81 – L’HISTOIRE DE BENOÎT (histoire à raconter)

C’est certainement à l’occasion de la découverte du monde (matériel et spirituel) que la louange naît le plus facilement.


La louange et l’admiration naissent de la même racine : la gratuité.
Or, un petit enfant est gratuit ; il ne sait pas encore ce que c’est que d’être intéressé.

Il “perd son temps”, dit-on parfois, parce qu’il observe gratuitement. Il observe attentivement souvent de petites choses à côté desquelles nous passons indifférents.

Il observe et il admire. De l’admiration, sentiment naturel, l’enfant, animé de la foi théologale et guidé par ses parents, passe sans peine à l’adoration et à la louange.

C’est certainement à l’occasion de la découverte du monde (matériel et spirituel) que la louange naît le plus aisément.
Les découvertes du petit enfant sont le plus souvent spontanées et imprévisibles.

Écoutons l’histoire de Benoît :

Arrivant pour la première fois à la plage, Benoît (5 ans) regarde à peine l’océan.
Chose curieuse : pendant plusieurs jours, ce n’est pas cela qu’il admire, mais les coquillages à la découverte desquels il part à l’aventure.

Quand il en eut trouvé une bonne quantité, il les posa devant lui ; les groupa par formes, ou par tailles, ou par couleurs. Cela devint son trésor qu’il gardait près de lui.

Un jour, les contemplant en silence, il demande à sa mère : “Maman, c’est Dieu qui fait les coquillages ?”
Et comme sa mère répondait affirmativement, il ajouta : “Ah ! bien çà, c’est gentil, alors !”.

Le soir, à la prière, comme chaque jour, sa mère faisait une sorte de révision de la journée, coupant ses phrases de quelques secondes de silence pour que Benoît puisse s’exprimer.
Alors on entendit une petite voix qui articulait lentement : “Soyez béni, Seigneur, pour tous les coquillages !”.

Pendant plusieurs jours, il continua de vivre à côté de la mer comme ne la voyant pas.
C’est trop immense pour lui”, disait sa maman.

Mais au cours d’une promenade à l’intérieur des terres, comme la famille s’arrêtait pour le goûter, alors un tout petit ruisseau provoqua une explosion de joie.

Benoît n’en était pas encore à l’âge où l’on joue dans l’eau de façon déjà utilitaire en construisant des barrages ou tout ouvrage intéressant. Il contemplait l’eau plus qu’il ne s’en amusait.

Il y plongeait ses mains, il s’exclamait devant les fleurs qui vivent autant de l’eau que de la terre : “Regarde, Maman, regarde !…” criait-il.
Oui, répondait sa mère, le Seigneur est bon d’avoir fait des choses si belles !…”

La prière du soir en fut marquée, bien sûr.
Et sans doute, Benoît s’endormit-il mêlant dans son cœur l’image du ruisseau aux bords fleuris à la pensée de Dieu, créateur de l’eau et des fleurs.

Un matin enfin, Benoît s’arrêta devant la mer et la découvrit du regard et de l’esprit.
Elle est grande !…” dit-il seulement. Il ne dit rien de plus, joua comme à l’ordinaire.

Mais, de temps à autre, il interrompait son jeu, contemplait la mer et disait à nouveau : “Elle est grande !…”

Dans le silence qui suivit l’une de ces phrases (toujours la même), sa mère prononça lentement :
« Seigneur, que Tu es grand et beau…”.

Benoît écoutait. Sa mère comprit qu’elle pouvait poursuivre :
C’est Toi qui a fixé le visage de la terre. Tu as mis l’océan à sa place…”

Et Benoît conclut simplement :
Seigneur, que Tu es grand et beau ! C’est Toi qui as mis l’océan à sa place.”

Toute la découverte du monde introduit le tout-petit dans un état d’action de grâces.
L’histoire de Benoît pourrait être celle de tous les petits enfants découvrant le monde…

(Jeanne-Marie DINGEON – Père et Mère à l’image de Dieu)