36.3 – DONNER AUX ENFANTS LE SENS DE L’EFFORT (III) (conseils pratiques)

Mise en pratique d’une éducation à l’effort (troisième partie du dossier sur le sens de l’effort).

Première partie : les principes fondateurs d’une éducation au sens de l’effort.
Deuxième partie : expérience et conseils d’un prêtre éducateur.


III – MISE EN PRATIQUE D’UNE ÉDUCATION DE L’EFFORT

 

Après avoir considéré les principes sur lesquels se fonde l’éducation de l’effort, nous allons maintenant l’envisager sous un angle plus concret, c’est-à-dire la mise en pratique de cette formation. Quand commencer ? Comment s’y prendre ? Quelles étapes suivre ?…

Le but de l’éducation, c’est de rendre un enfant autonome. « Aide-moi à faire tout seul » (un petit de 3 ans).
Cela va commencer par tous les exercices de vie pratique : manger tout seul, s’habiller seul, ranger ses jouets le soir, etc.
Mais cela ne se fera pas, du moins au début, sans quelques efforts nécessaires, plus ou moins selon les tempéraments.

Faire faire à l’enfant tout ce dont il est capable…

…c’est la règle de base de cette éducation à l’autonomie.
Pratiquement, cela consiste à ne pas faire pour l’enfant ce qu’il est capable de faire tout seul.

Une fois encore, nous insisterons sur le fait que c’est avec l’enfant tout petit que cette éducation doit être entreprise.

Cela commence par les “bonnes habitudes”.
Dès la fin de la 1° année, on peut mettre en place les habitudes de base : propreté, repas et sommeil à heures fixes, rangement des jouets le soir, etc.

Voici comment fait une jeune maman avec son fils aîné (à 16 mois) : c’est lui qui va remettre à leur place tous les cubes et jouets de toutes sortes inévitablement éparpillés dans la chambre… Tranquillement assise par terre, très calmement, elle prend le quart d’heure nécessaire pour cette activité, montrant à l’enfant les jouets qui restent encore épars, et où il faut les ranger… Tout se fait dans l’ordre et le calme.

Une telle habitude prise avec l’aîné se prolongera sans peine d’année en année avec les plus jeunes.

Lorsque l’enfant est capable de s’habiller seul, pourquoi l’habilleriez-vous ?

– Pour aller plus vite, allez-vous me répondre.
Certes, il y a des circonstances où l’on est vraiment pressé le matin : par exemple, lorsqu’il faut déposer l’enfant chez la nourrice… Mais lorsqu’on n’est pas soumis à ces contraintes, n’est-ce pas à nous de prévoir notre horaire en conséquence ?

Dans l’intérêt profond de l’enfant, il vaut beaucoup mieux qu’il passe 20 minutes à s’habiller tout seul, attacher ses boutons, enfiler ses chaussettes, etc… plutôt que de le faire pour lui, en 5 minutes, s’il est capable de le faire seul.

Certains enfants, il est vrai, s’y prêtent moins bien que d’autres : ainsi, tel garçon de 4 ans, du genre “rêveur”, préfère se faire attacher ses boutons par sa petite sœur de 3 ans…

D’année en année, les progrès vont continuer.

Dès 6 ou 7 ans, parfois même avant, on pourra lui demander de faire son lit, de cirer ses chaussures.

… Et ne jamais faire pour l’enfant ce qu’il est capable de faire tout seul

Gardons toujours à l’esprit cette règle d’or.
Trop souvent, et surtout dans ces domaines de la vie pratique ou ménagère, nous sous-estimons les capacités de nos petits… Et c’est pour cela que nous faisons les choses à leur place.

En réalité, c’est d’abord une question de mentalité : aider l’enfant à se construire, à grandir.

La participation aux services de la maison

…sera un excellent entraînement, dont le tout jeune enfant est très fier… (dans quelques années, il sera nettement moins enthousiaste !)

Un petit de 2 ans, installé sur un tabouret devant l’évier, lave tous les matins les bols du petit déjeuner. S‘il y a un peu d’eau par terre, maman lui apprend à l’éponger avec la serpillère. Mais bien vite, ce n’est même plus nécessaire : il a acquis la pleine maîtrise de ses gestes et travaille “proprement” : il trouve là une plénitude, un équilibre, et il est heureux.

A 4 ou 5 ans, on pourra lui demander de mettre le couvert, de décharger le lave-vaisselle…

C’est dans tous les domaines que nous aurons à leur demander des efforts

Par exemple, si l’on commence à sentir la fatigue au cours d’une promenade, on le fera marcher encore un peu (en fixant une limite pas trop lointaine) sans se faire porter.

