21 – À LA SOURCE DE TOUS LES AUTRES MYSTÈRES (spiritualité)

« S’il importe à l’homme de savoir ce que Dieu a fait pour lui,
il lui est non moins nécessaire de connaître ce que Dieu est en Lui-même,
de pénétrer dans son intimité. »

Un moine cistercien nous parle avec chaleur du mystère de la Sainte Trinité.

En dehors des mystiques et des saints, il n’y a sans doute pas beaucoup de chrétiens qui fassent du mystère de la Sainte Trinité l’objet d’une méditation habituelle. Il est même à craindre que ce mystère n’apparaisse à un grand nombre trop lointain pour avoir quelque impact sur leur vie.

“Pourquoi chercher à scruter l’incompréhensible ? se diront certains. Ne vaut-il pas mieux en faire abstraction et ne pas compliquer inutilement notre idée de Dieu ?”

En réalité, il n’y a pas de pleine connaissance de Dieu en dehors de la révélation de ce mystère.
Le Dieu Créateur est la Trinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

L’esprit humain ne trouve son accomplissement que dans le dépassement de lui-même. S’il importe à l’homme de savoir ce que Dieu a fait pour lui, il lui est non moins nécessaire de connaître ce que Dieu est en Lui-même, de pénétrer dans son intimité.

La Trinité, source de tous les autres mystères

Certes, le mystère de la Trinité ne peut être compris, c’est-à-dire « saisi parfaitement » (le fini ne peut embrasser l’infini).

Ce mystère est pourtant celui qui explique tout : nous sommes là à la source de tous les autres mystères.

Les interventions de Dieu dans le monde, la Création, l’Incarnation, la Rédemption, ne s’éclairent en définitive qu’à la lumière du mystère de l’intériorité divine, de la Vie Trinitaire qui est échange éternel d’amour entre trois Personnes, car c’est dans l’Amour qui les unit qu’il faut chercher le pourquoi de tout ce que Dieu a accompli en dehors de Lui-même.

La vie de Jésus serait incompréhensible sans la Trinité des Personnes en Dieu. Ici-bas, Jésus était en effet en relation ininterrompue avec son Père sous la mouvance continuelle de l’Esprit-Saint.

Fondement du Credo

Le mystère de la Trinité est vraiment “le point d’équilibre de toute notre foi”. (Cardinal Garrone)

Notre Credo tout entier est un commentaire de ce mystère. La foi de l’Église n’a pu se résumer autrement que dans la structure trinitaire du Credo. Aucune des vérités de la foi ne peut être correctement formulée si la Trinité n’y apparaît en filigrane.

L’Église est toute pénétrée par la conscience et la fréquentation des trois Personnes divines. Elle apparaît comme “un peuple qui tire son unité du Père et du Fils et du Saint-Esprit”. (Lumen Gentium 4. 16)

Notre foi serait donc bien pauvre si nous mettions de côté le mystère de la Trinité ou si nous n’y voyions qu’une simple formule venant embrouiller sans raison notre foi en un seul Dieu.

La révélation de la Trinité au cœur même de notre foi

Bien au contraire, la révélation de la Trinité l’enrichit et la précise. Elle est ainsi au cœur même de tout ce que, en tant que Chrétiens, nous croyons. En nous disant Qui Il est, Dieu a découvert à nos yeux éblouis les profondeurs de sa vie d’amour. Le plus profond des mystères est celui qui nous donne de Dieu l’idée la plus parfaite et la plus efficace.

Certes, il n’y a pas dans l’Écriture d’explication notionnelle du mystère. La formule : “Un seul Dieu, une nature unique en trois Personnes distinctes” ne se trouve pas dans l’Évangile.

Mais en empruntant à la philosophie, au cours du IV° siècle, les mots de “nature” et de “personne” pour préciser la règle de foi face aux confusions ou négations de l’hérésie, l’Église n’a fait qu’expliciter et formuler ce que le Christ avait révélé et ce qui a été réellement cru – spontanément et avant toute réflexion – par les premiers chrétiens.

Si l’Église n’a cessé de défendre cette foi comme un trésor, si elle a combattu pour que cette foi ne soit pas dénaturée par des raisonnements sans contrôle ou des expressions maladroites, si, à travers des luttes parfois terribles, elle l’a enveloppée dans des formulations qui la mettent à l’abri des erreurs toujours possibles, c’est qu’elle a conscience que la vérité est donnée pour la vie.

En la défendant jalousement, l’Église sait qu’il importe plus encore de vivre ce mystère que de l’énoncer correctement.

Vivre de ce mystère…

Il nous fait surtout en effet fréquenter les trois Personnes, converser avec elles, rester en communion avec elles.
Car le Dieu-Trinité veut entrer en relation avec nous, établir en nous sa demeure (Jn 14, 23), répandre en nous sa vie en attendant de nous donner part à son bonheur pour l’éternité.

Nous sommes faits pour la Trinité. C’est là notre demeure éternelle, notre vraie famille, “notre nid” comme disait Marie de l’Incarnation.

Jésus, Fils de Dieu, nous fait connaître le Père. Qui me voit, voit le Père, nous dit-il en saint Jean. Si nous aimons Jésus, son Père et Lui viennent à nous.
Une vie d’intimité avec eux peut et doit ainsi s’instaurer dans l’Esprit-Saint, car ce n’est que dans l’Esprit du Christ que nous pouvons nous adresser à Dieu comme à un Père. C’est l’Esprit-Saint qui nous introduit dans l’infini circuit d’amour qui unit les trois Personnes divines.

Dans la lumière du mystère de la Trinité, tout s’éclaire : non seulement ce que nous devons croire, mais aussi ce que nous devons faire. “Plus une vérité est haute, plus elle est pratique” (Père Sertillanges). Le mystère de la Trinité nous présente le fondement dernier et la loi unique de toute la vie chrétienne : la divine charité, l’agapè (mot grec qui signifie charité, amour divin)

Les relations divines sont le suprême exemplaire des relations humaines. Les trois Personnes sont constituées par leurs relations mêmes : face à ce mystère, la loi d’amour, en laquelle se résume toute la morale, n’est plus pour le chrétien un règlement imposé du dehors, mais une exigence profonde de son être de grâce.

Comme chacune des Personnes divines, chaque personne humaine affirme sa personnalité

“par sa capacité de décision libre, mais cette liberté n’est rien d’autre que la condition de la charité”, la base même d’un don.
(Mgr Garrone)

Que de progrès nous avons à faire pour vivre notre vie chrétienne dans cette communion d’amour avec les trois Personnes ! Une communion d’amour dont on peut pressentir à quelle générosité elle nous conduira au service de nos frères.

Deux moyens

Pour avancer dans cette fréquentation et cette intimité, nous avons les exemples et la prière de ceux qui y sont parvenus avant nous : les saints. Ils ont vécu, eux, de cette vie trinitaire sans laquelle il n’y a ni prière authentique ni véritable apostolat.

Nous pouvons aussi nous modeler sur la prière liturgique qui ne sépare jamais les trois Personnes. Ne manquons pas en particulier de célébrer la Trinité à la fin de chaque psaume ou de chaque prière. comme l’Eglise en a pris l’habitude dès le IV° siècle, avec le

Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit,
comme il était au commencement, maintenant et toujours, dans tous les siècles des siècles. Amen.

Ignorer ou méconnaître le mystère de la Trinité, ce serait ignorer ou méconnaître notre foi.

Et plus notre foi s’approfondira, plus ce mystère s’imposera à notre pensée et à notre cœur.

Homélie pour la fête de la Sainte Trinité, par un moine cistercien.