AND/09 – NOTRE-DAME DE PELLEVOISIN (dessin et récit)

PELLEVOISIN (INDRE) – EN 1876

AU CŒUR DE LA FRANCE
DU CŒUR DE MARIE… AU CŒUR DE JÉSUS

..”Chère Madame la Sainte Vierge”, …”O ma bonne Sainte Vierge”… Dites, comment feriez-vous, chers enfants, pour écrire une lettre à la Sainte Vierge ? Par quels mots commencer ?
Voilà la question que se pose cette pauvre Estelle Faguette, qui vient d’avoir 32 ans, et qui est si malade, en cette fin d’année 1875… Épuisée par ses souffrances, pendant une nuit où elle a tellement mal qu’elle ne peut pas dormir, elle cherche comment écrire à sa bonne Mère du Ciel que tant de fois déjà elle a suppliée de la guérir…. car elle sait bien qu’il n’y a qu’elle qui peut obtenir sa guérison.

La lettre

Elle est si fatiguée que ses doigts tremblent en tenant la plume, mais elle a toute confiance et, avec simplicité, elle écrit ce que son cœur lui dit :
“O ma bonne Mère, me voici de nouveau à vos pieds. Vous ne pouvez pas refuser de m’entendre ! Vous n’avez pas oublié que je suis votre fille et que je vous aime…
Obtenez-moi de votre divin Fils la santé de mon pauvre corps. Regardez donc la douleur de mes parents, et ils n’ont plus que moi pour toute ressource, ils sont à la veille de mendier leur pain… J’ai confiance en vous ; si vous voulez, votre Fils peut me guérir .”
Et elle ajoute : ”Qu’Il me rende la santé si tel est son bon plaisir, mais que sa volonté soit faite et non la mienne, qu’Il m’accorde au moins une résignation entière à sa volonté, et que cela serve à mon salut et à celui de mes parents…”

Estelle ferme l’enveloppe. Le matin venu, elle demande à Mademoiselle Reiter, une amie venue prendre de ses nouvelles, d’aller en secret déposer sa lettre aux pieds d’une statue de Notre Dame de Lourdes et de la cacher sous une pierre…

Au château des Poiriers

Depuis douze ans, Estelle travaille au service de la famille de La Rochefoucauld, au château des Poiriers, à Pellevoisin, dans le département de l’Indre, au cœur de la France. Elle a toujours mis tout son cœur à bien faire son travail. Le comte et la comtesse de La Rochefoucauld l’aiment beaucoup et sont très bons avec elle, surtout depuis qu’elle est si malade.
Dans le beau parc du château, sous les grands arbres, ils ont fait construire, il y a quelques années, une grotte en l’honneur de Notre Dame de Lourdes : c’est là qu’Estelle a fait porter sa lettre ce matin par Melle Reiter, l’institutrice du château.

Les mois passent. L’hiver approche, il fait froid maintenant. Les feuilles tombent des arbres du parc, et Estelle sent que sa vie à elle aussi s’en va… Les médecins sont impuissants à la guérir, et la Sainte Vierge elle-même ne semble pas répondre…
La famille de La Rochefoucauld quitte le château pour retourner à Paris passer l’hiver, mais, avant de partir, fait transporter Estelle – avec mille précautions, car elle est si faible – dans une maison proche de l’église de Pellevoisin où l’on a fait venir ses pauvres parents. Comme personne ne met en doute sa mort prochaine, le comte de La Rochefoucauld achète au cimetière, pour ensevelir cette servante dévouée, un bout de terre où elle reposera en paix…
Et il prend toutes les dispositions pour qu’en attendant, on ne la laisse manquer de rien.

Samedi, tu seras morte ou guérie…

Estelle a une péritonite tuberculeuse extrêmement grave qui se généralise. En ce mois de février 1876, elle souffre de plus en plus, et à tout moment on s’attend à ce qu’une crise plus terrible que les autres l’emporte.
On appelle des médecins : l’un répond que son métier n’est pas de consoler les mourants, un autre accepte de venir mais quitte la malade, ce 14 février, en disant qu’elle n’a plus que quelques heures à vivre… Estelle offre donc généreusement sa vie ; douce et patiente, elle attend que son Seigneur vienne la chercher…

Et, dans cette nuit du 14 au 15 février, tout à coup, c’est le diable en rage qui lui apparaît sous une forme horrible et grimaçante. Estelle est terrorisée… mais voici que, presque aussitôt, la Vierge Marie est là, comme une maman tout près de son enfant malade, la regardant avec amour. Évidemment, le démon s’enfuit tout de suite !
La Sainte Vierge a un long voile de laine tout blanc, ses grands yeux bleus très doux se posent avec tendresse sur Estelle : “Ne crains rien, dit-elle, tu sais bien que tu es ma fille. Courage ! Prends patience, mon Fils va se laisser toucher. Tu souffriras encore cinq jours , en l’honneur des cinq plaies de mon Fils. Samedi, tu seras morte ou guérie. Si mon Fils te rend la vie, je veux que tu publies ma gloire .”

