31.4 – COMMENT FORMER NOS ENFANTS AU SILENCE (conseils pratiques)

Ce document propose six étapes pour que les enfants fassent l’apprentissage du silence.

Ce document est la 4ème et dernière partie d’une étude générale sur l’importance du silence

L’éducation religieuse, qui n’a pas d’autre but que de faciliter la rencontre de l’âme avec Dieu,
se présente comme un acheminement vers le silence
La prière est une attention intense à la présence de Dieu, et l’éducation religieuse,
un entraînement systématique à conformer notre volonté à la volonté de Dieu…
(H. LUBIENSKA de LENVAL Le Silence à l’ombre de la Parole)

Les étapes de l’apprentissage du silence

1 – Avoir soi-même une âme silencieuse
2 – Établir un climat de silence
3 – La pratique du silence dans les gestes quotidiens
4 – L’apprentissage de la maîtrise de soi
5 – La « leçon de silence »
6 – Se préparer à la prière par un temps de silence

1 – Avoir soi-même une âme silencieuse

Former ses enfants au silence suppose en premier lieu que l’on ait soi-même une âme silencieuse : aimer le silence, le recueillement. En d’autres termes : avoir une âme intérieure.

Ce n’est que dans le silence que l’homme peut rencontrer Dieu. Si le silence nous est précieux, s’il nous est nécessaire, si nous en vivons nous-mêmes, nous saurons le faire vivre aux enfants et le leur faire aimer.

2 – Établir un climat de silence

Il est à établir autour de l’enfant, dès sa naissance… et même avant ! Cela ne signifie pas une totale absence de bruit, sinon ce ne serait possible à personne, surtout dans notre société contemporaine !

Il s’agit bien plutôt d’une disposition intérieure faite de recueillement et d’attention à Dieu, qui permet de Le retrouver partout où l’on se trouve.

« Il ne tient qu’à nous de remplir la maison de silence… » (H. LUBIENSKA Le Silence à l’ombre de la Parole)

– Pour commencer, habituons-nous à parler doucement aux enfants. Le ton de la voix, ne l’oublions pas, est le reflet de l’âme. Éviter de crier, même (c’est le plus difficile !) lorsqu’on doit les gronder. Et Dieu sait si les occasions ne manquent pas !

– Eviter de laisser monter une excitation, qui n’est jamais bonne ; les ramener au calme.

– Ensuite, dans tous les gestes de la vie quotidienne : comment pourrons-nous demander aux enfants d’être attentifs à les faire le plus silencieusement possible, si nous ne le faisons pas nous-mêmes ?

– Enfin, pour habituer nos enfants à aimer le silence et à le pratiquer, il sera bon de commencer cet apprentissage dès qu’ils sont tout petits, de manière à leur donner dès le départ de bonnes habitudes. C’est ainsi qu’on évitera le mieux la formation des « mauvais plis » !

C’est aussi le plus facile, car c’est bien tout-petits (entre 2 et 3 ans) qu’ils s’y prêtent le mieux.
Et, à cet âge, comme ils aiment cela !

3 – La pratique du silence dans les gestes quotidiens

Dès 3 ans, on peut faire prendre conscience à l’enfant qu’il est capable de « commander à son corps » : il monte l’escalier en tapant des pieds (spontanément, non pas sous l’effet d’une colère).

« Et si on essayait de monter l’escalier comme un papillon ?
C’est tout léger, un papillon, ça ne fait pas de bruit :
est-ce qu’on va pouvoir faire comme lui ? »

L’adulte donne l’exemple. L’exercice devient un jeu. « Tu vois, tu es grand ! Tu es tout à fait capable de commander à tes pieds de ne pas faire de bruit… C’est bien !  »
Bien sûr, il faudra renouveler l’exercice, et souvent le rappeler…

Commander à ses pieds de marcher sans bruit, déplacer une petite chaise, poser un objet sur la table sans qu’on l’entende, sont des exercices tout à fait à la portée d’un petit de 3 ans.

Au fur et à mesure qu’il grandit et acquiert une certaine maîtrise de soi, même exercice pour ranger les jouets, fermer une porte sans la faire crier, mettre le couvert, etc.

