48.1 – MÉMOIRE ET FORMATION RELIGIEUSE (pédagogie)

Ce document continue et complète  Revalorisons la mémoire.
Il s’agit maintenant de mettre à profit cette facilité naturelle,
très développée chez l’enfant dans les premières années,
pour contribuer à imprimer le divin dans son cœur.


Nous avons vu  le rôle de la mémoire dans la formation de l’intelligence, et l’importance de l’exercer, de la faire travailler chez nos enfants, en commençant même très tôt : dès 3 ans 1/2.

En ce qui concerne la formation religieuse, nous allons pouvoir mettre à profit cette facilité naturelle, surtout développée dans les premières années, pour imprimer le « divin » dans le cœur d’un enfant.

« La catéchèse fait partie de la « Mémoire » de l’Église qui garde vivante au milieu de nous la présence du Seigneur.
L’exercice de la mémoire est donc un aspect constitutif de la pédagogie de la foi depuis les premiers temps du christianisme… (Directoire Général de la Catéchèse 1997 – § 154)

La mémoire trouvera un champ d’action privilégié en trois domaines :

– l’apprentissage des principales prières de la vie chrétienne
– dans le cadre de l’éducation biblique, la mémorisation de certains textes fondamentaux
– l’acquisition des connaissances des grandes vérités de la foi, contenues dans le Catéchisme et résumées dans des « formules » qui garantissent l’unité de la foi et la communion en Église

Mémorisation des principales prières de la vie chrétienne

Deux cas de figure : en famille ou au catéchisme

En famille

Dans la mesure où la même prière est répétée chaque soir à la prière en famille, le travail de mémoire se fait pratiquement tout seul, par imprégnation, sans d’autre peine que de la dire avec l’ensemble de la famille.

Mais au bon de quelque temps, il faudra cependant la faire dire par l’enfant tout seul, pour vérifier qu’il connaît effectivement bien cette prière. Il sera d’ailleurs très fier si on lui demande alors de conduire la prière : c’est le signe qu’il devient grand !

Ceci vaut surtout pour les grandes prières fondamentales : Notre Père, Je vous salue, Marie, Je crois en Dieu, Je confesse à Dieu, actes de foi, de charité, d’espérance et de contrition

Mais chaque famille a ses prières « qu’on aime bien », glanées et apprises au fil du temps liturgique, de la vie des saints… Cela permet de varier la prière familiale et d’éviter les risques de la routine.

Au catéchisme

La mémorisation des prières dans un groupe de catéchisme pose souvent quelques problèmes.
Voici comment procède une catéchiste :

– on « découpe » telle prière en plusieurs « tronçons » et chaque enfant en apprend un.

– La catéchiste dispose les enfants dans l’ordre des morceaux de phrase et leur fait dire à la suite les uns des autres : on répète ainsi toute la prière, tous ensemble. Chaque enfant va donc retenir aussi la phrase immédiatement avant et après.

– Séance suivante : elle change l’ordre des enfants : chacun apprend un autre morceau…

En très peu de temps, la prière est apprise sans peine et sans douleur.
L’enfant a fait l’effort sans s’en rendre compte.

Bien sûr, ce procédé suppose qu’auparavant on ait expliqué le sens des mots et de la phrase…

Pour une prière un peu longue, comme le Je crois en Dieu, elle le fait en plusieurs étapes tout au long de l’année.

Mémorisation de textes bibliques

Que pouvons-nous trouver de plus beau, pour meubler la mémoire de nos enfants, que les textes sacrés, en particulier ceux de la liturgie ? C’est là une recommandation instante du pape Jean-Paul II :

Alors que, dans l’enseignement profane de certains pays, des plaintes s’élèvent de plus en plus nombreuses sur les fâcheuses conséquences du mépris de cette faculté humaine qu’est la mémoire, pourquoi ne chercherions-nous pas à la remettre en valeur de manière intelligente et même originale dans la catéchèse, d’autant plus que la célébration ou « mémoire » des grands faits de l’histoire du salut exige qu’on en possède une connaissance précise ?

