31.1 – LA PRATIQUE DU SILENCE (conseils pratiques)

Les bruits du dehors
Les bruits qui dépendent de nous (la voix… les gestes… )
Le silence des yeux
Le silence des pensées
Remplir la maison de silence.


Ce document est la première partie d’une étude générale sur l’importance du silence

 

Dans un monde dominé par le bruit et l’agitation, il n’est pas facile de maintenir, en nous et autour de nous, un enclos de silence pour préserver notre équilibre nerveux, psychique et spirituel, pour acquérir et conserver une âme silencieuse. Cela reste pourtant possible : mais il faut le vouloir.

Différentes approches peuvent nous aider à découvrir la pratique et les bienfaits du silence, à y prendre goût et à l’intégrer dans notre vie. Que faire pour cela ?

La pratique du silence porte d’abord sur ce qui tombe sous nos sens (les oreilles, les yeux, mais encore les gestes). Mais il ne s’agit encore là que d’un silence « extérieur« .
Plus important est le contrôle de nos pensées, nécessaire pour obtenir le silence « intérieur« , sans lequel nous ne pouvons entrer dans la prière.

Il n’est pas possible (ni souhaitable !) de vivre dans une absence totale de bruit : le bruit est un signe de la vie qui bouge. Mais là où se situe le problème, c’est au niveau de la nature des bruits et surtout d’un certain seuil de tolérance. On peut distinguer entre

les bruits du dehors, qui s’imposent à nous, et auxquels nous ne pouvons rien,

et les bruits qui dépendent de nous.

Les bruits du dehors, ceux auxquels nous ne pouvons rien

Ils sont, selon notre cadre de vie, plus ou moins intenses, fréquents, proches ou lointains, excessifs ou supportables…
Certains peuvent être pénibles : voitures, camions, mobylettes…voisinage en immeuble. Dans quelle mesure peut-on s’en préserver ?
Pour certains, on s’habitue peu à peu à les éliminer d’office (voitures qui passent), mais il y en a d’autres, qui dérangent (le chien du voisin…), qui fatiguent, qui énervent, qui font mal : ceux-là, nous ne pouvons que les supporter… ou aller ailleurs.

Mais le pire, ce sont les bruits artificiels, volontairement agressifs, violents, destinés à susciter une excitation, les rythmes trépidants (musique « rock » ou autre), avec une intensité de décibels insupportables. Ceux-là sont véritablement malsains, nocifs, destructeurs.

Heureusement, d’autres bruits sont agréables ou reposants : chant d’oiseau, bruit d’une source, chant grégorien, gazouillis de bébé… Ceux-là ne perturbent pas le silence, mais ils l’enrichissent.
A nous de les « entendre », d’y être attentifs et de les goûter.

Les bruits qui dépendent de nous

Dans ce cas, il est en notre pouvoir de les contrôler, si du moins nous voulons établir autour de nous un climat de calme. C’est sur ceux-là que nous pouvons travailler.

Le corps est le serviteur de l’âme… il en est aussi le reflet.

Que ce soit le ton de notre voix ou nos gestes quotidiens…c’est tout notre comportement habituel qui va dire la place et l’importance que nous donnons au silence dans notre vie.

Le ton de la voix

La voix traduit beaucoup de choses de nous-mêmes, et même souvent à notre insu.
Elle est le reflet de notre disposition intérieure, de nos états d’âme, et même de notre caractère.

nervosité ou calme ; patience ou impatience ; fatigue ou bonne santé ; timidité ou assurance ;
inquiétude ou confiance ; joie ou tristesse ; paix ou agitation intérieure ;
colère, violence, agressivité, haine ou, au contraire, douceur, bienveillance, amitié …

Une âme silencieuse, intériorisée, conserve une voix égale, calme, paisible. En revanche, des personnes « mondaines » auront plutôt tendance à parler fort…
Autre est la voix d’une moniale, autre celle d’une personne, dans un salon, qui cherche à se faire valoir, des hommes au bistrot ou du poissonnier sur le marché !

Chacun rayonne ce qu’il est. En être conscient peut nous aider dans nos relations avec le prochain, mais surtout avec les enfants. En particulier, pour obtenir d’eux un retour au calme, en cas d’excitation, rien de pire, pour aggraver la situation, que de crier « silence ! »
Les enseignants le savent bien : jamais la classe n’est plus calme que le jour où, ayant une extinction de voix, ils sont, par nécessité, obligés de parler doucement, presqu’à voix basse !
D’où l’avantage de conserver toujours, autant que possible, un ton de voix calme et modéré.

Le silence des gestes…

Calme ou précipitation, douceur ou brusquerie : il y a « manière et manière »…

– d’ouvrir et de fermer une porte, une fenêtre ;
– de soulever une chaise pour s’asseoir ;
– de poser les objets sur la table, ou de les manier dans les innombrables gestes de la vie quotidienne (vaisselle, couverts, casseroles …)
– de marcher en douceur ou précipitamment, de faire peser ses pas lourdement ou bruyamment (les talons !), ou bien de poser les pieds légèrement sur le sol…

A nous de choisir !

Il y a là une foule de petits gestes matériels que nous faisons le plus souvent machinalement, notre esprit étant occupé à tout autre chose pendant ce temps…

Cependant, il est possible de reprendre le contrôle de nous-mêmes, au moins par moments, par des « actes conscients » : il s’agit, essentiellement, de garder notre esprit présent à ce que nous faisons.

Ainsi accomplis « en conscient », ces gestes habituels contribuent à reposer le cerveau, car pendant ce temps, il ne pense pas, il arrête de « phosphorer » sur les soucis du moment (voir plus bas : le silence des pensées).