Dans tous les cas, l’adulte donne l’exemple : c’est possible, et si on y arrive, c’est le signe qu’on est grand.

Dans un deuxième temps, amener progressivement l’enfant à ce que soit une règle à respecter : c’est tellement mieux de ne pas « abîmer le silence ».

4 – L’apprentissage de la maîtrise de soi

Cet apprentissage est d’une importance capitale. Voir le corps et l’esprit.
Dès l’âge de 4 ans, parfois même avant, l’enfant est capable de prendre conscience qu’il est corps et esprit : le corps, c’est ce qui se voit ; l’esprit, ce qui ne se voit pas.

Mais qu’est-ce qui est le plus important ? Est-ce le corps, qui se voit, ou l’esprit, qui ne se voit pas ? Lorsque l’enfant a pris conscience de cette réalité, il est en mesure d’apprendre à commander à son corps. On commence par des gestes ponctuels :

je commande à ma main de s’ouvrir… de se fermer,
je commande à ma jambe de se plier… de s’étendre,
à mes yeux de se fermer…
…jusqu’à ce que je leur commande de se rouvrir, etc.

Qui est-ce qui commande à mon corps ? C’est MOI, avec mon esprit : je peux lui faire faire ce que je VEUX. C’est mon esprit qui commande à mon corps.

5 – La « leçon de silence »

(exercice pour préparer à la prière, mais qui n’est pas la prière)
(La « leçon de silence » est un grand « classique » des classes Montessori).

Lorsque l’enfant sait « commander à son corps », on peut alors l’amener à l‘immobilité contrôlée de tout son corps.

Avant tout autre chose, la première condition pour pouvoir obtenir de l’enfant cette maîtrise de lui-même dans l’immobilité, c’est une position stable où l’enfant soit en équilibre.

Signalons pour les plus petits une posture tout à fait défavorable à l’attention ou la concentration :

assis jambes pendantes sur une chaise trop haute pour lui ; l’enfant manque de stabilité, et il aura toujours envie, pour trouver l’équilibre qui lui manque, de balancer continuellement les jambes ou de gesticuler… ou encore de descendre de sa chaise.

Lorsqu’il est assis, donc, veiller à ce que ses pieds touchent le sol ou, au moins, qu’ils aient un point d’appui : soit d’être assis sur un petit tabouret (pieds au sol), soit assis par terre en tailleur ou assis sur les talons, permettent une position très favorable au calme.

Étant bien assis, stable, on va pouvoir « commander à son corps » de ne pas bouger.

La personne qui conduit l’exercice prend la précaution de parler tout doucement, presqu’à voix basse…

On prend conscience de tout son corps :

les jambes, bien stabilisées, peuvent rester sages,
les mains, posées sur les genoux, n’ont plus besoin de bouger,
le tronc, bien droit (mais pas dur ni tendu),
les épaules basses, sans crispation,
la nuque souple, détendue…
la tête posée doucement sur les épaules ne tourne ni à droite ni à gauche, elle s’incline légèrement devant elle en position de recueillement,
les yeux se ferment,
la bouche se tait.

Tout le corps se détend. On sent comme une onde bienfaisante, pacifiante, nous pénétrer : c’est le silence.

Les oreilles, on ne peut pas les fermer : cela va permettre d’éveiller l’attention aux bruits extérieurs.

Après ce temps de silence, on pourra énumérer tout ce qu’on n’entendait pas avant, et que maintenant on perçoit : les bruits de la rue, une voiture qui passe, un chant d’oiseau, une personne qui marche, ou qui parle…

Cet exercice peut se faire avec des petits dès 3 ans (sans limite d’âge ensuite) : 1 minute pour commencer, puis 2. Avec un certain entraînement, on pourra le prolonger jusqu’à 4 ou 5 minutes.

Au début, l’immobilité et le silence ne seront pas parfaits. Mais si l’exercice est renouvelé régulièrement, très vite on sentira une amélioration. En même temps, l’enfant prend goût au silence.

C’est alors le moment privilégié pour la prière, ou le moment de formation religieuse, suivie de la prière.