Une certaine mémorisation des paroles de Jésus, de passages bibliques importants, des dix commandements, des formules de profession de foi, des textes liturgiques, des prières essentielles, des notions clefs de la doctrine…, loin d’être contraire à la dignité des jeunes chrétiens ou de constituer un obstacle au dialogue personnel avec le Seigneur, est une véritable nécessité… Il faut être réaliste. Ces fleurs, si l’on peut dire, de la foi et de la piété ne poussent pas dans les espaces désertiques d’une catéchèse sans mémoire.

L’essentiel est que ces textes mémorisés soient en même temps intériorisés, compris peu à peu dans leur profondeur, pour devenir source de vie chrétienne personnelle et communautaire.
(Jean-Paul II – Catechesi Tradendae – Sur la catéchèse en notre temps – CT § 55)

On choisira donc parmi les textes bibliques de courts passages des psaumes ou d’Évangile.

A la fois poème et chant, la prière des psaumes (trop souvent inexploitée) offre des ressources nombreuses pour toutes les circonstances. Mais ne craignons pas non plus d’aborder d’autres textes de la Sainte Écriture, choisis dans la liturgie (Isaïe, Ezéchiel, Daniel, saint Paul, saint Jean…)

En apprendre quelques versets à nos petits leur sera un exercice très profitable sur deux plans, mémoire et vie spirituelle : la Parole divine agit directement dans l’âme.

Il ne s’agit pas de faire mémoriser de longs passages. Mais quelques courtes phrases de la Sainte Ecriture, judicieusement choisies, renouvelleront la prière, feront prier l’enfant avec la prière de l’Église.

C’est là un moyen très sûr de progresser dans la vie spirituelle.

Faire l’éducation religieuse de l’enfant, c’est beaucoup plus que lui inculquer des éléments de doctrine ; c’est lui apprendre à vivre dans la présence de Dieu. (…) L’âme de l’enfant ne demande qu’à s’élancer vers Dieu, et Dieu de son côté m’attend depuis toujours : à l’éducateur de ménager les lieux de rencontre. La Bible est un de ces lieux de rencontre.

La Bible, point de rencontre entre Dieu et l’enfant
Où, mieux que dans la Bible, l’enfant apprendrait-il les attitudes d’âme qui sont celles
du croyant ? Les textes bibliques l’habituent à regarder Dieu comme une personne avec qui on entre en relations affectives. (…)
Eveiller l’intérêt pour la Bible, en faire goûter la poésie, la faire aimer pour sa beauté afin d’en nourrir la piété, voilà ce que nous avons recherché.

Tout centrer sur Jésus-Christ
(…) L’enfant adopte comme référence ce qui lui est familier. Il importe donc de l’habituer de bonne heure à se référer à Jésus-Christ comme à quelqu’un qu’on connaît : on lit la Bible parce que Lui la lisait ; on apprend les psaumes pour prier comme Lui. C’est à Lui que vient aboutir le déroulement historique de la Bible et les prières de ceux qui l’attendaient, aussi bien que les nôtres. Le temps et l’espace, pour la conscience chrétienne, se condensent autour de Lui.

Comment faire ?
Les passages à retenir par cœur étaient récités (1) debout avec des gestes, car rien ne soutient mieux la mémoire verbale que la mémoire musculaire. A défaut du geste descriptif adéquat, on balançait la main droite en mesure pour s’empêcher d’aller trop vite.

Culture biblique
On peut commencer de bonne heure, vers 5 ans. Si, au bout de dix ans, l’enfant a retenu une partie du psautier et des évangiles, quelques passages d’Isaïe et des autres prophètes, s’il a pris l’habitude de couler sa prière dans ces textes, s’il les retrouve avec joie dans la liturgie, alors on peut dire que son éducation biblique est faite.

(Hélène Lubienska de Lenval. Education biblique. 1949 – p. 7 à 10)

(1) Cette expérience a été réalisée dans une école par H. Lubienska.

Cette formation à la prière biblique, il est grandement recommandé de la commencer très tôt : dès 4 ans.

