13 – COMMENT FORMER NOS ENFANTS À L’ADORATION ? (formation)

Plan de ce document :
– 1ère partie : « Dieu seul est intéressant, digne d’attention »
– 2ème partie : former des âmes attentives à Dieu
– 3ème partie : quelques circonstances favorables à l’adoration.


Il n’est meilleure formation que celle de l’EXEMPLE.
Nous l’avons dit souvent : c’est en priant nous-mêmes que nous apprenons à nos tout-petits à prier.
Et la toute première des prières, n’est-ce pas l’adoration ?

Pour y former nos petits, nous disposons des merveilleuses capacités spirituelles de la première enfance, qui ne demandent qu’à éclore, mais elles ne le pourront que si nous nous occupons soigneusement de les développer.

Cela peut paraître exigeant dans un premier temps, cela nous demande d’abord de nous intéresser à Dieu avant toute autre chose : c’est-à-dire Le mettre « en premier » dans notre vie.

C’est le PREMIER commandement : « Tu adoreras Dieu seul et tu L’aimeras plus que tout »…

Mais c’est aussi l’application du SECOND commandement « qui lui est semblable », l’amour du prochain : comment mieux aimer nos enfants qu’en leur donnant ce qu’il y a de meilleur, c’est-à-dire leur communiquer l’amour de Dieu ?

« Dieu seul est intéressant, digne d’attention. »

(Dom Delatte, moine bénédictin)

Cet intérêt pour Dieu serait-il réservé aux moines, aux contemplatifs, aux « grands mystiques » ? Ce n’est pas l’avis d’Hélène LUBIENSKA de LENVAL, grande éducatrice dont toute l’œuvre a été précisément d’éveiller dans l’âme de ses élèves cet intérêt pour Dieu.
Les nombreux témoignages qu’elle donne dans ses livres pourront nous convaincre qu’à notre tour nous devons être pour nos enfants des « éveilleurs de Dieu » :

Nous avons la redoutable responsabilité d’avoir à les sortir du matérialisme ambiant.
Mais comme on ne supprime bien que ce que l’on remplace, remplissons l’âme de nos enfants de la Vie et de l’Amour de Dieu. Dieu a mis en eux tout ce qu’il fallait pour cela.

Mais, là aussi, comme pour leur donner la vie naturelle, Il a voulu que nous soyons ses « coopérateurs » : Il ne le fera pas sans nous.

Le but des citations qui suivent est de montrer cette merveilleuse capacité des enfants à percevoir le Divin, ce potentiel extraordinaire dont trop souvent nous ne tirons pas assez parti.

« Cet intérêt pour Dieu doit être tenu en éveil. Sans cesse il faut souffler sur l’étincelle échappée à la torche du Jésus-Christ.
Mais quand on s’y applique, comme on est merveilleusement récompensé !

Grégoire est chez le médecin. Interrogatoire habituel :
« Tu aimes travailler ? – Pas beaucoup. – Qu’est-ce que tu aimes en classe ?  »
Réflexion prolongée : « J’aime la danse et la religion, surtout la religion.  » (Grégoire a 6 ans, il danse merveilleusement et il en fait une prière)

Le médecin perd pied, mais Grégoire s’anime : « Oui, la religion, et surtout la Trinité. Parce que, vous voyez, la Trinité, plus on y pense, plus on peut y penser. On s’enfonce dedans. »

Le médecin a perdu pied complètement. – C’est bien, dit-il, va regarder par la fenêtre. »
(Hélène LUBIENSKA de LENVAL: La Trêve de Dieu)

Le médecin n’avait pas lu Élisabeth de la Trinité :

« J’aime tant ce mystère de la Sainte Trinité, c’est un abîme dans lequel je me perds ! …
Cet abîme intérieur où nous devons nous plonger et nous perdre, cet abîme d’amour que nous possédons en nous et dans lequel, si nous sommes fidèles à y rentrer, nous attend la béatitude. »
(Bse Élisabeth de la Trinité – Pensées I – Vous êtes la Maison de Dieu. Ed. du Cerf)

« Comme devant son piano Grégoire a tout l’air de se morfondre, son professeur lui demande : « Cela ne t’intéresse pas ? Dis-moi à quoi tu t’intéresses … »
Grégoire reste longtemps silencieux. Finalement sa réponse tombe, d’autant plus inattendue qu’il se trouve en milieu incroyant : « Je m’intéresse à Dieu« . (Hélène LUBIENSKA de LENVAL La Trêve de Dieu)

« Comprendre que Dieu seul est intéressant, digne d’attention… » dit Dom DELATTE.

