12 – FORMER LA CONSCIENCE D’UN ENFANT (formation)

La question de la formation morale dans son ensemble a déjà été étudiée dans plusieurs documents, notamment dans le document l’éducation morale de nos enfants.

Ici, elle est envisagée plus particulièrement sous l’angle de la conscience.

La première formation morale consiste à donner aux enfants le sens du bien et du mal, en suivant leur conscience, et en même temps leur apprendre à lutter contre leurs défauts.

Dans une première partie, nous définirons ce qu’est la conscience, verrons son impact dans notre vie et les obstacles qu’elle peut rencontrer.

Nous verrons ensuite que répondre à la question « comment former la conscience d’une enfant ? » est un élément fondamental dans l’éducation morale de nos enfants.


Qu’est-ce que la conscience ?

C’est une « voix intérieure », comme un radar, qui nous dit « c’est bien », « c’est mal », en référence aux règles établies par le Créateur pour l’homme. Ces règles, il ne nous appartient pas de les changer, mais simplement de nous y soumettre, sûrs que c’est pour notre bien que le Créateur les a établies :
– le bien nous fait agir selon la volonté de Dieu ;
– le mal nous en éloigne en nous faisant préférer notre petite volonté à nous.

Quel est son rôle dans notre vie ?

Elle guide notre comportement :
– en l’orientant vers le bien, le beau, le vrai, tout ce qui nous élève vers le haut.
– par une mise en garde qui nous fait détecter le mal, ces forces mauvaises qui nous tirent vers le bas, auxquelles elle nous invite à résister.

Seigneur, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi, car Tu es le Dieu qui me sauve. (Ps 24, 4-5)

La conscience est à la base de la vie morale : elle permet de se connaître soi-même et de porter des jugements sur ses propres actes. Ainsi, sachant ce qu’il faut faire ou éviter, on peut progresser dans le bien en luttant contre ses défauts.
La conscience a un rôle de conseil : elle informe de ce qui est bien ou mal, mais elle n’a pas le pouvoir de décision : choisir et décider sont des actes de la volonté.
Nous gardons donc la liberté de choisir : ainsi, nous sommes responsables de nos actes.

Voici que je mets devant toi vie et bonheur, mort et malheur.
Si tu écoutes les commandements de Yahvé ton Dieu (= le bien), tu vivras et te multiplieras.
Mais si ton cœur se dévoie, si tu n’écoutes pas et te laisses entrainer vers le mal… tu périras …
Je te propose aujourd’hui la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction.
Choisis donc la vie afin que tu vives… (Dt 30, 15-19)

Quelles réponses faisons-nous aux avertissements de la conscience

Écouter sa conscience – ou suivre sa conscience – c’est être attentif à cette voix intérieure et faire ce que Dieu attend de nous. Si nous l’écoutons, notre cœur sera en paix. D’où les expressions « avoir bonne conscience » ou « la conscience tranquille ».
Mais si nous étouffons cette voix pour n’en faire qu’à notre tête et commettre une mauvaise action (mensonge, médisance, vol, désobéissance, colère, etc.), nous serons agités, mécontents : on regrette ce qu’on a fait, on a « mauvaise conscience ».
Et plus le mal commis est grave, plus nous serons tourmentés par le remords, cette morsure de la conscience, ce sentiment douloureux, accompagné de honte, d’avoir mal agi. Morsure utile pour nous pousser à changer.
Un constat s’impose : selon que l’on écoute la voix de sa conscience ou qu’on l’étouffe, le contraste est grand dans les conséquences, les retombées dans notre vie.

Comme si nous étions sollicités dans des sens opposés ?

Exactement. Nous sommes continuellement en état d’option : dire oui ou non à Dieu. Combien de fois ne nous sentons-nous pas tiraillés entre les deux ? Saint Paul l’exprime très bien :

Le bien que je veux, je ne le fais pas, et le mal que je ne veux pas, je le commets. (…)
L’homme intérieur en moi prend plaisir à la loi de Dieu,
mais je vois dans mes membres une autre loi qui lutte contre la loi de ma raison
et me tient prisonnier sous la loi du péché qui est dans mes membres. (Rm 7, 19-22)

D’où vient cette opposition ?

Depuis le péché originel, tout homme porte en lui une attirance vers le mal, cette loi du péché qui nous tient prisonniers, dit St Paul, et accentuée par nos propres péchés, Pour nous libérer de cette emprise malfaisante, il faudra toute la vie lutter contre cette attirance du mal.
Cette lutte intérieure est due encore aux attaques d’un adversaire : le démon, qui, dit St Pierre, rôde autour de nous comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer (1 P 5, 8-9).
À nous d’apprendre à lui résister.

Qui est le démon ?