« En dehors des prières traditionnelles qui peu à peu deviendront la charpente de la prière quotidienne de l’enfant aux approches de l’âge de raison, il est bon d’introduire très tôt dans l’éducation religieuse du tout-petit cette prière biblique.
Celui-ci prie aisément à l’aide de quelques versets de psaumes judicieusement choisis. Il en aime la forme belle et poétique. Pour Dieu, rien n’est jamais trop beau : il le sait parfaitement.

En nous proposant ces prières, l’Église sait qu’elles conviennent à tous ses enfants, les grands et les petits. Il n’est que d’ouvrir son missel et de choisir judicieusement, dosant progressivement selon les possibilités de chaque enfant et surtout faisant confiance à l’Esprit, seul maître intérieur dans ce cheminement de la vraie prière.

(Jeanne-Marie Dingeon. Père et Mère à l’image de Dieu. 1960)

Sur quels textes les faire prier ?

Un seul exemple ici…

1 Ô mon âme, bénis le Seigneur !
Seigneur mon Dieu, Tu es infiniment grand !

2 Tu es revêtu de majesté et de splendeur,
Tu as pour manteau la lumière.(…)

24 Que tes œuvres sont magnifiques, Seigneur !
Tu les as toutes faites avec sagesse.
La terre est remplie de tout ce que Tu as fait.
(Psaume 103, 1-2, 24)

Le document La prière des tout-petits 604 vous propose tout un choix de prières pour diverses circonstances.
Voir aussi le psaume 94, très facile à gestuer.

Les « formules » de catéchisme et leur mémorisation

La question de l’emploi des « formules » au catéchisme, bien que d’usage multiséculaire, a été vivement combattue, voire totalement supprimée, depuis bientôt une cinquantaine d’années.

Cette méthode – apprentissage des principales vérités par la mémoire – peut présenter certains inconvénients… dont celui de se prêter à une assimilation insuffisante, parfois presque nulle, tout le savoir se réduisant à des formules que l’on répète sans les avoir approfondies.

Ces inconvénients, unis à diverses caractéristiques de notre civilisation, ont conduit, ici ou là, à la suppression presque complète de la mémorisation en catéchèse.

Pourtant des voix très autorisées se sont fait entendre… pour rééquilibrer judicieusement la part de la réflexion et de la spontanéité, du dialogue, des travaux écrits et de la mémoire.
(Jean-Paul II – Sur la catéchèse en notre temps – Catechesi Tradendae, CT § 55 – 1979)

Au motif que l’expression de la foi doit être « spontanée », on a cru bien faire de supprimer le procédé « questions-réponses » qui permet de conserver de manière sûre l’essentiel des vérités de la foi.

A long terme, tout comme dans l’enseignement profane, le bilan se révèle assez désastreux.

Ce procédé, pourtant, est toujours resté fortement recommandé par notre sainte Mère l’Église.

Les formules, en effet, permettent l’expression précise des idées, elles se prêtent à un exposé exact de la foi. Et, confiées à la mémoire, elles favorisent la possession stable de la vérité

Il faut en particulier mémoriser les principales formules de la foi parce qu’elles en assurent l’exposé plus précis et garantissent un précieux patrimoine commun, doctrinal, culturel et linguistique. La possession sûre des langages de la foi est une condition indispensable pour vivre la foi elle-même.
Ces formules doivent être cependant proposées au terme d’un chemin d’explication et doivent être fidèles au message chrétien.
En font partie quelques formules et textes plus importants tirés de la Bible, du dogme, de la liturgie, et les prières bien connues de la tradition chrétienne : le Symbole des apôtres, le Notre Père, l’Ave Maria
(Directoire Général de la Catéchèse – 1997 – § 154)

2005 : Un nouveau catéchisme « questions-réponses » !

Ainsi, après une longue période « d’éclipse », la mémoire revient peu à peu à l’honneur.

Le pape Jean-Paul II l’avait déjà encouragée dès le début de son pontificat (« la Catéchèse en notre temps » a été publiée en 1979 : ce document n’a pas pris une ride ! A lire et étudier !).

