31 – LA TOUTE PREMIÈRE FORMATION MORALE (conseils pratiques)

Comment, et à quel âge, donner à nos petits le sens du bien et du mal…


Donner à nos petits le sens du bien et du mal.

La notion du bien et du mal

Le bien et le mal sont des données objectives qui nous ont été données par le Créateur. Inscrites déjà au fond de la conscience humaine, elles sont explicitées dans le Décalogue, pour toute l’humanité.
Ces notions ne viennent pas de nous : il ne nous appartient pas de les changer.
Attention, donc, à ne pas confondre “sincérité” et “vérité”, “sincérité” et “conscience”… Problème de discernement, dont l’application passe par bien des petits détails matériels dans la vie quotidienne.

Nos petits sont-ils innocents ?

Il règne actuellement une tendance qui semble ne pas avoir conscience que les racines du mal existent déjà chez les tout-petits, qu’eux aussi sont déjà marqués par les séquelles du péché originel, par l’attirance vers le mal. C’est pourtant bien ce qu’affirme le psaume 50 :

Moi je suis né dans la faute, j’étais pécheur dès le sein de ma mère. (Ps 50, 7)

Et le Catéchisme de l’Église Catholique rappelle très opportunément que, tout comme nous,

“naissant avec une nature humaine déchue et entachée par le péché originel, les enfants aussi ont besoin de la nouvelle naissance dans le baptême, afin d’être libérés du pouvoir des ténèbres et d’être transférés dans le domaine de la liberté des enfants de Dieu, à laquelle tous les hommes sont appelés. » (CEC 1250)

Dans l’éducation, cet aveuglement peut être très lourd de conséquences :

« Cette idée de l’innocence des enfants – que l’on rencontre aujourd’hui au détour de toute conversation à base de lieux communs – repose sur une certaine confusion d’esprit.
Les enfants ne sont pas innocents, ils sont sans défense devant un monde qui ne ménage rien ni personne, et c’est cette faiblesse devant tout ce qui peut les menacer qui doit susciter en nous pitié et sollicitude.

Mais, entre faiblesse et innocence, la différence est de taille. Si l’on observe les enfants, il ne faut pas beaucoup de temps pour s’apercevoir que toutes les racines du péché sont déjà là : jalousie, cruauté, égoïsme, paresse, gourmandise, etc. Des racines qui ne demandent qu’à grandir et qui ne s’en privent pas, bonne éducation ou pas.

Il faut bien plus que de la pédagogie pour tarir cette source noire qui surgit des cœurs de pierre et qui répand le mal plus efficacement qu’un désherbant ne transforme un pré en désert. La meilleure éducation possible endigue le pire, mais elle ne crée pas un saint. Et, sans sainteté, il n’y a pas de vie éternelle possible. »

(Père Nicolas Hedreul-Tanouarn o.p. Préface de “Anne de Guigné », de Renée de Tryon-Montalembert)

Si donc nous admettons que nos tout-petits (si mignons soient-ils à certaines heures…), ne sont pas des anges, qu’eux aussi sont touchés par toutes les conséquences du péché originel, nous voyons clairement la nécessité de « contrecarrer par l’éducation et le sens moral, ces mauvaises tendances qui, sinon, envahiront tout le psychisme… » (Père GILLET, « La formation religieuse aux différents âges TEQUI) et de leur apprendre à lutter contre leurs défauts.

Et pour cela, il n’y a pas à attendre ! Le plus tôt sera le mieux.

Cette première formation morale doit commencer très tôt

L’éducation de la conscience est une tâche de toute la vie.
Dès les premières années, elle éveille l’enfant à la connaissance et à la pratique de la loi intérieure reconnue par la conscience morale. (CEC 1784)

La plupart des psychologues considèrent que les assises morales sont placées dans le psychisme entre 3 ans 1/2 et 5 ans 1/2, et que, avant 6 ans, « les jeux sont faits ».

