AND/04 – NOTRE-DAME DU LAUS (dessin et récit)

LE LAUS (HAUTES-ALPES) – EN 1664

BENOÎTE ET DAME MARIE, REFUGE DES PÉCHEURS

Benoîte la bergère…

Benoîte Rencurel est née en 1647, dans une famille pauvre et profondément chrétienne. Elle n’est pas allée à l’école et n’a jamais su ni lire ni écrire. Mais elle aime beaucoup prier et quand, à la mort de son père, elle a dû commencer à garder les moutons, à l’âge de 7 ans, elle demande à sa mère de lui acheter un chapelet.
Et c’est ainsi que notre petite bergère, pendant 10 ans, va passer presque tout son temps à prier en gardant ses moutons…
Il y a un endroit où elle aime beaucoup aller, avec son petit troupeau, c’est le Vallon des Fours. On l’appelle ainsi parce que les paysans y ont creusé de nombreux fours à plâtre pour y cuire la pierre des carrières voisines.
Benoîte a trouvé là, en abord du sentier, au-dessus du torrent, une sorte de grotte où elle aime bien venir se recueillir et prier tranquillement.

La rencontre

Et c’est en arrivant là qu’un beau jour de Mai 1664, tout à coup, elle se trouve face à une belle dame, tenant par la main un enfant d’une extraordinaire beauté…
“Belle dame, lui dit-elle, que faites vous-là ? Voulez vous acheter du plâtre ? Voulez-vous goûter avec moi ? J’ai un peu de bon pain…”
La dame sourit sans rien dire. Elle reste là un bon moment, puis disparut dans le rocher en prenant son petit enfant dans ses bras…

Pendant près de 4 mois, chaque jour, cette vision se renouvelle. Quel bonheur pour Benoîte !
La dame est habituellement silencieuse et souriante, mais il lui arrive quelquefois de parler. Un jour, elle apprend à Benoîte les litanies de la Sainte Vierge.
Une autre fois, elle l’envoie à la messe au village, et c’est elle qui garda les moutons ! Mais quand Benoîte revient, il n’y avait plus… ni dame ni moutons… Ils avaient été transportés dans un autre vallon. Benoîte cherche sans rien trouver et pleure…
Enfin, les moutons reviennent et la dame dit en souriant : “Vous m’avez fait plaisir de ne pas vous impatienter”. Et pour la consoler, elle la laisse s’endormir sur le bord de son manteau…
Un autre jour, sans doute pour mettre encore Benoîte à l’épreuve, la dame lui demande de lui donner un mouton et une chèvre.
“Le mouton, je veux bien, dit Benoîte, je le compterai sur mon argent. Mais la chèvre, je la garde parce qu’elle me porte quand je suis fatiguée ou pour passer la rivière…
– Ma fille, vous l’aimez trop, votre chèvre, vous lui donnez des raisins et du pain… Il vaut mieux donner à des pauvres ce qu’on vous donne…”

Tout finit par se savoir…

Benoîte est si heureuse de retrouver chaque jour cette belle dame qui est pour elle comme une mère qu’elle en est toute changée. Les gens du village s’en aperçoivent, la surveillent, l’interrogent, et tout finit par se savoir…
Et comme dans les montagnes, vous savez, le vent souffle très vite et fort d’un sapin à l’autre, la nouvelle en parvient rapidement de l’autre côté de la vallée, à Avançon, où M. Grimaud, juge de paix, homme fort pieux et très intéressé par tous ces événements, décide de venir lui-même faire son enquête…
Il parle longuement avec Benoîte, dont la simplicité, la franchise et la gaieté lui plaisent tout de suite. Il comprend vite qu’elle dit la vérité, il l’encourage à prier et à demeurer en état de grâce pour pouvoir continuer à bénéficier des faveurs de cette belle dame…
La dame a demandé qu’on vienne en procession
Un peu plus tard, vers la fin du mois d’Août, M. le Curé reçoit la visite de Benoîte : “La dame a demandé qu’on vienne en procession au Vallon des Fours en chantant les Litanies qu’elle m’a apprises”.
C’est ainsi que le 29 Août, une belle procession a lieu ; tout le village est là, M. le juge Grimaud aussi. On s’arrête à l’endroit où la dame apparaît habituellement.
Et Benoîte prévient le juge de paix : “La dame est là, Monsieur, elle vous sourit.” Lui ne la voit pas, bien sûr, mais il est très ému : on le comprend. Il enlève son grand chapeau, s’incline profondément. Puis il se met un peu à l’écart et prie.