En 2002, il a ordonné la préparation du « Catéchisme de l’Église Catholique – Abrégé, » qui vient de paraître (septembre 2005), présenté par notre nouveau pape Benoît XVI, et rédigé précisément sous forme de questions-réponses.

Toutefois, le Cardinal Honoré, qui présente cet ouvrage, précise bien « qu’on ne saurait le confondre avec un pur et simple manuel réservé aux enfants : c’est un instrument de référence pour la catéchèse, ce qui est tout autre chose ».

Concrètement, si ce manuel peut convenir tel quel pour des adolescents ayant déjà une certaine formation. Par contre, pour de jeunes enfants, il aura besoin d’être adapté selon l’âge, le niveau de formation, la situation culturelle, etc.

Néanmoins, constituant une trame sûre pour un enseignement adapté à chaque catégorie, cet ouvrage va faciliter infiniment la tâche des catéchistes !

En attendant la publication si attendue d’un vrai catéchisme « questions-réponses » spécialement prévu pour les enfants, pourquoi ne pas reprendre, lorsqu’on a la chance d’en avoir un dans sa bibliothèque, l’un ou l’autre de ces anciens « catéchismes à l’usage des diocèses de France » qui datent des années 1947 ou un peu plus tard.
Citons encore le catéchisme de saint Pie X, valeur sûre s’il en est, mais d’un niveau très (trop ?) élevé pour les temps actuels. Il est bon du moins de pouvoir le consulter à l’occasion, pour approfondir telle ou telle question, que l’on remettra à la portée de notre auditoire.

Pour finir, quelques exemples de ces questions-réponses qui garantissent l’expression précise des idées et une possession stable des vérités de la foi.

Pour permettre la comparaison, voici

en noir, les questions prises dans l’un de ces anciens catéchismes

en bleu, celles du CEC abrégé.

Comment savons-nous que nous avons une âme ?

Je sais que j’ai une âme parce que, sans âme, je ne pourrais ni penser, ni réfléchir, ni vouloir librement.

Pourquoi Dieu nous a-t-il créés ?

Dieu nous a créés pour le connaître, l’aimer et le servir comme un Père, et obtenir ainsi le bonheur du ciel.

Dans quel but Dieu a-t-il créé l’homme ?

Dieu a tout créé pour l’homme, mais l’homme a été créé pour connaître, servir et aimer Dieu, pour lui offrir, dans ce monde, la création en action de grâces et pour être, dans le ciel, élevé à la vie avec Dieu.
C’est seulement dans le mystère du Verbe incarné que le mystère de l’homme trouve sa vraie lumière. L’homme est prédestiné à reproduire l’image du Fils de Dieu fait homme, qui est lui-même la parfaite « image du Dieu invisible » (Col 1, 15).

Qu’est-ce que la Messe ?

La Messe est le sacrifice dans lequel Jésus-Christ s’offre à Dieu son Père, comme victime pour nous, par le ministère des prêtres.

Pourquoi Jésus-Christ a-t-il institué le sacrifice de la Messe ?

Jésus-Christ a institué le sacrifice de la Messe pour rappeler et continuer tous les jours le sacrifice de la croix.

Qu’est-ce que l’eucharistie ?

L’eucharistie est le sacrifice même du Corps et du Sang du Seigneur Jésus, qu’il a instituée pour perpétuer au long des siècles jusqu’à son retour le sacrifice de la croix, confiant ainsi à son Église le mémorial de sa mort et de sa résurrection.
L’eucharistie est le signe de l’unité, le lien de la charité, le repas pascal, où l’on reçoit le Christ, où l’âme est comblée de grâce et où est donné le gage de la vie éternelle.

Comment désigne-t-on ce sacrement ?

La richesse insondable de ce sacrement se manifeste par différents noms, qui en traduisent les aspects particuliers. Les plus communs sont : eucharistie, sainte messe, Cène du Seigneur, fraction du pain, célébration eucharistique, mémorial de la passion, de la mort et de la résurrection du Seigneur, saint sacrifice, sainte et divine liturgie, saints mystères, saint sacrement de l’autel, communion.


Rappel : ce document fait suite et complète  Revalorisons la mémoire.