11 – LA FÊTE DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST (formation)

Ce document rappelle l’importance de cette fête
et explique les fondements de notre respect et de notre amour pour le Saint Sacrement.


Je suis le Pain vivant. (Jn 6, 51)

Le Pain consacré a toujours été entouré d’un très grand respect.

La célébration du Jeudi Saint remonte aux tout premiers temps de l’Église.

Mais c’est seulement au XIIIème siècle que fut instituée la solennité du « Corps du Christ » : elle fut demandée en 1208 par Notre Seigneur à la bienheureuse Julienne de Norwich.

Pour faire face à des hérésies toujours renouvelées contre la Sainte Eucharistie, pour rendre à l’Église sa ferveur qui s’était quelque peu refroidie, le Pape Urbain IV étendit cette fête à toute l’Église en 1246.

But précis de cette fête : honorer la Présence réelle de Jésus dans l’Eucharistie

Plus doctrinale que le Jeudi Saint, cette fête a pour but de dire solennellement à Dieu
notre reconnaissance pour ce résumé de tous ses bienfaits qu’est le pain eucharistique.

Pour nous aider à saisir le prix infini de ce grand Sacrement, pour nous stimuler dans notre amour et notre respect pour la Sainte Eucharistie, l’Église veut ce jour-là Lui rendre les plus grands honneurs, avec la plus grande magnificence, dans une fête toute spéciale.

– C’est là le but principal de cette fête : honorer Jésus-Christ présent dans le Sacrement de son Amour.
– Mais c’est aussi d’affirmer solennellement notre Foi en sa Présence Réelle dans la Sainte Eucharistie.
– Enfin, elle veut être une réparation solennelle pour tant d’outrages qu’Il reçoit dans ce Sacrement.

Au cours des siècles, cette fête a reçu plusieurs noms :
« Fête-Dieu » – « Fête du Saint-Sacrement » – « Fête du Corps et du Sang du Christ » – « Corpus Christi ».

Elle est fixée au Jeudi qui suit la fête de la Sainte Trinité, mais, en France, la solennité en est reportée au dimanche suivant.

L’office de cette fête du Saint-Sacrement fut composé par Saint Thomas d’Aquin.

Elle est enrichie d’une procession dont la coutume est très ancienne.

L’Eucharistie, Sacrifice et Sacrement

Pourquoi une fête en l’honneur de l’Eucharistie puisqu’il y a déjà le Jeudi-Saint ?

L’Eucharistie, sacrifice dont la victime se fait notre nourriture, est à la fois un SACRIFICE et un SACREMENT :

– le Jeudi-Saint, elle est célébrée sous son aspect « sacrifice »,

– la fête du Saint-Sacrement l’honore sous son aspect « sacrement ».

Le sacrifice qui nous sauve

Le Jeudi-Saint, l’Église célèbre le jour de l’institution de l’Eucharistie.
Mais ce jour-là, étant tout absorbée par la Passion du Sauveur, elle célèbre l’Eucharistie comme le Sacrifice qui nous sauve. C’est sur la croix que Jésus nous a sauvés et l’Eucharistie, instituée la veille de la passion du Christ, en reste le mémorial. L’autel est le prolongement du Calvaire.

« La célébration de la messe a la même valeur que la mort de Jésus-Christ sur la croix. » (st Jean Chrysostome)

Le sacrement qui nourrit nos âmes

Il convenait qu’une autre fête soit établie pour célébrer dignement, avec toute la magnificence voulue, la présence de Jésus dans le Saint Sacrement, ce qui reste un grand mystère.
En cette « Fête-Dieu », c’est sous son aspect Sacrement que la Sainte Eucharistie est honorée, à la fois comme notre « Pain de route » et comme sacrement de l’unité : unis au Christ, unis entre nous.

Ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. (Jn 6, 55-56)

L’Eucharistie a été instituée sous forme de nourriture afin que nous puissions nous unir à la victime du Calvaire. Elle est le sacrement qui nourrit nos âmes en vue de la vie éternelle.

C’est « le Pain de la route ».
L’hostie sainte (hostie = victime) devient ainsi le froment qui nourrit nos âmes.

Il les a nourris de la fleur de froment, et les a rassasiés du miel sorti du rocher. (Ps 80, 17)

Le sacrement de l’unité

Le pain, fait de nombreux grains de blé moulus et cuits ensemble, le vin, fait de nombreux grains de raisin pressés ensemble, sont bien un signe de l’Eucharistie qui rassemble dans le Christ tous les hommes et tous les peuples.

