AND/11 – NOTRE-DAME DE BEAURAING (dessin et récit)

BEAURAING (BELGIQUE) – EN 1932

LA VIERGE AU CŒUR D’OR

Qui se promène au-dessus du pont ?…

Le premier, Albert, 11 ans, arrive à la porte du pensionnat et appuie vigoureusement sur la sonnette.
Il vient avec toute une petite bande (sa sœur Fernande qui a 15 ans, et deux amies, Andrée et Gilberte qui ont 14 et 9 ans), chercher sa sœur – encore une Gilberte – à la sortie de l’école. Celle-ci a 13 ans, elle ne quitte l’école qu’à 6 heures du soir. Nous sommes au mois de novembre : il fait déjà presque nuit.
Ces joyeux enfants arrivent donc dans la cour de l’école des sœurs, dans cette petite ville de Beauraing, en Belgique, tout près de la frontière française.
Albert a couru plus vite que les autres, il arrive le premier. Il gravit lestement le perron, sonne et se retourne pour voir ses amies arriver… Tout à coup il s’écrie :
“Regardez ! La Vierge qui se promène au-dessus du pont ! “
Sa grande sœur Fernande, si raisonnable, ne regarde même pas : “Qu’il est bête, ce sont les phares d’une voiture ! “dit-elle. Mais il insiste, les trois petites filles se retournent, et, en effet voient une belle dame blanche, lumineuse, qui a l’air de se promener sur le pont, le viaduc qui passe tout près de l’école…
Pendant ce temps la religieuse ouvre la porte et laisse sortir Gilberte qui ne peut retenir un “oh ! “ d’admiration en voyant cette dame toute de lumière qui va et vient au-dessus du talus.
Les cinq enfants sortent du parc de l’école en courant et se précipitent pour mieux voir la belle dame qui, en effet, se promène sur le pont, les mains jointes, en ayant l’air de les regarder…

En arrivant à la maison, ils racontent avec enthousiasme ce qu’ils ont vu. Mais leurs parents trouvent cela très bizarre, ils se moquent gentiment d’eux et ne les prennent pas du tout au sérieux. Après le dîner, on les envoie vite au lit !

Un bon bâton… on ne sait jamais

Le lendemain, même chose : à 6 heures du soir, en venant chercher Gilberte, ils revoient la belle dame d’hier ; c’est bien elle.
Elle est magnifique, et elle les regarde en souriant. Ils voient les plis de sa robe bouger à chacun de ses pas : ils sont vraiment très impressionnés !…
La famille Voisin et la famille Degeimbre, les deux familles des enfants, se mettent d’accord pour surveiller cela de plus près.
Le troisième jour, jeudi 1er décembre 1932, Madame Degeimbre, la maman d’Andrée et Gilberte se joint au groupe des enfants, armée d’un solide bâton… (on ne sait jamais !) Il y a même quelques amis qui ont entendu parler de la chose : en tout, onze personnes. A peine arrivés devant la grille du pensionnat, les quatre enfants voient aussitôt la belle dame, tout près d’eux, là, à l’entrée, dans le buisson d’aubépine.
Pendant qu’ils courent chercher Gilberte, Madame Degeimbre, de son bâton, explore soigneusement les arbustes…Mais c’est en vain, il n’y a rien…
Les enfants reviennent avec l’écolière et tous les cinq sont émerveillés. La Dame les attend.
Qu’elle est belle ! Sa robe étincelante a des reflets bleutés ; sa tête est couronnée d’un diadème de lumière ; ses yeux sont bleus comme le ciel.
Elle ne dit rien mais les regarde avec un merveilleux sourire.
Pressés par leur mère, les enfants quittent l’école à regret : il faut rentrer à la maison.
Maman Degeimbre, sans rien dire, est de plus en plus intriguée. Dans la soirée, elle revient avec trois des enfants, une lampe électrique, sans oublier son bâton ! “Si vous voyez quelque chose, dit-elle aux enfants, ne criez pas, dites plutôt une bonne prière pour être protégés.”

En arrivant devant la grille de l’école, les trois enfants aussitôt tombent à genoux et commencent leur chapelet.
“Qu’elle est belle !” murmure Andrée, toute émue.
Pendant ce temps, le bâton de Maman Degeimbre fouille les buissons, à l’endroit que fixent les enfants, mais il n’y a rien que des branches et des feuilles. Soudain, Andrée s’écrie: “Mais attention, Maman, arrête, tu vas lui faire mal ! “
Le lendemain, comme tout le monde au village commence à parler de ce qui se passe à la grille de l’école des Soeurs, Mère Théophile, la supérieure, prend des mesures disciplinaires énergiques : désormais, la grille sera fermée à 5 heures et on lâchera les chiens dans le parc ; il faudra que Gilberte ait quitté l’école avant. Et M. le Curé de Beauraing, de son côté, recommande le plus grand silence sur toute cette affaire qui risque d’attirer les moqueries.

“Etes-vous la Reine Immaculée ?

