15 – AVONS-NOUS LE SENS DU MYSTÈRE ? (formation)

Le « mystère » est une notion que nous rencontrons continuellement dans le cycle liturgique et dans l’enseignement de la foi. Il est donc utile de définir avec précision le sens de ce mot. Ainsi, autant pour nous-mêmes que pour ceux à qui nous aurons à en parler, nous pourrons aborder les mystères de notre foi sans inexactitude ni erreur. Avec les yeux de l’intelligence et les yeux de la foi !
— Plan :
– 1) Qu’est-ce qu’un mystère ?
– 2) Les mystères de la foi chrétienne
– 3) Comment aborder le mystère ?
– 4) Notre attitude devant le mystère.

1 – Qu’est-ce qu’un mystère ?

D’une manière générale, un mystère (du grec « musterion » qui signifie « chose secrète« , cachée) est une réalité, une vérité qui dépasse ce que nous sommes capables de comprendre.
En effet, toute intelligence créée est, par nature, limitée ; de ce fait, certaines vérités se situent au-dessus de notre compréhension, et donc restent pour nous difficilement explicables et parfois même inconnues.

Déjà, dans l’ordre naturel, on rencontre des mystères

Déjà, dans le domaine du monde matériel, sensible, la nature créée présente un côté mystérieux.

Qu’est-ce que la matière ? Qu’est-ce que la vie ? Comment le grain de blé produit-il un épi ? Comment l’âme est-elle unie au corps ?… Comment expliquer cette mystérieuse montée de la sève au printemps ? Etc.

L’homme, si savant soit-il, ne peut pas tout expliquer : l’essence des choses lui échappe. Bien des questions se dérobent à la recherche des savants. Et l’avancement de la science ne fait que reculer les limites de nos connaissances…

« Les mystères par lesquels Dieu régit l’univers et gouverne les créatures ont perdu de leur prix en raison de leur banalité. De sorte que personne n’admire plus les œuvres continuelles de Dieu, cette multiplication des pains, par exemple, qu’effectue chaque année la germination du blé.
C’est pourquoi, par esprit de miséricorde, Dieu se réserve de faire certaines choses en temps opportun, en dehors du cours de la nature et de ses lois coutumières.
En soi et de soi, ces faits surnaturels ne sont pas plus mystérieux que les faits naturels. Mais, en voyant ces phénomènes qui sont exceptionnels, l’homme admire enfin cette puissance divine qu’il ne remarquait plus dans les faits quotidiens. »
(saint Augustin)

A plus forte raison, dans l’ordre surnaturel

Si déjà le monde matériel, qui est « fini », limité, renferme tant d’obscurités pour notre intelligence, elle aussi limitée, ne soyons pas surpris de rencontrer le mystère dès qu’il s’agit de Dieu, qui est l’Être infini.
Ce que l’homme peut connaître de Dieu par sa seule raison, c’est son existence en tant que puissance créatrice. Mais au-delà, ce Dieu reste, pour nous, inconnu et inconnaissable :

Dieu a sa demeure dans une lumière inaccessible. (1 Tm 6, 16)

Par la raison naturelle, l’homme peut connaître Dieu avec certitude à partir de ses œuvres. Mais il existe un autre ordre de connaissance que l’homme ne peut nullement atteindre par ses propres forces, celui de la Révélation divine. (Concile Vatican I)

Le mystère, c’est ce qui est pour nous le « secret de Dieu »

Nous ne pouvons le connaître que si Lui-même nous le fait connaître, nous le révèle.

Il a plu à Dieu, dans sa sagesse et sa bonté, de se révéler Lui-même aux hommes et de faire connaître le mystère de sa volonté… pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie. (Constitution dogmatique sur la Révélation divine, Dei Verbum § 2, 1965)

Par une décision tout à fait libre, Dieu se révèle et se donne à l’homme. il le fait en révélant son mystère, son dessein bienveillant qu’Il a formé de toute éternité dans le Christ en faveur des hommes. Il révèle pleinement son dessein en envoyant son Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ, et l’Esprit-Saint. (CEC 50)

Un mystère, c’est donc une vérité qui dépasse notre raison, notre intelligence, que nous ne pouvons connaître sans une révélation divine, mais à laquelle nous donnons notre adhésion par la foi en raison de l’autorité et de la fidélité de Celui qui nous l’a révélé.