La Présence réelle, une vérité de foi

Avant de remonter au Ciel, Jésus nous a promis de ne pas nous laisser seuls :

Et voici que Je suis avec vous, tous les jours jusqu’à la fin du monde. (Mt 28, 20)

Mais comment reste-t-Il avec nous alors qu’Il est remonté vers son Père ?

La réalisation de cette promesse, c’est la Sainte Eucharistie, ce trésor infiniment précieux. C’est là qu’Il reste présent parmi nous :

– lorsque nous communions, Jésus est réellement « avec nous », présent en nous,

– et nous pouvons aussi Le retrouver à tout instant, réellement présent, au Tabernacle.

« La présence du véritable Corps du Christ et du véritable Sang du Christ dans ce sacrement, on ne l’apprend point par les sens, mais par la foi seule, laquelle s’appuie sur l’autorité de Dieu. (saint Thomas d’Aquin)
« Ceci est mon Corps qui sera livré pour vous » (Lc 22, 19). Ne va pas te demander si c’est vrai, mais accueille plutôt avec foi les paroles du Seigneur, parce que Lui, qui est la Vérité, ne ment pas. »
(saint Cyrille. Cité dans CEC 1381)

L’Eucharistie : un mode de présence unique

Le mode de présence du Christ sous les espèces eucharistiques est unique. Il élève l’Eucharistie au-dessus de tous les sacrements.
(CEC 1374)

Bien divers sont les modes de présence du Christ à son Église :
Il est présent à son Église qui accomplit les œuvres de miséricorde, qui prêche, puisque l’Évangile est parole de Dieu, qui dirige et gouverne le peuple de Dieu ; il est présent à son Église qui, en son nom, célèbre le sacrifice de la messe et administre les sacrements.
On reste émerveillé devant ces divers modes de présence du Christ et on y trouve à contempler le mystère même de l’Église.
Pourtant bien autre est le mode, vraiment sublime, selon lequel le Christ est présent à l’Église dans le sacrement de l’Eucharistie.

Parmi tous les sacrements, l’Eucharistie contient le Christ lui-même
C’est pourquoi celui-ci est parmi tous les sacrements « le plus doux pour la dévotion, le plus beau pour l’intelligence, le plus saint pour ce qu’il renferme. » (Gilles de Rome). Oui, il renferme le Christ lui-même et il est « comme la perfection de la vie spirituelle, et la fin à laquelle tendent tous les sacrements ». (saint Thomas d’Aquin)

Cette présence réelle ne se réduit pas à un symbolisme
Cette présence, on la nomme « réelle« , non à titre exclusif comme si les autres présences n’étaient pas « réelles« , mais par excellence, parce qu’elle est substantielle, et que, par elle, le Christ, Homme-Dieu, se rend présent tout entier.
Ce serait donc une mauvaise explication de cette sorte de présence que de (…) réduire la présence eucharistique aux limites d’un symbolisme.
(Paul VI. Encyclique Mysterium Fidei)

Dans le sacrement de l’Eucharistie, le Christ, vrai Dieu et vrai homme, est vraiment présent, réellement et substantiellement

La Présence réelle de Jésus dans l’Eucharistie est la vérité fondamentale, le cœur de la foi chrétienne, que l’Eglise ne craint pas de réaffirmer sans cesse au cours des siècles…

Le Concile de Trente affirme ouvertement et sans détour que, dans le vénérable sacrement de la Sainte Eucharistie, après la consécration du pain et du vin, Notre Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, est présent vraiment, réellement et substantiellement sous l’apparence de ces réalités sensibles.
Notre Sauveur est donc présent dans son Humanité, non seulement à la droite du Père, mais en même temps dans le Sacrement de l’Eucharistie, en un mode d’existence que nos mots peuvent sans doute à peine exprimer, mais que notre intelligence, éclairée par la foi, peut cependant reconnaître et que nous devons croire fermement comme une chose possible à Dieu.
(Paul VI. Encycl. Mysterium Fidei)

