade, toi par exemple, il aurait accepté l’opération du Vendredi-Saint pour te guérir et te sauver. »
Sur le plan spirituel, nous trouvons les principales attitudes d’âme à développer :

Humilité et contrition :

« Claire ne peut se cacher à elle-même la vérité : elle a refusé de toutes ses forces ce qui lui arrivait » (« le médicament que Dieu lui propose, çà, non, elle ne peut pas, elle ne veut pas l’avaler » : révolte).
… »Atterrée soudain, Claire avoue : « Cette maladie, je crois bien que je l’ai ! »

Demander à Dieu sa grâce :

– Non, ma chérie, tu ne peux pas (faire autrement que d’être méchante), c’est vrai.
Mais si tu appelles Jésus à l’aide, tu pourras être bonne et dire oui à tout ce qu’il veut te demander ».
« Jésus, apprenez-moi à vous appeler au secours ! »…

Apprenons à nous laisser regarder et prendre par Jésus :

« Le poupon dans ses bras s’est éveillé soudain, le regard tout neuf a croisé le sien et lui a souri. Elle ferme alors les yeux et tout simplement dit : « OUI ! »

L’esprit d’enfance et d’abandon :

« Dieu s’est fait tout petit pour nous apprendre à être petits. Toute notre vie, nous devons apprendre à être de petits enfants. Tout ce qui nous arrive, les joies et les peines, c’est le bon Dieu qui nous l’envoie pour apprendre à être petits. »

L’esprit de pauvreté : description de l’étable…

L’acceptation par amour :

« Petit Enfant, je vous promets de dire OUI à tout ce que me demandera votre Maman. »

Le vrai bonheur :

« Claire tient l’Enfant-Jésus dans ses bras. Émerveillée, elle ne croit pas qu’il soit possible de ressentir un bonheur plus grand que celui qui est le sien en ce moment. »

La joie qu’elle ressent tout à la fin, alors que, par amour pour ce petit Enfant, elle a dit « OUI  » à Dieu.

Nous y trouvons encore :

Le rôle des parents :

A force de tendresse, Papa et Maman essaient de guider Claire sur le chemin du « oui », ce oui qui la délivrerait. Mais jusqu’à maintenant, leurs efforts n’ont paru porter aucun fruit.

L’importance de la prière, même si on n’en perçoit pas tout de suite l’efficacité.

Avant de parler à Claire, Papa prie intérieurement son bon ange : « venez-nous en aide et mettez sur mes lèvres des paroles qui puissent apaiser et guérir. »

Le rôle de l’ange gardien :
– la prière de Papa à l’ange de Claire : « Ma grande, je te confie… à ton ange gardien. »
– La conduite à la crèche de Bethléem…
– Et nous, pensons-nous souvent à notre bon ange ?

« Claire se sent un peu honteuse. Elle doit bien s’avouer qu’elle a rarement pensé à ce fidèle compagnon. »

Le rôle de Marie :

Médiatrice, elle donne l’Enfant Jésus à Claire, et la conduit tout doucement vers l’acceptation.

L’amour dont Claire est entourée est le facteur déterminant de son évolution intérieure jusqu’à son consentement :

– la voix chargée de tendresse de Papa – le tendre et chaud regard de son ami du ciel (son bon ange) – l’accueil de la Sainte Vierge : « Approche, Claire, nous t’attendions »…
« Elle n’avait pas compris qu’elle était à ce point aimée. Son cœur déborde de joie et d’amour. »

Enfin, la joie de l’état de grâce :

« Claire sait que l’Enfant-Dieu est entré dans son cœur pour y rester toujours. »

Après le conte, une histoire vraie…

« Un enfant qui disait toujours OUI à Dieu : Guy de Fontgalland (1913-1925) »