21 – PLACE DU SACRIFICE DANS L’ÉDUCATION (spiritualité)

Les conseils de deux prêtres expérimentés pour nous conforter, à ce sujet, dans notre mission d’éducateurs chrétiens.


Père Marcel Gillet

Dans son livre : « La formation religieuse aux différents âges de l’enfance et de l’adolescence »
(2 tomes. Un guide très sûr et une mine de bons conseils. TEQUI)

Tout homme, tout enfant, même très jeune, porte en lui une inclination au mal qui lui vient du péché originel et qui a tendance à se développer dans la mesure où il cède aux tentations et donne libre cours à ses convoitises : on ne pèche pas impunément ; le laisser-aller moral avive les passions et affaiblit la volonté….
Que les parents en soient bien persuadés, leurs enfants ne sont pas des anges ; ils doivent les aguerrir par le sacrifice, dans la lutte contre les mauvais instincts, veiller sur leurs lectures, leurs distractions et leurs fréquentations….
Ces mauvaises tendances appartiennent à un fond ancestral de l’humanité.
Elles se manifestent de bonne heure dans le comportement de l’enfant et si elles ne sont pas contrecarrées par l’éducation et par le sens moral, elles se développent, elles envahissent tout le psychisme pour culminer au moment de l’adolescence…
Un aspect inévitable de la recherche du plaisir et de la jouissance, c’est la perte du sens de l’effort, quand ce n’est pas une éducation sans efforts qui amène à cette recherche
Si les parents veulent que leurs enfants ne succombent pas aux tentations et soient armés pour le combat de la vie, il faut qu’ils soient familiarisés avec l’effort, disons le mot : il faut qu’ils aient été initiés à la discipline du sacrifice.
La perspective d’avoir à demander à nos enfants des choses coûteuses ne doit pas nous déconcerter. Les adolescents et plus encore les enfants comprennent souvent mieux que les adultes la nécessité de se maîtriser, surtout si on les encourage en leur présentant les motivations voulues.
La pédagogie de l’effort doit envisager deux situations différentes :
– s’il s’agit de l’accomplissement d’un devoir, de fautes à éviter, les éducateurs doivent insister et obtenir l’effort nécessaire.
– Par contre, si l’on s’adresse à la bonne volonté des enfants pour des actions gratuites, on pourra et l’on devra souvent demander efforts et sacrifices, mais sans insister.
On usera d’un critère d’un maniement délicat, mais d’une grande valeur : les enfants doivent se sentir libres en répondant au désir de leurs éducateurs, libres et heureux.
(Père Gillet « La formation religieuse aux différents âges de l’enfance et de l’adolescence » 2 tomes. TEQUI)

Père Michel Gitton

cité dans « Anne de Guigné, enfance et Sainteté », de Renée de Tryon-Montalembert Ed. Saint Paul. 1989

L’image de l’enfance que se donnent nos sociétés occidentales est à cent lieues de la pénitence.

Choyé, vêtu chaudement, nourri selon les règles de l’hygiène et de la diététique, protégé contre les agressions extérieures, suivi par un aréopage d’éducateurs, de psychologues, de pédagogues, etc. , sa vie semble devoir échapper à tous les aléas auxquels son jeune âge est exposé.

Qui oserait parler de mortification à ces « chers petits » ? Certains pourtant ont osé, et la petite Anne de Guigné comptait scrupuleusement les sacrifices qu’elle offrait dans la générosité de son cœur à son grand Ami du Ciel.

La pénitence, un langage qu’il ne faut pas tenir aux enfants ?
Si l’on cherche la raison de ce recul instinctif qui nous retient de proposer le sacrifice aux petits, on ne trouve pas forcément des choses très pures.

Peur de souffrir nous-mêmes,
transfert sur l’enfance du rêve d’un paradis perdu,
désir de garder les enfants dans un univers ouaté, comme de petits animaux familiers.

Force nous est de reconnaître que l’enfant, pécheur gracié comme nous, a autant que nous besoin d’entrer dans le combat de la rédemption, selon son style propre et les forces de son âge. Lui en refuser la possibilité reviendrait à lui dénier le mérite de l’amour vrai.
Il n’est pas sûr d’ailleurs qu’il ne soit pas aussi bien et même mieux placé que l’adulte pour entendre cet appel du Christ : « Celui qui veut être mon disciple, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ».

La générosité de l’enfant n’est pas encore retenue par les prudences dont nous nous embarrassons. Moins habitué à la possession des choses, plus dépendant que l’adulte, il est moins tenté de se sécuriser par la trompeuse assurance que donnent l’avoir, le pouvoir ou le savoir. (…)

Cela ne veut pas dire que la pénitence sera plus facile à l’enfant qu’à nous.
Égoïste, possessif, il l’est déjà aussi, et le don lui est difficile, car donner une épingle est aussi éprouvant que céder un trésor. Mais c’est possible, et la grandeur de l’enfance est de pouvoir se joindre au cortège des grands pénitents qui ont aimé le Christ d’un amour préférentiel et exigeant.
(Père Michel Gitton, cité dans Anne de Guigné, enfance et Sainteté.
de Renée de Tryon-Montalembert Ed. Saint Paul. 1989)