En résumé : le silence est un exercice de maîtrise de soi.

D’abord dans ses muscles, ses membres : « je commande à mon corps de ne plus bouger… »
Puis maîtrise de ses pensées : écarter toute idée étrangère pour se fixer « en Dieu ».

Le silence procure très rapidement une sensation de repos, de détente, et permet le recueillement nécessaire à la prière : l’âme est alors en état de s’ouvrir à Dieu, de s’élever vers Lui.

6 – Se préparer à la prière par un temps de silence

ll n’est pas possible, ni avec des petits, ni avec des grands de tous âges, de commencer une prière sans prendre le temps, par quelques instants de silence, de se couper du monde et de nos préoccupations habituelles.
Alors seulement nous avons l’esprit libre pour nous mettre vraiment en présence de Dieu.

Le but du silence, c’est de se rendre attentif à Dieu. Et être attentif à Dieu, c’est se rendre volontairement inattentif à tout ce qui n’est pas Dieu.

Je veux écouter ce que dira au-dedans de moi le Seigneur Dieu :
Il a des paroles de paix pour ses enfants et pour ceux qui rentrent au fond de leur coeur. (Ps 84, 9)

« Avant de commencer la prière, il est bon de se mettre debout et de se tenir immobile, bien droit, les mains jointes, les yeux baissés, sans rien dire intérieurement, attentif à la Présence de Dieu. De même, après la prière, un peu plus longuement. »
(Hélène LUBIENSKA de LENVAL. L’éducation du sens liturgique)

Un autre élément contribue à établir un vrai silence, préparatoire à la prière :

Pour la prière, si l’on veut obtenir le recueillement, adoucissons la lumière ; laissons seulement le cierge qui est là pour honorer l’image de Jésus.
D’emblée, la voix se fait grave ; le débit des paroles est lent et les temps de silence sont possibles.
Les enfants, plus sensibles que nous au silence, peuvent dès lors prier aisément.
Nous ne faisons sur ce point que suivre la liturgie : elle sait nous ménager l’ombre et la lumière qui nous sont nécessaires.
L’ombre de l’église, c’est l’humanité qui est encore dans la nuit de la foi ;
la lumière qui brille dans cette ombre, c’est l’image du Christ qui est notre lumière. »
(J-M. DINGEON. Père et mère à l’image de Dieu)

L’enfant aime le silence

« Le silence, le vrai silence, lourd de vie spirituelle, est peut-être, à l’intérieur de la maison, le signe le plus « parlant » de la présence de Dieu. Il impressionne d’autant plus aujourd’hui qu’il est rare. Il est rare et précieux. Il est indispensable à l’éducation du tout petit enfant.
Celui-ci recherche le silence quand on lui apprend à le goûter.
« J’ai cassé le silence » me disait un jour un tout-petit qui, sans le vouloir, avait fait du bruit pendant notre moment de silence. Il s’en accusait comme s’il avait fait une faute !
Je le rassurai, lui disant comment s’y prendre à l’avenir pour ne plus « casser le silence ».
Le lendemain, son visage était radieux lorsque, ensemble, nous sommes sortis du moment de silence. Pour lui, c’est une chose sacrée. Il a compris (et c’est là l’essentiel) que c’est dans le silence que l’on trouve Dieu et que Dieu nous parle.
À la maison, le silence s’exercera très particulièrement au moment de la prière.
L’éducation religieuse ne peut se faire sans cette pratique du silence : celui-ci est le signe du dialogue qui s’engage. Car la prière n’est pas un monologue.
On peut même dire que dans la prière l’initiative du dialogue revient à Dieu. « C’est Dieu qui nous a aimés le premier », nous dit saint Jean. Dans la prière, pourrions-nous dire, c’est Dieu qui parle le premier. (…)
(Jeanne-Marie DINGEON. Père et mère à l’image de Dieu. 1960)

Autres éléments de notre étude sur le silence :

 

Introduction
1 – la pratique du silence
2 – Les ennemis du silence… et de la prière
3 – Le silence, condition de la prière
Marie, Mère du silence