Il va sans dire qu’il importe au plus haut point de garder toute leur force aux paroles du Seigneur, comme la tradition unanime de l’Église, les Pères, les conciles, le magistère et le sens commun des fidèles les ont toujours comprises, à savoir que le Seigneur crucifié et ressuscité est vraiment, réellement et substantiellement présent dans l’Eucharistie et le demeure tant que subsistent les espèces du pain et du vin.
On lui doit non seulement le plus grand respect, mais notre culte et notre adoration.
C’est là le Cœur de l’Église, le secret de sa vigueur ; elle doit veiller avec un soin jaloux sur ce mystère et l’affirmer dans son intégralité.
(Jean-Paul II. Message aux congressistes du congrès eucharistique de Lourdes. 21.07.1983)

« C’est là le Cœur de l’Église » : l’Eucharistie est au centre du mystère chrétien.

« On lui doit le plus grand respect, notre culte, notre adoration » : Adorer le Saint-Sacrement, c’est donc bien témoigner que nous reconnaissons, sous l’humble apparence du pain et du vin, le Fils de Dieu fait homme, Dieu Lui-même : Dieu seul a droit à l’adoration.

Le Pain eucharistique

Le Pain vivant et vivifiant

« Le thème spécial de louange qui nous est proposé aujourd’hui, c’est le pain vivant et vivifiant, le pain que sur la table de la sainte cène, Jésus donna réellement aux douze, ses frères…

Ce que le Christ accomplit à la Cène, il a ordonné de le faire en mémoire de lui :
instruits par ses ordres saints, nous consacrons le pain, le vin, en l’hostie du salut.

C’est un dogme donné aux Chrétiens, que le pain devient la chair, et le vin le sang du Christ.
Sans comprendre et sans voir, la foi vive l’atteste, malgré le cours ordinaire des choses.

Voici le pain des Anges, devenu l’aliment de l’homme pèlerin :
c’est vraiment le pain des enfants, qu’il ne faut pas jeter aux chiens… »
(St Thomas d’Aquin. Lauda Sion)

L’hymne « Lauda Sion », composée par saint Thomas d’Aquin au XIIIème siècle, est un admirable « condensé » de tout l’enseignement catholique sur l’Eucharistie, présenté avec la plus grande précision théologique, et exprimé avec enthousiasme et poésie. On l’a appelé le « Credo du Saint-Sacrement ». Il nous aidera à approfondir notre connaissance du mystère eucharistique.
Les extraits ci-dessus ont pour but de vous inviter à le lire, le méditer et le prier dans son ensemble.

Le pain de la Vie éternelle

« Je suis le pain vivant, descendu du ciel ;
qui mangera de ce pain, vivra éternellement,
et le pain que moi, je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde ». (Jn 6, 51)

Jésus dans l’Eucharistie est appelé « le pain des anges » :

au ciel, il nourrit ses anges de lumière et d’amour ; sur la terre, le même Jésus nourrit nos âmes de lumière et d’amour.

Mais au ciel, la lumière est éclatante : nous ne pourrions la supporter, nos yeux sont trop faibles. Aussi, pour venir à nous, Jésus se met à notre portée : Il couvre sa lumière du voile des espèces (nous Le voyons, mais à travers la Foi) Il tempère son amour, ne le laissant agir que dans la mesure où nous pouvons le porter.

Plus notre âme se détachera des affections de cette terre, plus elle sera capable de recevoir la lumière divine, et plus elle grandira dans l’amour divin.

Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en Moi, et Moi en lui. (Jn 6, 56)

Demeurez en mon amour :
si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour…
Mon commandement, c’est que vous vous aimiez les un les autres. (Jn 15, 10-15)

Personne ne peut recevoir dignement ce grand Sacrement à moins d’être pur

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en Moi, et Moi en lui. (Jn 6, 56)
Manger cette nourriture et boire ce breuvage, c’est donc demeurer dans le Christ et avoir le Christ demeurant en soi.
Mais celui qui, étant souillé, ose s’approcher de ce mystère du Christ, mange et boit sa propre condamnation. (1 Co 11, 29). Car personne ne reçoit dignement ce grand Sacrement à moins d’être pur, selon ce qu’il est dit : Bienheureux les cœurs purs, parce qu’ils verront Dieu. (Mt 5, 8) »
(saint Augustin)

Voir en complément Une nourriture sur la route du Ciel

Dans l’Eucharistie, contemplons  » l’Agneau immolé »

Dans l’Eucharistie, Jésus est en état de victime :  » l’Agneau immolé », offert pour notre rédemption.
Adorer Jésus au Saint-Sacrement, ou Le recevoir dans la sainte Communion, c’est Le reconnaître comme la Victime dont le sacrifice nous a réconciliés avec Dieu. C’est ainsi qu’Il nous a valu la paix. Il y a un lien entre l’Hostie et la Croix.