Si donc certains étaient tentés de penser qu’il faut attendre, pour commencer cette formation morale, que les enfants soient en âge de « comprendre » pourquoi telle chose est bien, pourquoi telle autre est mal, (cet éveil du sens moral se situe à un âge assez variable, autour de 5/6 ans), ce serait une erreur grave, et lourde de conséquences.
C’est dès les toutes premières années qu’il faut commencer, et cela ne se fera pas sans certaines contraintes indispensables. Faute de quoi, les mauvaises habitudes occuperont vite le terrain… et pour longtemps.
C’est comme pour le jardinage : les toutes petites mauvaises herbes s’arrachent bien plus facilement que les grandes, quand leurs racines sont profondément ancrées en terre…
De même, chez nos tout-petits, n’hésitons pas à “corriger”, “redresser” (au sens noble du mot : remettre droit) ce qui a besoin de l’être : cela ne se fera pas encore à coup de raisonnements, mais simplement par l’acquisition de bonnes habitudes.

(Bien sûr, les explications et les raisonnements viendront plus tard, notamment avec l’enseignement du catéchisme et les explications des parents en famille).

Soyons donc assurés que cette formation morale doit être entreprise dès le plus jeune âge.

Tobie eut un fils auquel il donna son nom et qu’il instruisit dès l’enfance
à craindre Dieu et à s’abstenir de tout péché. (Tb 1, 9)

Et retenons que cette période de 3 ans 1/2 à 5 ans 1/2 est décisive pour la formation de la conscience.

Dès les premières années, donner de bonnes habitudes

Pour donner à un tout petit le sens du bien et du mal, il n’est pas encore possible, puisque sa raison n’est pas encore éveillée, de « raisonner », d’expliquer (pourquoi ceci est bien, pourquoi cela est mal).

Ce qui est possible, et c’est ce qu’il faut faire, c’est de lui donner de bonnes habitudes : lui inculquer les “réflexes” d’un comportement conforme au sens moral : faire ce qui est bien, éviter ce qui est mal.

« Le privilège de l’habitude est de rendre facile et naturel ce qui peut paraître étrange à celui qui n’a pas cette habitude. Le geste habituel garde une éternelle jeunesse. »
(Père GILLET, op. cit.)

Faire prendre de bonnes habitudes ne va pouvoir se faire, avec des tout-petits, que par une sorte de “dressage”. Entendons-nous bien : ce terme ne signifie aucunement ici que l’on prenne le petit enfant pour un animal sans raison !
Mais avant l’éveil de la raison, le seul moyen de le former et de lui faire prendre de bonnes habitudes, c’est la répétition automatique des gestes et comportements encouragés. Simplement, et cela est important, que cet apprentissage soit sous-tendu par beaucoup d’amour.

Quelques exemples ?

Ranger ses jouets le soir (plus tard ses vêtements).
Habitudes de politesse : dire « bonjour », « merci », « s’il vous plaît », etc.
Habitudes d’obéissance : respecter certaines interdictions, par exemple les objets qu’on ne doit pas toucher (la clé du buffet, le couteau, un outil dangereux, les allumettes, etc.)
Habitudes spirituelles, aussi : offrande du matin, prière du soir…

Travail, pour les parents, de longue durée et de patience… mais d’autant plus facile qu’on l’aura entrepris de bonne heure.

Suivre les étapes du développement psychique de l’enfant

1) Le seul langage que le tout-petit soit capable de comprendre pour commencer (dès 8 ou 10 mois), c’est “oui” ou “non”… Cela va se faire surtout, dans un premier temps, par des injonctions négatives : “Non, tu ne touches pas.” C’est comme ça.

Remarquons qu’une grande partie des 10 commandements nous a été donnée également sous une forme négative : “Tu ne tueras pas, tu ne mentiras pas, tu ne voleras pas…”
Ces commandements, pourtant, nous sont bien donnés pour notre bien : ces interdictions sont à comprendre dans le même sens qu’une étiquette « ne pas avaler » sur un bouteille de poison !