Une joie immense remplit le cœur d’Estelle, consolée, réconfortée, émerveillée par cette visite de la Sainte Vierge. Elle a entrevu le Ciel ; tout le reste lui est complètement égal maintenant !
La Sainte Vierge a disparu dans cette espèce de nuée bleue et pleine de lumière qui l’enveloppait… Qu’elle était belle !
Le lendemain matin, Estelle raconte tout à Monsieur l’abbé Salmon, curé de Pellevoisin, qui l’écoute avec compassion en pensant qu’elle a complètement perdu l’esprit et qu’elle délire…

“Regardons le passé…”

La nuit suivante, le démon en colère rôde encore et essaie de s’approcher (mais d’un peu plus loin cette fois !) et aussitôt la Sainte Vierge revient :
“N’aie pas peur, je suis là, dit-elle avec son merveilleux sourire. Cette fois mon Fils s’est laissé attendrir : Il te laisse la vie. Tu seras guérie samedi.”
Mais elle ajoute : “Tu ne seras pas exempte de peines. Tu souffriras. C’est ce qui fait le mérite de la vie. Si mon Fils s’est laissé toucher, c’est par ta grande résignation et ta patience .”
Puis la Sainte Vierge lui dit doucement mais tristement : ”Maintenant, regardons le passé…” Et notre pauvre Estelle voit défiler devant ses yeux toutes ses fautes anciennes… Elle qui croyait n’avoir commis que des fautes légères… Mais elle ne les avait pas assez regrettées. Tout en larmes, elle demande pardon, pardon… La Sainte Vierge la regarde avec bonté et disparaît sans rien dire.

Le lendemain, lorsque Monsieur le Curé revient, Estelle déclare : “Je serai guérie samedi, la Sainte Vierge me l’a promis.” Pauvre Estelle, pense le prêtre, la fièvre lui fait perdre complètement la tête !
La nuit suivante, pour la troisième fois, la Sainte Vierge revient réconforter Estelle. Mais celle-ci est bien triste en pensant à toutes ses fautes, et se met à trembler…
La Sainte Vierge, vraiment comme une maman, la reprend si tendrement que la pauvre malade se rassure : “Tout cela est passé. Tu as, par ta résignation, racheté ces fautes”, et elle lui montre les bonnes actions de sa vie. Mais que c’est peu de chose !…

Je suis toute miséricordieuse

La Sainte Vierge ajoute : “Je suis toute miséricordieuse, et maîtresse de mon Fils. Ces quelques bonnes actions et prières ferventes que tu m’as adressées ont touché mon cœur de Mère, en particulier cette petite lettre que tu m’avais écrite au mois de septembre.
Ce qui m’a le plus touchée, c’est cette phrase : « Voyez la douleur de mes parents si je venais à leur manquer ; ils sont à la veille de mendier leur pain. Rappelez-vous donc ce que vous avez souffert quand Jésus votre Fils fut étendu sur la croix ».
J’ai montré cette lettre à mon Fils. Tes parents ont besoin de toi. A l’avenir, tâche d’être fidèle. Ne perds pas les grâces qui te sont données, et publie ma gloire.”
Et la Sainte Vierge disparaît dans la belle nuée pleine de lumière qui l’entoure… Le cœur d’Estelle est rempli de joie, il déborde d’allégresse quand elle repense à tout ce que la Sainte Vierge lui a dit !

“Samedi, je serai guérie .”

Et pourtant, pendant deux jours encore, tout le monde va penser qu’Estelle est à l’agonie. Et il est vrai que son état empire d’heure en heure. Elle est extrêmement faible et ne peut même plus avaler une goutte d’eau, elle est livide, sa toux est sifflante, elle suffoque. Et pourtant entre deux râles elle arrive à dire : “samedi, je serai guérie !”
Au milieu de la nuit, en effet, la Sainte Vierge, pour la cinquième fois, revient. Elle avance près du lit et reste là un long moment, immobile et silencieuse, si belle dans sa lumière surnaturelle… Estelle voudrait que cette vision ne finisse jamais !
Dans l’élan de sa joie, elle redit à la Sainte Vierge son désir de tout faire maintenant pour sa gloire. “Si tu veux me servir, répond la Sainte Vierge, sois simple et que tes actions répondent à tes paroles !”
Estelle se demande si elle doit entrer au couvent… La Sainte Vierge lui dit : “On peut se sauver dans toutes les conditions. Où tu es, tu peux faire beaucoup de bien et tu peux publier ma gloire.”
Et avant de partir, elle prévient Estelle qu’elle aura à supporter bien des critiques : “Ne fais pas attention à tout cela. Sois moi fidèle , je t’aiderai.”

Le samedi matin, très tôt, Monsieur le Curé arrive, craignant bien de ne plus trouver Estelle vivante. Il est vrai qu’elle est toujours sur son lit, mais ce n’est plus la même personne et il s’en aperçoit tout de suite ! Estelle est toute fraîche et rose, le regard vif, et son visage exprime un tel bonheur ! Puis elle annonce qu’elle a grandement faim, elle se lève et s’habille toute seule rapidement…
Après avoir communié, à la demande de Monsieur le Curé, elle fait un grand signe de croix avec son bras droit qui était encore paralysé la veille…
Sa guérison est subite et complète : tout le monde est émerveillé et, bien sûr, les parents d’Estelle pleurent de joie en la voyant ainsi complètement transformée !
Désormais, elle va pouvoir reprendre son travail au château et attend le retour de la famille de La Rochefoucauld à Pellevoisin.