(Pour approfondir cette question du mystère, voir CEC 158-159)

Nous avons besoin de la Révélation de Dieu pour Le connaître

Révéler (du latin re-velare) = enlever le voile. C’est donc une chose cachée, un secret que l’on dévoile.

Dieu s’est d’abord révélé à un peuple choisi, le peuple hébreu, en se donnant à entendre à Abraham, à Moïse et aux prophètes.
Puis Il s’est révélé totalement en se donnant à voir dans la Personne de son Fils Jésus qui, par tout son être, ses paroles et ses actes, est l’image du Dieu invisible. Avec le Christ, la Révélation est achevée. Elle s’adresse alors à l’humanité entière.
C’est l’Église qui est chargée de la transmettre à toute l’humanité sous la direction de l’Esprit-Saint. Elle le fait à travers la Sainte Tradition et la Sainte Écriture.
(Agnès Savidan, Elyane Girouin – 200 mots pour dire la foi)

La compréhension des choses divines n’est pas du même ordre que les choses temporelles : ce n’est pas par le raisonnement ou des explications que nous pouvons « comprendre » Dieu.

Cependant, ce qui reste pour nous un mystère n’est pas contraire à la raison que Dieu nous a donnée, cela la dépasse. Dieu nous demande de le reconnaître et l’accepter en signe de dépendance et d’humilité.

2 – Les mystères de la foi chrétienne

Avant d’entamer notre sujet, évoquons rapidement, sans nous y attarder, la liste des grands mystères que, comme catholiques, nous devons croire.

Les trois principaux mystères de la foi chrétienne

Le mystère de la Sainte Trinité, Dieu unique en trois Personnes, le Père et le Fils et le Saint-Esprit

Le mystère de l’Incarnation,      Dieu le Fils se fait homme

Le mystère de la Rédemption,   Dieu le Fils donne sa vie pour nous sauver

Bien d’autres mystères encore…

– Le mystère eucharistique, d’abord : Jésus présent, avec son Corps, son Sang, son âme et sa Divinité, sous les espèces du pain et du vin

– Le mystère de l’Amour infiniment miséricordieux, ineffablement exprimé dans le Sacré-Cœur

– Les mystères propres aux sacrements qui donnent ou rendent inlassablement la vie divine aux pécheurs que nous sommes

– Et tant d’autres mystères que nous rencontrons encore à chaque page de l’Évangile…

En réalité, tout dans la vie de Jésus est mystère

Chaque événement de sa vie terrestre est en effet un mystère : il comporte bien sûr un aspect humain, visible, historique ; mais au-delà, nous le voyons bien dans le déroulement du temps liturgique, chacun de ces événements est porteur de grâces toujours actuelles, à toute époque et pour tout homme.

Que pouvons-nous comprendre de la profondeur de ces grâces que nous pouvons puiser dans chacun de ses mystères ? N’est-ce pas le secret de Dieu et de chaque âme ?

3 – Comment aborder le mystère ?

L’acte de foi

Ce qui nous est demandé, c’est donc un acte de foi en la Parole de Dieu.
Ces vérités qui nous font connaître Dieu nous dépassent, infiniment : nous les croyons simplement parce que c’est Lui qui nous les a révélées et qu’Il est « la Vérité même » (acte de foi).
C’est notre manière de témoigner à Dieu la totale confiance que nous devons Lui faire, et Lui rendre l’hommage de notre intelligence.

Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu. (He 11, 6)

C’est donc seulement dans la foi qu’on peut aborder un mystère, par une acceptation humble et silencieuse de ce qui nous dépasse, dans la contemplation, la prière, l’adoration.

Le mystère est à notre intelligence ce que le soleil est à nos yeux : si on veut le fixer en face, on est ébloui et on ne voit plus rien. De même, le mystère diffuse une lumière beaucoup trop vive pour notre intelligence : on ne peut la saisir. Il faut à l’homme l’intelligence surnaturelle, don du Saint Esprit, qui nous conduit à demander et à recevoir la foi.