D’âge en âge, suivant les étapes de son développement, les efforts à fournir ne seront pas les mêmes. L’important est d’avoir, dès la petite enfance, formé l’enfant à ce sens de l’effort : intégrer cette « donnée » dans sa vie de telle façon qu’elle lui devient comme naturelle.

Quelques exemples pratiques

Finir le « travail » commencé
Pour l’enfant, ce que nous appelons « jeu » est en fait un travail : une activité sérieuse.

Sens du travail bien fait
Pierre d’attente pour plus tard, le sens du travail bien fait servira à l’enfant toute sa vie…

L’ordre
L’enfant aime l’ordre. Apprenons-lui à ranger ses affaires le soir : vêtements, jouets.
Établir des limites précises : perles sur un plateau à bords (ce qui évitera qu’elles ne roulent partout).

Préciser les interdictions
…et les faire respecter : que l’enfant puisse comprendre qu’elles sont établies pour son bien : l’escalier – le feu – l’eau…Mais éviter les interdictions inutiles ou arbitraires.

Les activités à l’âge « louveteau »
– jeux de plein air, activités sportives, donc physiques, alternés avec des jeux qui exerceront le mental, plus calmes (jeux d’observation …)
– des activités artistiques (chant – modelage – vannerie – théâtre, mime) – des bricolages qui exercent l’habileté manuelle …
– raconter des histoires, des légendes, des vies des saints …

Pour être constructives, ces activités doivent être préparées, organisées, dosées d’une façon équilibrée, selon le principe « effort / contre-effort« .

Quel que soit l’âge, éviter ce qui est

trop facile : manque d’intérêt
ou trop difficile : découragement.

Aider l’enfant autant qu’il en a besoin, jamais davantage
Faire avec lui quelque chose pour la première fois, mais ensuite, le laisser progressivement faire tout seul.
Être là, d’abord, en cas de secours, mais en le regardant faire…
Ensuite on n’aura plus besoin d’être là.

Éviter de le décourager :
les interjections négatives ou inutiles. « Maladroit ! Sot ! … » pour une assiette ou un verre cassé. (Il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne cassent rien).

Dans ces cas-là, on apprend à réparer :
il vaut mieux dire : « C’est dommage. Viens, on va chercher la serpillère (si c’est de l’eau renversée),
ou bien on apprendra à ramasser les morceaux de verre sans se couper, avant d’aller les jeter dans la poubelle.

Ne jamais laisser les enfants désœuvrés
« L’oisiveté est la mère de tous les vices« .
Et surtout, ne nous croyons pas « quittes » en les mettant devant la télévision !

Avoir le courage de dire la vérité quand on se trouve en faute
Cela demande toujours un véritable effort, surtout au début, plus ou moins selon les tempéraments… Aux parents de ne pas « lâcher » ! C’est là toute la formation de la droiture d’âme et de l’amour de la vérité qui est en jeu.
Plus vite on en aura pris l’habitude, plus cela deviendra facile et même naturel…
Point important à entreprendre dès la petite enfance.

L’effort, un moyen de grandir…

Le propre de l’enfant, jusqu’à ce qu’il arrive à l’âge adulte, c’est de grandir.
Et notre rôle d’éducateurs est d’accompagner sa croissance, de l’aider à grandir, jusqu’à ce qu’il parvienne à son autonomie : c’est là le but de l’éducation. Cette autonomie, l’enfant ne peut l’acquérir que progressivement, au fur et à mesure des étapes de son développement.

Tout l’art sera alors de lui faire faire lui-même ce dont il est capable : c’est de cette manière que nous l’aiderons à augmenter ses acquisitions, en fonction du développement de ses capacités.

L’enfance est l’âge du dépassement, et l’enfant veut grandir.
Il aime qu’on le prenne au sérieux et il est prêt à se soumettre à toutes les exigences qui l’aideront à grandir. Il est donc facile de lui donner le goût de l’effort, vu comme un moyen de grandir !…

Maintenir inutilement un enfant dans la dépendance, en faisant les choses à sa place, en allant au-devant de ses besoins ou de ses demandes, en le « couvant »,… ou encore en lui parlant “bébé”, c’est non seulement ne pas le respecter (c’est-à-dire “l’estimer à sa juste valeur”), mais c’est retarder d’autant son accès à l’autonomie…

“Chaque fois que la facilité remplace l’effort personnel,… en fait, on enchaîne l’enfant à l’adulte, on lui fait prendre goût à la dépendance, on l’habitue à voir les autres répondre à ses besoins.”
(Ivan Gobry. Les fondements de l’éducation. Téqui 1974)