Je suis Dame Marie

Au bout d’un moment, il suggère à Benoîte de demander à la dame comment elle s’appelle, ce qu’elle fait aussitôt. La dame répond doucement: “Je suis Dame Marie, vous ne me verrez plus ici pendant quelque temps….”
Quel changement cela va être pour Benoîte qui éprouvait une joie inexprimable à voir cette belle dame tous les jours ! Elle en est toute bouleversée et pleure même à chaudes larmes. Pendant un mois, la pauvre bergère, bien triste et le coeur en peine, attend le retour de la dame.
Elle ne va plus au Vallon des Fours mais emmène souvent paître ses brebis au bord de la rivière, où il y avait plus d’herbe.
Le 29 Septembre, jour de son anniversaire, et jour de la fête de Saint Michel, elle aperçoit soudain, de l’autre côté de la rivière, sur le haut du coteau, une éblouissante lumière…
Elle comprend tout de suite que la dame revient ! Vite, elle monte sur sa bonne chèvre pour traverser la rivière et gravit la pente jusqu’aux pieds de la dame. Quelle joie !
“Ma bonne dame, lui dit-elle, d’où vient que vous m’ayez si longtemps privée du bonheur de vous voir ?”
Et la dame répond, en désignant le hameau voisin :
“Allez au Laus, vous y trouverez une petite chapelle reconnaissable à ses bonnes odeurs. C’est là que très souvent maintenant vous me verrez et me parlerez.”

Au Laus…

Dès le lendemain, bien sûr, Benoîte emmène son petit troupeau au hameau du Laus, sur l’autre versant de la montagne. C’est un endroit où les champs et les pâturages, à la lumière des cimes, sont particulièrement beaux, où toute la nature semble en fête.
Ici, poussent toutes sortes de plantes sauvages et aromatiques, comme l’hysope, qui est une herbe rare, dont parle le roi David dans les psaumes.
C’est bien difficile, dans ce petit hameau, de découvrir où se trouve la chapelle annoncée par la dame. Benoîte va de porte en porte en sentant l’air autant qu’elle peut…
Elle découvre enfin un petit oratoire abandonné, au toit de chaume, dédié à “Notre Dame de Bon Rencontre” et dont la porte entr’ouverte laisse échapper des parfums du Paradis…
Le coeur battant, Benoîte pousse la porte… Elle tombe à genoux : debout, sur l’autel poussiéreux, la dame est là, qui étend les bras et lui sourit.
“Cette chapelle est bien pauvre et sale, s’écrie Benoîte. Belle dame, vous plairait-il que j’étende mon tablier sous vos pieds?”
– Ne vous mettez pas en peine, répond la dame, bientôt rien ne manquera ici, ni linges, ni nappes, ni cierges , ni ornements.
Je désire faire construire ici une grande église en l’honneur de mon très cher Fils, où beaucoup de pécheurs se convertiront.
C’est là que vous me verrez maintenant très souvent…”
Jusqu’à la fin de cette année 1664, et même encore au début de l’année suivante, Benoîte revient tous les jours à la chapelle et, chaque jour, elle a une conversation avec la Reine du Ciel, puisqu’il s’agit bien d’elle.

La mission de Benoîte

Ces quelques mois sont très importants dans la vie de Benoîte, car pendant tout ce temps la Sainte Vierge lui apprend à prier sans se lasser pour les pécheurs.
Elle lui fait comprendre l’état de leur âme, la crainte ou la honte qui les empêchent de revenir à Jésus et, en même temps, le si grand amour de Dieu (la miséricorde) qui veut leur pardonner…
Pendant tout cet hiver où les promesses de la nature sont comme cachées, enfouies, dans le silence de la terre, Benoîte se prépare, elle aussi, dans le secret, avec la Sainte Vierge, à ce qui va être la mission de toute sa vie.
Elle n’a que 17 ans, mais elle est maintenant prête à affronter le monde du péché, et Le Laus va très vite devenir le “REFUGE DES PÉCHEURS”.

Guérisons – conversions.
Bientôt, tout le monde sait, dans les villages voisins, la grâce que la Reine du Ciel fait à cette bergère.
Au début du printemps 1665, les foules commencent à venir de toutes parts à la chapelle du Laus. Il est extraordinaire de voir le nombre de guérisons miraculeuses -des corps et des âmes – qui ont lieu ici dès cette époque.
Le premier miracle est, dès le mois d’avril, celui d’un homme estropié qui a retrouvé subitement l’usage de ses jambes : il a laissé ses béquilles au Laus. Mais il est suivi de quantité d’autres : des aveugles qui voient, des sourds qui entendent…
Et ce jeune garçon, Pierre de Caseneuve, fils d’un chirurgien de Gap, venu au Laus aveugle et impotent, ne pouvant marcher, et qui est reparti… l’œil vif, en gambadant et sautant de joie!
Mais la guérison des corps va avec la guérison des cœurs, ce qui est visible montre ce qui est invisible : dès ce moment-là, en effet, en même temps que les guérisons physiques, les gens éprouvent très vivement le désir de se confesser.
Et c’est sous les arbres que de nombreux prêtres donnent ce sacrement, en attendant l’église promise par Dame Marie.