L’étude et la prière

Mais aussi, parce que notre foi a besoin d’être nourrie, (« la foi cherche à comprendre » (saint Anselme)), nous avons le devoir d’approfondir notre connaissance de Dieu par l’étude et dans la prière.

Il ne s’agit pas alors d’une compréhension intellectuelle, mais d’une compréhension spirituelle qui sera d’autant plus vive que l’âme, dans la prière et l’oraison, se laisse davantage pénétrer par les rayons de la lumière divine. C’est un don de Dieu.

Toute grâce excellente, tout don parfait vient d’En-Haut et descend du Père des lumières, chez qui il n’y a pas de variation, ni d’ombre ni de changement. (Jc 1, 17)

A nous de nous ouvrir à cette grâce, à cette Vérité cachée, de nous laisser instruire, sachant que cette Vérité ne vient pas de nous, de notre propre fonds humain, mais qu’elle nous vient de Dieu.

4 – Notre attitude devant le mystère

Savons-nous admirer, nous émerveiller ?

Saint Augustin nous parlait, à l’instant, d’admirer : attitude nécessaire pour aller à Dieu, pour percevoir quelque chose de ses mystères. En ce sens, les enfants sont nos maîtres : n’ont-ils pas encore intacte cette merveilleuse faculté d’admirer ?

Admirer (du latin ad – mirari = regarder avec étonnement vers…) : s’émerveiller, contempler avec ravissement, nous dit le dictionnaire.

Dans l’admiration, on trouve un sentiment de joie et d’épanouissement devant ce qui nous paraît supérieurement beau, ou grand.

Savons-nous encore admirer ? Nous émerveiller, sortir de nous-mêmes devant ce qui nous dépasse ?

Et savons-nous développer cette faculté si précieuse en nos enfants ?

Devant la Crèche, par exemple, une seule attitude nous est demandée : comme les bergers, rester là, dans l’admiration, accepter le mystère, avec une âme simple, une âme d’enfant, une âme de pauvre.

Redevenir comme de petits enfants

Devant le mystère, quelle meilleure attitude avoir que de se faire « petit », sans chercher à tout « comprendre », mais croire, avec la simplicité d’un enfant.

Si vous ne vous changez pas pour devenir comme les petits enfants, vous n’aurez pas accès au Royaume des Cieux. Celui qui se fera humble comme ce petit enfant, celui-là est le plus grand dans le Royaume des Cieux. (Mt 18, 3.4)

Les enfants, nos enfants, nous sont donc proposés comme modèles. En quoi ?
L’enfant sait bien que son père connaît plus de choses que lui, mais loin de s’en dépiter, bien au contraire il en est fier : « mon papa sait tout » ; cela le rassure, il a confiance en l’autorité de celui qui lui affirme quelque chose que lui-même ne peut pas encore comprendre.
Dieu attend de nous la même attitude de simplicité et de confiance en Lui et dans la Révélation qu’Il nous fait de Lui-même : CROIRE en Sa Parole.

Apprendre à contempler

Entrer dans le mystère n’est donc pas affaire d’intelligence humaine, c’est un don de Dieu, qu’Il n’accorde qu’aux âmes simples, aux cœurs droits, aux humbles : aux « petits« . A ce niveau, ne nous croyons pas plus « intelligents » que nos jeunes enfants. Ne perdons jamais de vue cette phrase de Notre Seigneur :

Je Te rends grâces, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que Tu as caché ces choses aux sages et aux savants, et Tu les as révélées aux petits. (Mt 11, 25)

C’est par la contemplation, donc dans la prière, que nous aurons accès à cette réalité profonde, inexprimable : le MYSTÈRE, c’est-à-dire ce qui reste le « secret » de Dieu, inaccessible par nature à l’intelligence humaine en dehors de la Révélation.

La contemplation, c’est le « bain de soleil de l’âme » : on se met en présence de Dieu, et c’est Lui qui nous communique, à son gré (Dieu est maître de ses dons), Sa Lumière. Cette Lumière, soyons toujours prêts à la recevoir avec un grand désir, un grand respect, un grand amour.