36.2 – DONNER AUX ENFANTS LE SENS DE L’EFFORT (II) (conseils pratiques)

Expérience et conseils d’un prêtre éducateur (deuxième partie du dossier sur le sens de l’effort).

Première partie : les principes fondateurs d’une éducation au sens de l’effort.
Troisième partie : mise en pratique d’une éducation à l’effort.


II – EXPÉRIENCE ET CONSEILS D’UN ÉDUCATEUR

Dans son livre « La formation religieuse aux différents âges de l’enfance et de l’adolescence« , le Père Gillet a un long développement sur ce sujet. En voici les principaux passages. Cela nous permettra de mieux comprendre et définir la place indispensable de l’effort dans l’éducation.

La vie instinctive

« Si les instincts rendent service à l’homme en maintenant et en développant sa vie, ce n’est pas le but vers lequel ils tendent spontanément et de façon explicite. Toute leur activité est orientée vers une seule fin : donner des satisfactions à l’être humain.

Si les instincts se proposaient le véritable bien de l’homme, ils s’opposeraient aux sept péchés capitaux et à ceux qui leur tiennent compagnie : ils détourneraient l’homme de l’abus de l’alcool, des excès de table, de la débauche, de la drogue, de l’amour de l’argent et de l’ambition, cette avarice que l’on cherche à satisfaire par tous les moyens, honnêtes ou non, de la luxure, de l’envie, etc…
On ne peut vraiment pas dire que les instincts cherchent à nous préserver de ces excès et à promouvoir notre véritable bien, sans quoi, tous les hommes seraient des saints : on doit même dire que, par leur tendance profonde, ils poussent l’être humain à tous les excès. La conclusion, la voici : nos instincts sont déréglés et conduisent au péché.
Tout homme, tout enfant, même très jeune, porte en lui une inclination au mal qui lui vient du péché originel et qui a tendance à se développer dans la mesure où il cède aux tentations et donne libre cours à ses convoitises : on ne pèche pas impunément ; le laisser-aller moral avive les passions et affaiblit la volonté…
Que les parents en soient bien persuadés : leurs enfants ne sont pas des anges ; ils doivent les aguerrir par le sacrifice, dans la lutte contre leurs mauvais instincts, veiller sur leurs lectures, leurs distractions et leurs fréquentations. Qu’ils en soient aussi bien convaincus, pour éviter les offenses de Dieu, pour combattre l’enracinement et le développement des mauvaises tendances, il n’est pas de remèdes plus efficaces que la confession individuelle, au moins une fois pas mois.

La recherche du plaisir :

L’homme est donc porté à dissocier la tâche à remplir et le plaisir qui l’accompagne, à refuser l’effort qui est toujours pénible et à rechercher avec volupté le plaisir ou la jouissance qui sont naturellement attachés à l’effort.
Les nécessités de la vie le contraignent bien à une certaine sagesse, mais pas toujours ; et bien souvent, dût-il en subir les plus fâcheuses conséquences, il cède aux tendances qui le portent uniquement à jouir.
Or, ces tendances appartiennent à un fond ancestral de l’humanité. Elles se manifestent de bonne heure dans le comportement de l’enfant. Si elles ne sont pas contrecarrées par l’éducation et par le sens moral, elles se développent, elles envahissent toute le psychisme pour culminer au moment de l’adolescence.
La plupart du temps, la recherche exclusive du plaisir ou de la jouissance provoque un dérèglement psychologique. Ce dérèglement atteint surtout les sens et l’esprit chez le garçon (…) et, chez la fille, davantage la sensibilité et l’imagination (…)

Cet appétit de jouissance, joint au refus de l’effort, a des racines bien profondes dans le coeur humain : les saints eux-mêmes ne parviennent pas à les extirper. Ils s’efforcent de les maîtriser et y parviennent dans une large mesure, mais ils ne peuvent se dégager de leur présence.

« Je ne fais pas le bien que je veux, mais le fais le mal que je ne veux pas.
Or, si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est pas moi qui l’accomplis
mais le péché qui habite en moi…
Je prends plaisir à la loi de Dieu selon l’homme intérieur,
mais j’aperçois dans mes membres une autre loi, en guerre avec la loi de la raison…
Cette loi du péché qui est dans mes membres me réduit en servitude ». (Rm 7, 15 et s.)

La portée de ces textes et d’autre analogues est générale. Saint Paul propose là (…) une vérité de foi : la nature humaine a été blessée par le péché originel. (…)

Les parents et les éducateurs devront toujours distinguer avec le plus grand soin les satisfactions sensibles qui accompagnent une action nécessaire à la vie individuelle ou sociale, celles que l’on éprouve à se nourrir, à revoir des camarades… et celles qui ont uniquement pour fin le plaisir et la jouissance.
En se développant, ces dernières tendances amènent parfois et en peu de temps un garçon ou une fille aux délits qui plongent les parents dans stupéfaction et la confusion.