La construction de l’église

A l’automne suivant, est bénie solennellement la première pierre de l’église : cela devenait vraiment nécessaire pour accueillir tous ces cortèges de pèlerins.
Entre-temps, l’archevêque d’Embrun et son entourage viennent enquêter sur place. Benoîte est effrayée par la venue de ces grands personnages et veut s’enfuir…, mais la Sainte Vierge la rassure, et finalement tout se passe très bien.
Le vicaire général est même très impressionné par une guérison subite qui a lieu sous ses yeux : une malade bien connue dans la région retrouve tout à coup l’usage de ses jambes paralysées depuis six ans. Et le vicaire général écrit dans son rapport :
“le doigt de Dieu est là…”
Il est vrai que dans cette nouvelle église – Notre Dame du Laus – il continue à se passer sans cesse des prodiges, ce qui fait encore grandir le renom du pèlerinage.
La petite chapelle de “Bon Rencontre” que Benoîte avait découverte dans le hameau du Laus est conservée et placée dans le chœur même de la basilique qui a été construite tout autour, ce qui fait que tous les pèlerins peuvent la voir, aujourd’hui encore.
Souvent plusieurs d’entre eux ont remarqué de très agréables odeurs qui parfois embaument cette chapelle, en répandant un parfum vraiment céleste.
La Sainte Vierge avait confié aussi à Benoîte que des guérisons auraient lieu en utilisant l’huile de la lampe de la chapelle. Et on a constaté, en effet, l’efficacité de cette huile sur des malades restés à la maison.
Mais ce qui est vraiment merveilleux au Laus, c’est la ferveur de tous ces pèlerins qui viennent s’y confesser et communier “avec une extrême tendresse de cœur et une ardeur extraordinaire”, comme dira un témoin.
Il est vrai que c’est toute la préoccupation de Benoîte et l’objet de ses prières incessantes.

La vie de Benoîte

Au moment de la construction de l’église, elle est entrée dans le tiers-ordre dominicain (c’est-à-dire qu’elle est affiliée à cet ordre religieux tout en restant dans le monde ).
En signe de son appartenance au Seigneur, elle porte désormais sur la tête un petit voile, ce qui fait que tout le monde l’appelle maintenant “sœur Benoîte”, bien qu’elle ne soit pas vraiment religieuse. Elle vit d’une façon très simple et même pauvre, dans une toute petite maison, en contrebas de l’église.
Elle travaille aux champs, mais passe surtout beaucoup de temps à prier pour les pécheurs ; elle offre de grands sacrifices pour leur conversion, qui est son grand souci.
Presque tous les jours, “Dame Marie” continue à l’encourager dans cette mission.
Souvent, sœur Benoîte lit dans les consciences des pécheurs qui viennent au Laus, leur dévoile leur passé, les encourage à la pénitence avec une telle douceur et charité qu’ils en sont complètement bouleversés. Mais elle sait aussi reprendre avec fermeté ceux qui commettent de grands péchés en leur faisant prendre conscience de leur gravité.
Que de conversions ont lieu grâce à sa pénétration des âmes !
Bien sûr, tout cela ne plaît pas au démon, qui se déchaîne contre elle, en lui faisant subir toutes sortes de tourments.
Comme le saint Curé d’Ars, assailli dans son presbytère, elle entend chez elle pendant la nuit des rires, des menaces. Des coups furieux secouent sa porte, ébranlent les murs.
Mais elle tient bon par le jeûne et la prière, et elle reçoit beaucoup de réconfort des anges, avec lesquels elle vit en étroite amitié.

La croix d’Avançon

Un jour, en allant vers Avançon, elle s’arrête pour prier devant une croix en bordure du chemin et Jésus lui-même lui apparaît souffrant sa passion ; maintenant, pendant neuf ans, chaque vendredi, Benoîte va souffrir avec Lui dans sa propre chair…
Mais en même temps, les grâces du Laus se multiplient : conversions et guérisons par centaines, et les foules viennent de plus en plus loin vers le “Refuge des pécheurs”…
Il y aura pour Benoîte des années très dures d’isolement et de toutes sortes de tracasseries qu’elle n’aurait jamais pu supporter sans un secours du Ciel très particulier.
Mais quelques années avant sa mort, en 1718 – elle avait 72 ans – Benoîte aura enfin la grande joie de voir un groupe de religieux venir s’installer au Laus pour se consacrer totalement à l’accueil des pécheurs.
Il y aura à ce moment-là plus de retraites et de confessions que jamais, avec encore de nouveaux miracles !..

Marie, Refuge des pécheurs

Demandons à la Vierge Marie, “Refuge des pécheurs”, qu’elle nous fasse éprouver à nous aussi l’horreur de nos péchés, et qu’elle mette dans nos cœurs un très vif désir d’en demander bien vite pardon à son Fils Jésus.