Action de grâces

Le sens du mot « Eucharistie », c’est  » action de grâces ».
En contemplant cet « Agneau immolé » pour nos péchés, comment ne pas faire, d’abord, monter un chant d’amour, de reconnaissance et de louange envers Celui qui nous a sauvés ?

Rendons grâces au Père qui nous a rendus dignes
de partager le sort des saints dans la lumière,
qui nous a arrachés à la puissance des Ténèbres et transférés dans le Royaume
de son Fils bien-aimé en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés. (Col 1, 12-13)

Recevoir Jésus dans la sainte Communion, c’est nous unir à son Sacrifice…

« En ce divin sacrement, Jésus est pauvre, anéanti, il obéit au prêtre, bon ou mauvais ; Il se tait ; Il prie, Il loue son Père, Il s’offre à Lui. Il s’agit donc de considérer ce qu’Il fait pour se conformer à Lui…. Unissez vos obéissances à celles de Jésus-Christ au Saint-Sacrement où Il est caché et anéanti ». (sainte Marguerite-Marie à ses novices)

Si nous aimons vraiment Jésus, comment ne pas unir à son Sacrifice nos petites difficultés quotidiennes, nos contrariétés, nos efforts, tous nos désagréments acceptés avec patience.
En un mot, aimer la Croix pour l’amour de Jésus. Lui seul peut nous en donner la science et nous en faire la grâce.

…et Lui faire offrande de nous-mêmes

Que ce soit pendant notre adoration ou pendant notre action de grâces après la communion, demandons à Jésus, notre Sauveur, de nous apprendre à nous offrir avec Lui, comme Lui, totalement, non seulement à toutes nos intentions personnelles, mais à celles de toute l’Église et du monde.

Je vous exhorte, frères, par la tendresse de Dieu,
à Lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint,
capable de plaire à Dieu : c’est là pour vous l’adoration véritable. (Rm 12, 1)

Un devoir de réparation

L’Église et le monde ont un grand besoin du culte eucharistique.
Jésus nous attend dans ce sacrement d’amour.
Ne refusons pas le temps pour aller Le rencontrer dans l’adoration, dans la contemplation pleine de foi et ouverte à réparer les fautes graves et les délits du monde. Que ne cesse jamais notre adoration.
(Jean-Paul II. Lettre Dominicæ Cenæ 3)

« Réparer les fautes graves et les délits du monde… » :
sommes-nous ATTENTIFS à cette dimension de l’adoration devant le Saint-Sacrement ?

« Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes (…)
Et, pour reconnaissance, Je ne reçois de la plupart que des ingratitudes,
par leurs irrévérences et leurs sacrilèges,
et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour Moi dans ce Sacrement d’Amour. »

Comment réparer ?

Tout faire par amour

Je ne te demande pas autre chose que l’amour dans toutes tes actions. (Le Sacré-Cœur à Ste Marguerite-Marie)

Cette idée doit habiter notre cœur et imprégner tout ce que nous faisons.
Tout faire par amour, en union continuelle avec le Sacrifice de Jésus à la Messe : offrir toutes nos actions, nos sacrifices, nos difficultés du moment, être prêts à répondre généreusement à toute invitation de Jésus au renoncement.

Un temps d’adoration

Un autre moyen d’offrir à Notre Seigneur une juste réparation, c’est de Lui consacrer une partie de notre temps pour L’ADORER : soit seul, au Tabernacle, soit au cours d’une exposition du Saint-Sacrement.

Tout est possible si une nouvelle ère eucharistique devient ce qui anime la vie de l’Église.
Que l’Amour et l’Adoration de Jésus dans le Saint-Sacrement soit donc le signe le plus lumineux de notre foi.
Ce sont les adorateurs silencieux qui bâtissent le monde nouveau de l’an 2000. Soyez toujours des âmes eucharistiques pour pouvoir être d’authentiques chrétiens.
Je recommande donc aux prêtres et à tout le peuple chrétien de demander au Seigneur une foi plus intense en la valeur de l’Eucharistie.
(Jean-Paul II)