Former des âmes attentives à Dieu

« Les enfants qui s’intéressent à Dieu seraient-ils des contemplatifs ?… Il n’y a pas d’utilité à poser la question si les enfants attentifs à Dieu sont des contemplatifs, mais il y a grand avantage à cultiver en eux la faculté d’attention.

L’attention à Dieu exige une inattention délibérée à tout ce qui n’est pas Dieu.
Cette inattention s’appelle « ascèse ». Le mot et l’effort qu’il désigne ont été délaissés en chrétienté en dehors de la vie cloîtrée. Il n’en était pas ainsi au début du Christianisme, quand la vie cloîtrée n’était pas encore constituée et que tout chrétien était ipso facto candidat au martyre. …

A côté de l’ascèse délibérément choisie, il y a celle que Dieu impose par des circonstances providentielles : pauvreté, isolement, infirmité, fatigue, ignorance, autant de limites à la curiosité naturelle ; autant de divines clôtures, si on les accepte en esprit de foi. On devient alors des cloîtrés de Dieu.

Les enfants sont cloîtrés par leur faiblesse, leur dépendance.

En les instruisant, il faut se garder de les dissiper, mais accroître en eux la faculté d’attention sur tous les plans :

sur le plan pratique par des mouvements conscients ;

sur le plan intellectuel par l’initiative personnelle ;

sur le plan spirituel par le silence intérieur.

Car seul le silence rend réceptif : Ephpheta ! L’homme inattentif n’offre aucune prise à Dieu.

Il est dit dans l’Apocalypse : Je me tiens à la porte et je frappe. Celui qui m’entend et qui m’ouvre, je souperai avec lui et lui avec moi. (Ap 3, 20)

L’inattentif n’ouvre pas ; il n’a pas entendu ; il était distrait.
Voilà pourquoi Salomon demandait une seule chose :  » Donne-moi un cœur attentif ». (1 R 3, 9)

L’éducateur doit, de chacun de ses élèves, faire une âme attentive à Dieu.
Et cette âme sera le levain qui fait la pâte. On ne se régale pas de levain, mais de pâte bien levée.
Au milieu de l’indifférence croissante, soigneusement cultivée dans la masse par la haine de quelques-uns, Dieu veut avoir des cœurs attentifs qui servent d’intercesseurs

Former des âmes attentives à Dieu n’est certes pas une tâche facile. Le monde est contre nous ; il organise la dissipation.
Où puiserons nous l’énergie et la clairvoyance nécessaires pour ne pas prendre peur devant les forces adverses ? Où donc, sinon dans les exemples que nous trouvons dans la Bible ?…
(Hélène LUBIENSKA de LENVAL: La Trêve de Dieu)

Les exemples que nous trouvons dans la Bible ? Nous pouvons en citer ici quelques-uns :

Abel (Gen 4, 4) – Abraham (Gn 17, 3) – Moïse (Ex 3, 2-7) – Samuel (1 S 3, 1-11) – Elie (1 R 19, 11-14) – Judith (Jd 16, 15-20) – Job (Jb 42, 2-3) – Judas Macchabée (1 Ma 3, 18-23). …

Mais là encore, le plus beau modèle à regarder et imiter, c’est toujours la Très Sainte Vierge.

Que pouvons-nous faire pour rendre nos enfants attentifs à Dieu ?

A partir du moment où Dieu voit nos efforts pour réellement le mettre en PREMIER dans notre vie, et dans l’éducation de nos enfants, Il nous donnera toutes les grâces dont nous aurons besoin pour mener à bien cette grande et belle tâche : faire de nos enfants des adorateurs.