Non seulement, avec l’habitude, nous acquérons une certaine facilité à faire ces gestes familiers de cette manière, mais en outre, nous en sentirons très vite le bienfait : une sensation de repos, de détente, qui efface – au moins en partie – la fatigue.

« Réceptivité, » actes conscients », sont les exercices de base de la méthode Vittoz.
On retrouve des exercices équivalents, en pédagogie, chez Maria Montessori.

Face à l’invasion des images… le silence des yeux

Il y a le silence des oreilles…Celui des yeux a une importance au moins aussi grande…

Nous vivons dans un monde où « l’audio-visuel » règne en maître absolu : non seulement il y a du bruit partout, mais d’innombrables images nous sollicitent en permanence : magazines, vitrines des magasins, affiches, panneaux publicitaires, télévision, films, DVD, etc.

Cela peut atteindre le point d’une véritable agression. Est-il possible d’absorber tant d’images sans se retrouver complètement dispersés, énervés, « éclatés » dans toutes les directions, au risque de subir de sérieux troubles nerveux…?

Une récente enquête sur le temps passé à regarder la télévision fait état d’une moyenne, par personne, de 3 heures 1/2 par jour !!

Cela nous montre la nécessité, parmi toutes ces informations visuelles, de faire le tri entre celles qui peuvent nous être utiles – et que nous retenons – et une foule d’autres images que nous laissons délibérément de côté, en évitant même de les regarder : elles ne nous concernent pas… N’est-ce pas parce que nous éprouvons le besoin de protéger notre équilibre nerveux ?

Ainsi apparaît l’importance d’une véritable discipline des yeux : parmi tant d’images que nous recevons, rester libres de celles que nous conservons.
Et apprendre à ne pas même regarder celles qui s’avèrent nocives…ou tout simplement futiles.

Il n’y a pas que les images : une lumière trop vive excite, une lumière atténuée favorise le calme.
Là aussi, en être conscient permet de préserver l’espace de liberté intérieure dont nous avons besoin.

Le silence des pensées

Il y a le silence extérieur, il y a aussi le silence intérieur : le silence des pensées.

Mais… marquer un temps d’arrêt dans ses occupations ordinaires, couper court au flot des pensées, ce n’est pas facile ! C’est même très difficile ! Et cela ne s’obtient pas tout seul…

Il faut s’y exercer consciemment. Comment ?

Notre cerveau a une double fonction : recevoir des informations (réceptivité) et en émettre d’autres (émissivité).

Lorsqu’il reçoit, il n’émet pas ; lorsqu’il émet, il ne reçoit pas.
Il arrive alors qu’il « s’emballe » au point qu’on ne parvient plus à le contrôler. Ce qui entraîne une fatigue mentale d’autant plus grande que cette tension mentale se prolonge davantage.

Par contre, la réceptivité (se mettre à l’écoute, se rendre attentif à ce qui se passe à l’extérieur de nous-mêmes) procure au cerveau un repos salutaire.

Il existe un certain nombre d’exercices de réceptivité, qui portent sur les cinq sens : vue, toucher, ouïe, odorat, goût.
Par exemple, contempler un bouquet de fleurs sur une table, sentir sous ses doigts le rugueux ou le lisse d’une étoffe, respirer un parfum…

La valeur de ces exercices tient dans le fait qu’ils doivent se faire sans analyse mentale, mais simplement en accueillant la sensation (visuelle, auditive, olfactive…) telle qu’elle est.

Ainsi pratiqués, ces exercices procurent un réel repos au cerveau : pendant qu’il est en réceptivité, il n’émet pas, il ne « pense » pas.

La pratique du silence favorise la réceptivité : on perçoit alors une foule de bruits – ou d’autres sensations – auxquels on ne prêtait aucune attention tant qu’on était absorbé en soi-même… : une voiture qui passe dans la rue, un chant d’oiseau, des cris d’enfants dans le lointain…

Mais si l’on devient ainsi plus réceptif à des choses du dehors qu’on ne percevait pas auparavant, le fait de se mettre en état de réceptivité, n’est-ce pas aussi le moyen de devenir plus attentif à Dieu en soi ?

Il ne tient qu’à nous de remplir la maison de silence

« Dehors, il y a le monde. Dehors, il y a le bruit. Il y a la hâte, la convoitise, la vanité.
Mais la maison n’est pas dehors : c’est dedans. Ce n’est pas le monde, c’est nous. Il ne tient qu’à nous de remplir la maison de silence.
Le silence repose, apaise, guérit, console. Il répare les forces, protège la vie, favorise la pensée. Le silence rend meilleur. Lui seul met d’accord l’esprit et la matière. Irrévocablement associée à l’esprit, la matière peut lui être obstacle ou tremplin, ennemie ou alliée.
Prenons cette chaise : si je la bouscule, elle se renverse avec fracas ; cette porte, si je la brusque, elle gronde de colère. Mais si je les manie doucement, elles m’obéissent sans bruit, parce que je suis leur maître pour autant que je suis maître de moi-même.
Le silence est une conquête sur soi et un triomphe sur le monde. Fermons la porte au vacarme. Laissons la frénésie dehors. Que la maison nous soit un abri.
Que les choses obéissantes se taisent. Que nos forces se recueillent. Que notre âme se dilate. Que, soumise en nous-mêmes, la matière obéisse à l’esprit. »
(Hélène LUBIENSKA de LENVAL. Le silence à l’ombre de la Parole)


Autres éléments de notre étude sur le silence :

Introduction

2 – Les ennemis du silence… et de la prière
3 – Le silence, condition de la prière
4 – Comment former nos enfants au silence ?

Marie, Mère du silence