De même, beaucoup d’interdictions sont imposées à l’enfant pour son bien, par souci de sa sécurité : on ne touche pas le feu, ni le couteau, on ne va pas tout seul vers le bassin, on ne traverse pas la rue sans donner la main…

2) autour de 3 ans : “c’est permis, c’est défendu…”. “Il faut… il ne faut pas…”

C’est l’âge de l’obéissance “inconditionnelle” : ce qui importe, c’est que l’enfant respecte les limites qui lui sont imposées, qu’il acquière l’habitude d’obéir, de dire la vérité, de demander pardon, etc.
On ne lui demande pas son avis : “c’est comme ça”, cela ne se discute pas.

On le voit : l’éducation à l’obéissance tient ici un rôle de premier plan.

3) à partir de 4 ans : “c’est bien, c’est mal”.

L’éveil du sens moral se fait, normalement, avec l’âge de raison, âge de la découverte d’une loi objective. C’est alors que l’on pourra expliquer pourquoi telle chose est bien, telle autre mal.

Mais déjà dès 4 ans, on peut dire : “c’est bien, c’est mal” : l’enfant est à l’âge des certitudes fondées sur la parole de papa et maman : de simples affirmations lui suffisent amplement pour diriger sa vie.
La parole de papa ou maman ne se discute pas. Maman a dit « NON » : non, c’est non, il ne faut pas faire. Et si l’on contrevient, on est puni. C’est « automatique » !

4) vers 6 – 7 ans
Au fur et à mesure que l’intelligence s’ouvre et que la raison s’éveille, il devient possible de faire comprendre les raisons pour lesquelles on exige telle ou telle chose. On peut ainsi inspirer à l’enfant l’horreur du mal et du péché.
La formation « pratique » que l’enfant a reçue jusqu’ici doit alors être complétée par l’enseignement du catéchisme sur les commandements : cet enseignement se fera lui aussi progressivement, en fonction de l’âge de l’enfant. Et l’enfant le recevra et le comprendra d’autant mieux qu’il en aura déjà une réelle expérience vécue.

Ensuite, nous quittons la toute première enfance…Résumons cependant l’ensemble des étapes :

3-6 ans : mise en place des valeurs fondamentales, première bases de la vie morale. Eveil de la conscience. (Simultanément, développement de la vie de prière).

6-9 ans : développement de la conscience, sens du bien et du mal. Et mise en application dans la vie pratique.

9-12 ans (enfance adulte) : mettre en place des idées justes et une vie réglée sur de bonnes habitudes.

C’est là le plus sûr moyen de bien préparer l’enfant à surmonter les remous de l’adolescence.

Fonder ce sens moral sur de bonnes bases

Donner à l’enfant un réel sens moral, vrai et profond, fait partie de notre rôle d’éducateurs. Si nous voulons éviter que l’enfant n’ait un jour envie de tout remettre en question, comme il est important de l’établir sur des bases saines, objectives, solides !

Par exemple, il importe de bien faire, dès 4 ou 5 ans, la distinction entre “péché” et “bêtise” : ce qui a été fait mal volontairement, “exprès”, par méchanceté, ou ce qui est dû simplement à une maladresse.

Ainsi, il est plus grave de casser un verre à moutarde en le jetant par terre, par colère, que de casser un joli vase en cristal par maladresse, alors qu’on a voulu rendre service ou faire plaisir à maman…

Bien avant qu’il ne soit question de confession, l’enfant a déjà bâti dans sa tête une sorte de code : telle chose est bien, telle autre est mal ; ou telle autre, mauvaise en soi, lui paraît normale. Pourquoi ?
Tout simplement parce que l’enfant, logique au fond, mesure qu’un acte est faute si celui-ci a été suivi d’une punition, et juge de la gravité de la « faute » d’après l’importance de la correction qui a suivi : »J’ai cassé un objet, je me suis fait punir, donc c’est un péché« .

