31.3 – LE SILENCE, CONDITION DE LA PRIÈRE (conseils pratiques)

Le silence nous permet d’entrer dans la prière – Le silence nous rend attentifs aux réalités invisibles – Le silence n’est pas mutisme – Faire taire le « MOI » – Le silence se conquiert par un effort – Se mettre à l’écoute de Dieu et répondre à son appel – Le silence constitue la louange la plus élevée que l’on puisse offrir à Dieu.


Ce document est la troisième partie d’une étude générale sur l’importance du silence

Que toute chair fasse silence devant le Seigneur. (Za 2, 17)

ll n’est pas possible de se mettre en prière sans prendre le temps,
par quelques instants de silence,
de se couper du monde et de nos préoccupations habituelles.

Alors seulement, nous avons l’esprit libre pour nous mettre vraiment en présence de Dieu.

Le silence nous permet d’entrer dans la prière

La prière, c’est être attentif à Dieu.
Et être attentif à Dieu, c’est se rendre volontairement inattentif à tout ce qui n’est pas Dieu.
(Hélène LUBIENSKA de LENVAL. Le silence à l’ombre de la Parole)

Le silence, c’est le recueillement de tout notre être, le corps et l’esprit, pour être « attentif à Dieu seul« .
Il est un élément indispensable à la prière :

Si tu veux prier, retire-toi dans ta chambre, ferme la porte,
et là, prie ton Père qui est présent dans le secret ;
et ton Père, qui voit dans le secret, te le revaudra. (Mt 6, 6)

Le vrai silence est celui où l’on se met à l’écoute de Dieu : il consiste à faire le vide, en soi, de tout ce qui n’est pas Dieu. Ce qui commence, inévitablement, par un « dépaysement« .

Le silence est le remède à l’agitation intérieure.
Le passage du bruit au silence est toujours un dépaysement : il est indispensable à l’homme pour découvrir l’espace intérieur où Dieu lui a donné rendez-vous…
(Hélène LUBIENSKA de LENVAL. Le silence à l’ombre de la Parole)

Un « dé-pays-ement », c’est – très littéralement – un « changement de pays ».
Les citadins qui arrivent à la campagne sont impressionnés : « Que c’est calme ! Il n’y a pas de bruit…« .
Oui. Et, même, certains sont tellement habitués au bruit qu’ils en arrivent à avoir peur du silence : réalité nouvelle, déroutante, où les choses n’ont plus ni le même relief ni la même importance. Nous vivons dans un monde qui a peur du silence…
Et pourtant, le silence attire, mystérieusement.

Le monde veut le bruit et la dissipation, il a peur du silence. Il confond celui-ci avec le vide, il ignore que le silence est plénitude, car il est la place que l’homme fait à Dieu… (id.)

Le silence nous rend attentifs aux réalités invisibles

Par rapport au monde ambiant, rempli de bruits et d’agitations, oui, le silence est un « dépaysement ».
Mais sans même avoir à « changer de pays », où que l’on soit, et même au milieu du bruit extérieur, il est possible de garder une âme silencieuse, recueillie à l’intérieur d’elle-même, attentive aux réalités invisibles qui ont pour elle plus de prix que tout ce qui l’entoure du monde visible.

Je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant,
comme un petit enfant blotti contre sa mère. (Ps 130, 2)

Dieu a une prédilection pour l’âme qui cherche le silence, pour l’âme silencieuse :

Je la conduirai dans la solitude, et là, je parlerai à son cœur. (Os 2, 13)

Le silence isole l’âme des créatures beaucoup plus efficacement que les murs ou les grilles d’un cloître. L’âme vraiment silencieuse, quand elle est obligée de vaquer aux œuvres extérieures, demeure toujours unie à Dieu.

Nous laissons ici la parole à quelques contemplatifs, qui ont une longue expérience du silence. Ils peuvent nous en communiquer le secret. Les autres citations sont dues à des éducatrices chevronnées qui ont su former les enfants à la vie intérieure.

Le silence n’est pas mutisme

« Aimer le silence ne signifie pas ‘ne jamais parler’.
Le silence n’est pas mutisme, il n’a point pour objet de rendre les hommes semblables aux animaux : la voix est une des plus nobles prérogatives de l’espèce humaine, et ce serait se méprendre que de ne vouloir jamais en user.
Mais précisément parce que le langage est une faculté d’un grand prix, il importe de ne point l’avilir par des besognes inutiles, de le garder au contraire dans toute sa force et toute sa pureté pour l’usage auquel il est destiné, c’est-à-dire pour louer Dieu. »
(Dom J. de MONLEON – moine bénédictin. Les instruments de la perfection)

Loin de se compléter, silence et mutisme s’excluent.
Une momie est muette, elle n’est pas silencieuse. Les moines sont silencieux, ils ne sont pas muets : ils passent de longues heures à parler à Dieu en récitant les psaumes.
Une maison est silencieuse non pas quand elle est déserte, mais quand elle palpite d’une vie consciente soumise à l’esprit.
(H. Lubienska de Lenval. Le silence à l’ombre de la Parole)

Ce qui fait la qualité du silence, c’est d’être consenti.
Le silence ne s’impose pas par la force, car alors il devient mutisme. Le mutisme n’est qu’extérieur et va souvent de pair avec le tumulte intérieur.
« J’étais bien obligé de me taire, disait un jour un petit enfant, mais j’ai grogné dans ma tête ! »
Le mutisme est souvent « tumulte », alors que le silence est « harmonie ».
(Jeanne-Marie DINGEON. Père et mère à l’image de Dieu. 1960)

Les exigences du silence intérieur : faire taire le « MOI »

« Le silence permet d’écouter en soi la vraie Parole de Vérité, celle qui exprime ce qui est …
Le silence permet à l’homme d’écouter la voix de Dieu qui parle doucement et continuellement à son cœur par Son Verbe, Sa Parole, qui est aussi Son Fils et Sa Splendeur, et nous percevons cette Voix à mesure que nous renonçons à notre propre bruit.