La recherche du plaisir et de la jouissance comporte un aspect inévitable : c’est la perte du sens de l’effort, quand ce n’est pas une éducation sans efforts qui amène à cette recherche.

 

La vertu de l’effort

Que l’on se place au point de vue physiologique ou psychologique, une constatation s’impose : l’effort ne se justifie pas seulement par ses effets, il est en lui-même tonique, plus, il est absolument nécessaire pour développer les forces de l’organisme.
L’être humain, surtout en période de formation, a besoin de sa ration alimentaire d’effort.

Dans la formation de la volonté, autant et plus qu’ailleurs, il faut de la discrétion, mais les éducateurs qui voudraient éliminer le sacrifice de leur pédagogie seraient blâmables.

L’enfant et l’adolescent ont à se priver, à faire effort, à supporter leur part des ennuis de la vie.
« Un enfant dont la propre force se développe ne peut la mettre à l’épreuve en se débattant dans du coton » (A. Storr). Nous ne pouvons refuser l’effort et donner satisfaction à tous nos instincts sans discernement : la recherche inconditionnée de l’agréable et même de l’utile est meurtrière.

Armer nos enfants pour le combat de la vie

Si les parents veulent que leurs enfants ne succombent pas aux tentations et soient armés pour le combat de la vie, il faut qu’ils soient familiarisés avec l’effort ; disons le mot, il faut qu’ils aient été initiés à la discipline du sacrifice.
La perspective d’avoir à demander à nos enfants des choses coûteuses ne doit pas nous déconcerter. Les adolescents, et plus encore les enfants, comprennent souvent mieux que les adultes la nécessité de se maîtriser, surtout si on les encourage en leur présentant les motivations voulues.

La pédagogie de l’effort doit envisager deux situations différentes

S’il s’agit de l’accomplissement d’un devoir, de fautes à éviter, les éducateurs doivent insister et obtenir l’effort nécessaire.
Par contre, si l’on s’adresse à la bonne volonté des enfants pour des actions gratuites, on pourra et l’on devra souvent demander efforts et sacrifices, mais sans insister. On usera d’un critère d’un maniement délicat, mais d’une grande valeur : les enfants doivent se sentir libres en répondant au désir de leurs éducateurs, libres et heureux. S’ils éprouvaient de la contrainte à faire ce qu’on leur demande lorsqu’il s’agit d’actions gratuites, ce serait mauvais signe. » (T. 1 p. 50-55)

Donner de bonnes habitudes

Le privilège de l’habitude est de rendre facile et naturel ce qui paraît étrange à celui qui n’a pas cette habitude. Le geste habituel garde une éternelle jeunesse. Le fumeur le plus enragé ne garde aucun souvenir des nausées de sa première cigarette…

Un enfant de 11 ans prend assez facilement de bonnes habitudes à la maison, pourvu qu’on le raisonne et que l’on manifeste une certaine persévérance dans ses exigences.
On peut lui demander d’avoir de l’ordre dans sa chambre, de faire son lit, de ne rien laisser traîner ; de prendre soin de ses affaires, de ses vêtements, de nettoyer ses souliers ; d’être propre, convenable, bien que sans recherche ; de ne rien déranger dans la maison et au contraire de remettre de l’ordre quand il n’y a en a plus.
On habituera l’enfant à être poli, à dire merci ; on lui demandera de l’exactitude.

D’une façon générale, on cherchera à développer en lui la délicatesse, la reconnaissance, le souci de faire plaisir à ses parents, de leur montrer de l’affection. Il faudra l’habituer à lutter contre son égoïsme, à rendre service, à la maison d’abord ; mais aussi à des étrangers, dans la rue ou ailleurs, surtout s’il s’agit de vieillards et d’infirmes. (Père Gillet p. 193 – T 1)

Efforts

Il n’est pas un auteur sérieux qui n’insiste sur l’effort, sur la contention même, nécessaire au jeune pour mettre en place des valeurs morales et religieuses et acquérir une personnalité dont il puisse être fier.
Intelligence, affectivité, volonté, doivent entrer en lice et l’emporter de haute lutte, non pas afin de recueillir des applaudissements, mais pour mériter l’estime de soi-même et en réalité afin de répondre à la vocation du chrétien, qui est de croire que Dieu est bon et de L’aimer. (T. 2 p. 217)

Les efforts les plus généreux ont besoin d’être soutenus par la grâce (prière et sacrements).
La grâce est le soutien qui peut aider le plus efficacement l’adolescent, le jeune en général, dans sa recherche de l’idéal… (T. 2 p. 218)