La pluie… de grâces

Mais comment oublier Celle qui lui a rendu la santé et qui occupe maintenant toute sa vie et toutes ses pensées ?
Estelle passe beaucoup de temps à prier dans la petite chambre où a eu lieu sa miraculeuse guérison et où, au cours de cette année 1876, quinze fois en tout, elle verra la Sainte Vierge !
Le soir du 1er Juillet, vers dix heures, Estelle est en prière dans cette petite chambre. Elle est à genoux devant la cheminée et récite son chapelet… Tout à coup, elle sursaute et lève la tête : la Sainte Vierge est là, avec sa robe et son voile blancs, dans sa belle et douce lumière bleutée. De ses mains tendues vers Estelle, tombe une pluie de gouttes irisées.
Elle ne reste que quelques instants, juste pour dire à Estelle : “Du calme, mon enfant ! Patience ! Tu auras des peines, mais je suis là ! Je reviendrai.” Et elle disparaît…

Le lendemain, 2 Juillet, Estelle se couche, comme d’habitude, vers onze heures du soir, elle s’endort. Très peu de temps après elle se réveille, croyant avoir dormi longtemps. Comme elle n’a plus sommeil, elle se lève, se met à genoux, et commence un “Je vous salue Marie…”
La Sainte Vierge apparaît, radieuse, les mains ruisselantes de grâces, comme la veille, et, en plus, entourée d’une magnifique guirlande de roses de trois couleurs. La Sainte Vierge reviendra encore la voir, très rapidement, le soir du 3 Juillet.
Avec joie et entrain, Estelle a repris son travail au château de Poiriers, où l’a rappelée Madame de La Rochefoucauld ; mais le 9 Septembre, elle retourne dans la petite maison du village, et, ce soir, dans le silence de son ancienne chambre, la Sainte Vierge apparaît encore à Estelle qui vient de commencer son chapelet.
Elle va, ce jour-là, lui confier quelque chose de très important…

Le scapulaire du Cœur de Jésus

D’où vient donc cette pluie qu’Estelle avait vu ruisseler des mains de la Sainte Vierge ? Aujourd’hui, Estelle voit, tout en haut de la robe de la Reine du Ciel, un cœur rouge, le Cœur de Jésus, surmonté d’une croix, couronné d’épines… Ce petit morceau de tissu, sur lequel est représenté le Cœur de Jésus s’appelle un scapulaire, le scapulaire du Sacré Cœur.
La Sainte Vierge dit à Estelle : “J’aime cette dévotion… C’est ici que je serai honorée… Depuis longtemps les trésors de mon Fils sont ouverts. Qu’ils prient !”
Le lendemain 10 septembre, puis encore le 15 septembre, la Sainte Vierge revient, demandant la prière au Cœur de Jésus, là où se trouve la source de tous les trésors…
Trois fois encore en novembre, la Sainte Vierge apparaît à Estelle, l’encourage pour les épreuves qu’elle va connaître et lui dit simplement : “Je t’ai choisie. Je choisis les petits et les faibles pour ma gloire”.
Et quand elle voit qu’Estelle a brodé sur un morceau de tissu un beau Sacré Cœur comme elle avait vu sur la robe de la Sainte Vierge, celle-ci lui dit : “Tu n’as pas perdu ton temps aujourd’hui, tu as travaillé pour moi. Il faut en faire beaucoup d’autres !”

C’est le 8 décembre 1876, en la fête de l’Immaculée Conception, qu’Estelle Faguette va voir la Sainte Vierge pour la dernière fois, plus belle que jamais : “Ma fille, dit-elle, rappelle-toi mes paroles. Répète les souvent, qu’elles te fortifient et te consolent dans tes souffrances. Tu ne me verras plus sur la terre…”
Et comme Estelle s’écrie : “Mais que vais-je devenir sans vous, ma bonne Mère ?” la Sainte Vierge lui répond : “Je serai invisiblement près de toi. Courage ! Je t’aiderai, ne crains rien !”

Quelques années plus tard, en 1900, Estelle va voir à Rome le Pape Léon XIII. Il lui demande de lui raconter tout ce qui s’est passé à Pellevoisin ; et elle lui offre un beau scapulaire qu’elle a brodé pour lui. Le cœur d’Estelle déborde de joie : elle a transmis le message de la Sainte Vierge et “publié sa gloire”!
Si vous allez à Pellevoisin qui est maintenant un grand centre de pèlerinage, vous verrez la belle plaque de marbre qu’Estelle a fait graver (la Sainte Vierge lui en avait montré le modèle à sa cinquième apparition) :
“J’ai invoqué Marie au plus fort de ma misère, Elle m’a obtenu de son Fils ma guérison entière ». Laissons nos pauvres cœurs à nous se reposer avec confiance, joie et ferveur sur les Cœurs de Jésus et de Marie !