Je veux écouter ce que dira au-dedans de moi le Seigneur Dieu : Il a des paroles de paix pour son peuple, et pour ceux qui rentrent au fond de leur cœur. (Ps 84, 9)

Pour pouvoir L’écouter, je me désolidariserai de tout le bruit qui m’en empêche : ma propre pensée, mes désirs, mes passions, mon orgueil, mon amour-propre, tout ce « brouillage » qui me coupe de Lui, et je me laisserai pénétrer par sa pensée. C’est alors qu’Il sera vraiment « mon Dieu ».
Si le silence baigne ma vie, j’y entendrai la Parole créatrice qui me fait être.
Le silence me permet de connaître le sens de ma vie.
Il faut, dans une vie chrétienne, se réserver des moments de vrai silence pour purifier son âme et l’accorder avec Dieu. »
(Dom Germain BARBIER – moine bénédictin. Règlement de vie chrétienne)

Le silence se conquiert par un effort

Au départ, le silence est une découverte semblable à celle que l’on fait de la montagne ou de la poésie : épanouissement au contact d’une réalité nouvelle, devant quoi tout le factice s’effrite ; jubilation des énergies latentes invitées à un effort joyeux.

La découverte du silence se situe sur des plans différents :

sur le plan matériel, lorsque les poumons remplis d’air pur, les nerfs détendus, les muscles alertes, l’homme sent sa vie corporelle palpiter en accord avec la vie cosmique ;

sur le plan mental, lorsqu’au terme d’un labeur ardu, la pensée domine l’horizon intelligible et, saisie d’admiration, se tait et se repose ;

sur le plan spirituel, lorsque, par delà ratiocinations et sentiments, l’esprit adhère à Dieu dans la certitude de la Foi.

En dehors de ces expériences exceptionnelles où il s’impose de lui-même, le silence demande à être conquis par l’effort.
Intermittent au début, plus habituel à mesure qu’on le pratique, il finit par devenir une patrie, un peu comme la montagne ou la poésie. Plus on y demeure, plus il révèle de perspectives.
Car, quel que soit le plan où il prend appui au départ, le silence s’achève et s’épanouit en Dieu.
(Hélène LUBIENSKA de LENVAL. Le silence à l’ombre de la Parole)

Se laisser attirer au-dedans de soi pour y rencontrer Dieu :

« Dans l’âme qui se porte avec empressement à parler et à se produire, il reste très peu de place pour Dieu.
Lorsqu’une âme est attentive à Dieu, elle se sent tout aussitôt attirée avec force au-dedans d’elle-même et à l’éloignement de toute conversation. Dieu, en effet, aime mieux que l’âme se réjouisse avec Lui qu’avec toute autre créature, si privilégiée qu’elle soit et si utile qu’elle puisse être. »
(saint Jean de la Croix)

Se mettre à l’écoute de Dieu et répondre à son appel

Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. (1 Sa 3, 10)

Si nous savons prier, si nous sommes capables de le faire, c’est grâce à Dieu qui nous appelle. Il nous appelle en se révélant à nous, et cela de diverses manières : pour le tout-petit (et pour nous aussi si nous savons encore les lire), Dieu se révèle par les signes dont l’univers est plein. Il se révèle par la Bible. Là, plus que partout ailleurs, Dieu parle et nous appelle.
Lorsque, pendant la prière, nous restons quelques secondes en silence, c’est à ce moment que Dieu nous parle et que nous pouvons L’écouter. L’une ou l’autre des Paroles de Jésus reviennent à notre esprit. Écoutons-Le… Et dans le silence de notre cœur, répondons-y si nous en avons le courage…
(Jeanne-Marie DINGEON. Père et mère à l’image de Dieu. 1960)

Lorsqu’un homme a fait tout ce qui est en son pouvoir pour établir le silence autour et au-dedans de lui, alors les paroles de l’Écriture se mettent à résonner dans son âme, comme si le Ressuscité Lui-même les lui expliquait sur la route d’Emmaüs, et sa prière n’est plus qu’émerveillement. C’est que Dieu l’introduit peu à peu dans son silence.
(H. LUBIENSKA de LENVAL. Le Silence à l’ombre de la Parole)

Le silence constitue la louange la plus élevée que l’on puisse offrir à Dieu

Quand la créature a célébré de son mieux son Créateur, avec ces paroles inspirées par l’Esprit-Saint Lui-même, les plus élevées qu’il soit possible à l’homme de prononcer sur la terre, il faut enfin qu’elle se taise, comme si elle sentait que tout cela est encore impuissant à magnifier son Dieu, et qu’elle achève sa louange dans le recueillement d’une adoration silencieuse.
(Dom Jean de MONLÉON, moine bénédictin. Les instruments de la perfection)

Plus nous nous élevons vers Dieu, plus les paroles nous manquent pour exprimer ce que nous sentons . Et quand notre discours sera parvenu au terme de cette montée, il deviendra muet entièrement.
(saint Denis)

Il faut beaucoup de silence : silence de parole, d’action – silence intérieur surtout. Le silence, c’est l’aide que nous prêtons à Dieu pour qu’Il se communique à nous.
Demandez à la Sainte Vierge le secret de son silence pour contempler Jésus.
(Dom Placide de Roton – moine bénédictin. « Jésus, c’est tout »)


Autres éléments de notre étude sur le silence :

Introduction
1 – La pratique du silence
2 – Les ennemis du silence… et de la prière
4 – Comment former nos enfants au silence ?
Marie, Mère du silence