54 – SAINT FRANÇOIS ET LES OISEAUX (dessin)

Saint François, au cours d’un voyage, se retrouve tout entouré d’oiseaux.
l leur fait un homélie…
Les oiseaux montrent qu’ils sont très attentifs
en tendant leur cou pour mieux voir et entendre saint François.


…Un jour, suivi de quelques compagnons, François quitta la Portioncule et se dirigea vers Spolète, chantant selon sa vieille habitude en français. Alors qu’ils allaient atteindre la charmante petite cité ancienne de Bevagna, qui devait jouer un rôle dans la querelle entre le pape et l’empereur et dont les murailles crénelées ont encore l’air de guetter dans un repli de terrain toute approche suspecte, des oiseaux de tout plumage attendaient François dans une vaste prairie aux abords de la ville.
Il y en avait aussi une quantité incroyable sur les arbres des alentours. Les corneilles et leurs parents, les freux noirs au long bec, mettaient dans cet auditoire une note sérieuse adoucie par les tons clairs des pigeons sauvages et les gorges orangées des bouvreuils. Il y avait tous les oiseaux de la campagne, les grappilleurs et ceux qui ne vivaient que pour chanter et ceux qui vivaient dans les rochers ou qui nichaient dans les sillons. Aucun ne bougea, pas une seule pie, quand François se fut approché.

Il les salua de la bénédiction en usage dans la fraternité : « Que le Seigneur soit avec vous. » Priant alors ses frères les oiseaux d’être bien attentifs, il leur fit un sermon plein de bon sens et d’amour.

D’abord, il les félicita de la façon dont ils étaient vêtus, laissant le ramage de côté pour n’offenser personne, et de la sublime indépendance que leur prêtaient leurs ailes. Ils avaient tout le ciel pour leurs ébats ; ils vivaient sans inquiétude du lendemain, la nourriture leur étant chaque jour généreusement offerte. Comme Dieu les aimait ! Et il disait, lui François, à ses frères les oiseaux qu’ils devaient tout le jour remercier le Seigneur.

Les oiseaux manifestèrent la joie que leur faisaient ces paroles en agitant les ailes et en tendant le cou pour mieux voir leur frère François, mais on remarqua surtout qu’ils gardaient le silence. Et, quand il se mit à se promener parmi eux, les frôlant de sa robe, ils restèrent près de lui et ne s’envolèrent que lorsqu’il leur eût donné la permission.

Après quoi, sur la place de la petite cité, il alla prêcher aux hommes et on aimerait savoir ce qu’il leur dit ce jour-là.

(Julien Green – Frère François – Seuil)