Ce même jour, le même enfant aura eu un mouvement de jalousie envers son petit frère, cela ne nous a pas gênés, nous n’avons pas sévi ; évidemment devant Dieu, il n’y a pas eu faute, puisqu’il n’y a pas eu intention chez l’enfant.
Mais du fait de cette absence de punition, c’est une déviation qui ne se redresse pas.
L’absence du châtiment lorsqu’il y a eu faute ou, au contraire, une sanction imméritée sont des erreurs en éducation qui ne devraient jamais se produire. Nous devrions toujours agir objectivement en cette matière, mais nous ne sommes pas toujours maîtres de nos réflexes.
C’est pourquoi un examen de conscience permet de remettre les choses à leur place et de donner à chaque acte la valeur qui lui est due. (Mme DAMEZ Première confession, première communion. TÉQUI)

Ces remarques sont extrêmement importantes pour la formation d’une conscience morale juste.

Parents : autorité, fermeté, exemple

La juste autorité
Ce point nous montre la nécessité, pour les parents ou éducateurs, tout en restant “à l’écoute de l’enfant” (Mère Térésa), de garder clairement à l’esprit quel est le vrai bien de l’enfant.

Que l’enfant ait “envie” ou “pas envie” de faire ce qu’on lui demande ne change rien à la question : c’est à nous de savoir nous faire obéir.
Par exemple : savoir refuser une tartine de confiture juste avant le dîner.

Savoir dire “non” : le vrai bien de l’enfant, c’est d’aller au-delà du plaisir immédiat.

Fermeté
Savoir se faire obéir ne veut pas dire “crier”. Bien au contraire. La bonne autorité est calme.
Calme, mais ferme : “ce qui est dit est dit, on ne revient pas dessus”.
Plus l’autorité sera ferme et calme, plus elle sera efficace.

Bien sûr, il faudra bien parfois – et même souvent ! – hausser le ton pour se faire obéir…
Mais que cela ne fasse pas perdre notre calme intérieur…
Les enfants ont besoin de sentir en nous cette stabilité : là est leur sécurité.

Exemple
Ce dernier point est capital : pour être efficace, notre autorité a toujours besoin d’être accompagnée de notre exemple.

En conclusion…

Pour donner aux enfants le sens du bien et du mal et leur apprendre à lutter contre leurs défauts, nous voyons que ce serait une erreur funeste d’attendre que l’enfant soit en âge de “comprendre”, de chercher à le raisonner : les racines du mal n’auront que trop le temps de se développer, de “s’installer” dans le cœur de l’enfant et de le durcir.
Et alors, le cœur obscurci, il ne pourra plus du tout comprendre pourquoi telle chose est bien ou mal.

Or, c’est en ces toutes premières années qu’il est le plus facile de commencer cette formation morale. Avant 6 ans, la simple affirmation « c’est bien, c’est mal, » suffit pour que l’enfant y adhère… à la condition, bien sûr, d’être étayée par l’exemple des parents et éducateurs :

« Le tout jeune enfant a le sentiment très net du bien moral et religieux : il adhère spontanément à l’opinion de ses parents quand ils lui disent qu’il est bien de faire telle chose, qu’il est mal de faire telle autre.
C’est qu’il n’est pas encore en mesure de discerner lui-même le bien moral et religieux en toute sécurité ; faute de quoi il donne sa confiance à ses parents et à ses éducateurs … »

Mais à partir de « l’âge de raison », et surtout à partir de 9 ans, il en ira différemment :

« Dès lors, les parents devront justifier par la raison ce qu’ils demandent à leurs enfants et veiller au sérieux des arguments par lesquels ils désirent développer la foi de leurs enfants et influer sur leur conduite, qu’il s’agisse des preuves de l’existence de Dieu ou de réprimer une tendance à la mollesse. (…) En tous cas, il ne faut jamais donner de fausses raisons pour justifier ce que l’on exige en éducation. »

(Père GILLET la formation religieuse aux différents âges de l’enfance et de l’adolescence. TEQUI)