Voici, en résumé, les principaux points sur lesquels nous appuyer pour cette éducation :

1 une prédisposition naturelle :

– confiant envers l’adulte,

– puissamment attiré par Dieu,

– étonnamment doué pour entrer de plain-pied dans les mystères de la foi.

2 – apprentissage du silence (voir le chapitre dédié à ce sujet dans le livre Pour que s’épanouisse la foi du tout-petit.

3 – « l’enfant comprend en bougeant » : importance des gestes, et de la formation à la maîtrise de soi.

4 – Pour « former des âmes attentives à Dieu », la prière est un élément fondamental : c’est le lieu de rencontre de l’âme avec Dieu.
Elle est avant tout un « HOMMAGE A DIEU », et cela demande de « détourner l’attention de soi pour la fixer sur Dieu » dit encore H. LUBIENSKA (L’éducation du sens liturgique).

5éducation du respect, sens du sacré :
on se tient bien pendant la prière, on apprend à se gêner pour Dieu :

– Rester à genoux pour la prière, ce n’est pas s’asseoir sur les talons…

– Dans une église, on ne court pas, on ne crie pas, on parle tout bas… on fait bien sa génuflexion.

– On ne dit pas « j’adore ce livre, ou ce gâteau … », on n’adore que Dieu, et on ne prononce son Nom qu’avec un grand respect.

Quelques circonstances favorables à l’adoration

Cette initiation à l’adoration peut commencer très tôt.

Le temps de la prière

Au cours de la prière du soir, en introduction indispensable à la prière, commençons par quelques instants de silence pour bien se mettre en présence de Dieu. Ces courts instants sont déjà, par eux-mêmes une prière d’adoration.

Si l’enfant a, dans sa chambre, son petit « coin-prière » personnel, encourageons-le à prendre ainsi de temps à autre un moment de silence, rien que pour Dieu : temps de recueillement et de prière personnelle, temps d’adoration silencieuse.

La visite au tabernacle

Par exemple, au cours d’une promenade, si l’on passe devant l’église, entrons faire une petite « visite à Jésus » : on va jusqu’au tabernacle, la maman fait une belle génuflexion. Quelques instants de silence… et on repart après avoir fait à nouveau un beau salut à Jésus ou un baiser qu’on Lui envoie avec sa main.
Renouvelée régulièrement, cette « visite à Jésus » permet une forte imprégnation spirituelle. Et c’est un excellent moyen de préparer pour plus tard une formation plus notionnelle sur la Présence Réelle.

Les enfants et l’adoration du Saint-Sacrement

Cette étape sera plus délicate à franchir : on n’a pas toujours la chance d’avoir à proximité une adoration du Saint-Sacrement dans sa paroisse.

Mais si l’occasion se présente, n’hésitez pas à y amener même vos petits de 3 ou 4 ans, au moins pour une dizaine de minutes : le mouvement des ENFANTS-ADORATEURS, commencé à la basilique de Montmartre il y a de longues années, a démontré l’immense capacité des petits à « absorber le divin », à se tenir immobile et en silence devant Jésus-Hostie.

Une autre circonstance extrêmement favorable pour former nos petits à l’adoration eucharistique, c’est la procession de la Fête-Dieu.

L’action de grâces après la communion

Il est toujours très délicat de guider son enfant à ce moment précieux entre tous, où il est si important de respecter l’intimité de ce cœur à cœur de l’enfant avec son Dieu.

Cependant, surtout au début de sa vie sacramentelle, bien souvent, l’enfant « ne sait pas quoi dire » … il est donc bon de l’aider pour ce temps d’action de grâces : le schéma classique A.R.D.O.R. lui sera alors d’un grand secours. Adorer – Remercier – Demander – Offrir – Résolution.

Apprenons-lui surtout qu’il s’agit moins de « parler« , de multiplier les paroles – ou même les pensées – que de rester attentif à Dieu, à l’écoute de ce que Lui veut me dire…

Et s’il est déjà familiarisé avec les temps de silence dans la prière ou dans l’adoration, il aura plus de facilité à rester attentif à cette présence de Jésus dans son cœur.