Le soir donc, mais plus tard, les enfants reviennent avec leurs parents et une douzaine de personnes. La nuit est tombée, glaciale, en ce début de décembre.
A peine arrivés à la grille, les cinq enfants, dans un ensemble parfait, parce qu’ils voient tous la Dame en même temps, tombent brutalement à genoux sur le pavé qui en résonne.
Un médecin qui se trouve là est éberlué de voir qu’ils sont tombés sans se faire mal…
Et les chiens qui aboyaient furieusement dans le parc du pensionnat en entendant le groupe arriver, se taisent subitement, comme ils se tairont mystérieusement à chaque apparition suivante…

Les enfants, eux, à genoux sur le pavé gelé, récitent le chapelet et leur prière est enthousiaste, remplie d’une joie débordante !
La Dame a une très longue robe blanche, un voile tombe autour de ses épaules, et de fins rayons étincellent tout autour de son visage. Elle semble répandre de la lumière.
Albert prend la parole : “Êtes-vous la Vierge Immaculée ?”
La Dame fait signe que oui.
– Que nous demandez-vous ?
Elle répond : “D’être bien sages.”
– Nous le serons ! s’écrie Fernande.
La Dame a parlé ! Quel bonheur ! Ses mains jointes s’ouvrent, elle écarte les bras et, subitement, disparaît dans le silence et le mystère de la nuit…

Rendez-vous le 8 décembre

Presque chaque soir en ce début de décembre, la Dame revient, leur fixant spécialement rendez-vous le 8 décembre, pour la fête de l’Immaculée Conception.
Et ce jour-là, à 6 heures du soir, il y a déjà une immense foule tout autour des enfants, puisque l’on a compté 1200 voitures garées dans les alentours du village ! Les enfants, transfigurés de bonheur, voient la Vierge Immaculée pendant toute la durée d’un chapelet.
Les médecins sont frappés en les observant : ils essaient de les pincer, de les picoter avec des petits objets pointus, de leur brûler le bout des doigts avec une flamme, non pas pour leur faire mal, mais pour voir comment ils réagissent. C’est exactement comme si on ne leur faisait rien. Ils sont complètement insensibles au monde qui les entoure, et ne garderont sur leurs mains, leurs bras et leurs jambes, aucune marque de tout cela.
De même, quand on leur projette brutalement la lumière d’une lampe électrique devant le visage, ils ne clignent même pas des yeux…

Il est vrai que cela doit être peu de chose par rapport à la lumière qui émane de la Dame ! On a l’impression que quand ils voient la Sainte Vierge, ils sont tellement transportés de bonheur que plus rien d’autre ne compte pour eux…
La foule présente autour d’eux ce 8 décembre est très impressionnée, bouleversée, en sentant la Sainte Vierge si proche pendant la récitation du chapelet.
Seuls les enfants la voient, mais de nombreuses personnes entendent des bruits de rameaux qui remuent, de feuillages qui s’agitent d’une manière inhabituelle, et on sent même, alors que le froid de cette nuit d’hiver est si mordant, une brise tiède à l’entour de l’aubépine…
Un adolescent racontera plus tard qu’il avait un peu honte de sa gorge serrée et de ses yeux brillants de larmes, mais à ses côtés, deux rudes ouvriers pleuraient en priant…

Le Cœur d’or de la Vierge Marie

Le 13 décembre, la Sainte Vierge revient à l’heure habituelle, silencieuse comme le 8 décembre, et le visage toujours rayonnant d’un merveilleux sourire.
Le 17 décembre, Gilberte Voisin lui demande ce qu’elle veut.
“Une chapelle”, répond-elle.
Plusieurs fois encore elle apparaît aux enfants sans leur parler, mais s’offre à leur contemplation émerveillée pendant qu’ils disent leur chapelet… Avant-goût du Paradis…
Le 23 décembre, c’est Fernande qui lui demande : “Pourquoi venez-vous ici ?”
– Pour qu’on y vienne en pèlerinage” répond-elle.
A la fin du mois, elle leur annonce que ce sera bientôt la dernière apparition :
– Priez, priez beaucoup, insiste-t-elle, et les enfants remarquent maintenant, quand elle écarte les bras vers eux avant de les quitter, un Cœur d’Or qui étincelle sur sa poitrine…

Le 31 décembre, ce sont 10 000 personnes entassées sur la route et les talus qui assistent à l’apparition de la Sainte Vierge.
Ce jour-là, elle ne dit rien, mais le 1er janvier 1933, elle répète encore : “Priez, priez toujours !”
Le 2 janvier, elle annonce pour le lendemain un secret pour chacun des enfants en particulier.
Ce 3 janvier fut en effet le jour des adieux : chacun reçoit un message pour lui tout seul.
Tournée vers Andrée, elle dit : “Je suis la Mère de Dieu, la Reine des cieux, priez toujours, adieu ! “
A Gilberte : “Je convertirai les pécheurs.”
Éblouissante dans sa robe de lumière aux reflets d’azur, le chapelet au bras droit, les mains jointes, un diadème scintillant sur son voile, elle pose sur les enfants son regard bleu plein d’amour et disparaît avec son doux sourire…

Fernande Voisin, pourtant, la plus grande, est aux bords des larmes, elle a la gorge serrée : à elle seule la Sainte Vierge n’a rien dit, alors qu’elle s’est adressée en particulier à chacun des 4 autres enfants.
Devinant son immense déception, un médecin qui est là lui conseille de continuer à prier…
Tout à coup, on la voit à son tour tomber à genoux : la Dame revient, pour elle spécialement, dans une grosse boule de feu qui éclate dans l’aubépine et se répand en étincelles.

“Aimez-vous mon Fils ?”, demande -t-elle.” – “Oui, oui !”
– M’aimez-vous ? reprend la Dame. – “Oui, oui !”
– Alors sacrifiez-vous pour moi ! Adieu !
Sur ces mots, la lumière disparaît. La Dame, cette fois, est partie pour ne plus revenir…
Comme toujours après des événements aussi extraordinaires, il y eut de très nombreuses et soigneuses enquêtes.

Beauraing est vite devenu un lieu de pèlerinage où beaucoup de guérisons et de merveilleuses conversions eurent lieu.
Ainsi l’évêque de Namur put-il bientôt affirmer solennellement que “la Reine des cieux apparut aux enfants de Beauraing au cours de l’hiver 1932-1933, spécialement pour nous montrer en son Cœur maternel l’anxieux appel à la prière et l’engagement de sa puissante médiation pour la conversion des pécheurs.”