Un ange, créé bon par Dieu mais qui, s’étant révolté contre Lui, est devenu l’esprit du mal, tout en gardant ses prérogatives d’ange, par lesquelles il nous est supérieur.
Ce qu’il veut, c’est nous séparer de Dieu : pour cela, il nous entraîne au mal, nous pousse au péché.
Mais il ne peut agir que sur les sens ou l’imagination, pas sur notre volonté : nous restons donc libres de ne pas répondre à ses suggestions, qui sont des tentations. Il ne peut pas nous obliger à faire le mal. Mais il nous faut lutter et résister.

Comment lui résister et triompher dans cette lutte ?

Pour lutter contre un adversaire plus fort que nous, pas d’autre solution que de nous appuyer sur un plus fort que lui. Seul le Christ peut nous aider : « Toi seul, Seigneur, m’as affermi dans l’espérance (Ps 4, 10).
Notre conscience nous éclaire sur le sens du bien et du mal mais, à elle seule, elle ne nous donne pas la force de résister à tout ce qui nous attire vers le mal. Pour soutenir notre effort personnel, il nous faut le secours de la grâce divine.
Le seul moyen de résister au démon, ce sont la prière et les sacrements (confession, eucharistie) qui nous fortifient et nous gardent dans la fidélité à Dieu. Appuyons-nous avec confiance sur le conseil de St Paul : Dieu est fidèle : Il ne permettra pas que nous soyons tentés au-dessus de nos forces. (1 Co 10, 13)

Comment former la conscience d’un enfant ?

La formation de la conscience d’un enfant est-elle vraiment nécessaire ?

Si ces notions du « bien » et du « mal » sont déjà inscrites au fond du cœur humain, la conscience a-t-elle vraiment besoin d’être formée ? – Oui :
 « Tout homme, tout enfant, même très jeune, porte en lui une inclination au mal qui lui vient du péché originel et qui a tendance à se développer dans la mesure où il cède aux tentations et donne libre cours à ses convoitises (…) Ces mauvaises tendances se manifestent de bonne heure dans le comportement de l’enfant. Et si elles ne sont pas contrecarrées par l’éducation et par le sens moral, elles se développent, elles envahissent tout le psychisme pour culminer au moment de l’adolescence. »  (Père GILLET – « La formation religieuse aux différents âges de l’enfance et de l’adolescence » – TÉQUI)

À quel âge la commencer ? – Le plus tôt possible.

L’éducation de la conscience est une tâche de toute la vie. Dès les premières années, elle éveille l’enfant à la connaissance et à la pratique de la loi intérieure reconnue par la conscience morale. (…)
Elle garantit la liberté et engendre la paix du cœur. (Catéchisme de l’Église Catholique – CEC 1784)

De leur côté, les psychologues affirment : « Avant 6 ans, les jeux sont faits ».
Autrement dit : cette formation de la conscience doit commencer dès le plus jeune âge.
Tant que l’enfant est encore tout petit, dans toute la pureté de la grâce baptismale, il est très réceptif au mystère divin. Mais il sera nécessaire d’entretenir et de développer en lui cette Vie de Dieu reçue au baptême, avant qu’il ne soit déformé par le péché et les mauvaises habitudes.
C’est donc dès la petite enfance qu’il convient de le former au sens du bien et du mal : qu’il sache bien, dès sa petite enfance, que Dieu l’invite au bien, que le démon le pousse au mal. Première notion de la lutte qu’il aura à mener toute sa vie.

Quelles étapes suivre ?

Avec un tout-petit, dont la raison n’est pas encore éveillée, on ne peut expliquer pourquoi ceci est bien, pourquoi cela est mal. Mais on prépare le terrain en lui donnant de bonnes habitudes, par la répétition automatique des gestes ou des comportements souhaités (politesse, obéissance, charité, etc.)
Simultanément, on suivra la progression correspondant à son âge :
1) avant 3 ans : « oui », « non » (dès 8 ou 10 mois) Par exemple : « Non, pas toucher ! »
2) à partir de 3 ans : “c’est permis, c’est défendu…”. “Il faut… il ne faut pas…”
3) 5 – 6 ans : “c’est bien, c’est mal”.
4) vers 6 – 7 ans : au fur et à mesure que l’intelligence s’ouvre et que la raison s’éveille, il devient possible de faire comprendre les raisons pour lesquelles telle chose est bien, telle autre mal.

La formation de la conscience est donc un élément fondamental dans l’éducation d’un enfant. Il s’agit de lui donner le sens du bien et du mal et d’y conformer sa vie. La toute première formation morale est donc à commencer dès les premières années, en suivant les étapes de son développement, mais sans attendre l’éveil de la raison (6-7 ans).

Faire le bien, éviter le mal

A quoi servirait à l’enfant de savoir ce qui « bien » ou « mal », s’il ne met pas ces principes en application dans sa vie quotidienne ?
Pour former vraiment sa conscience, on lui apprendra à vivre en conformité avec cette règle : faire le bien, éviter le mal. Ce serait une grande erreur de lui laisser croire qu’on peut faire tout ce qu’on veut.
Pour cela, il est conseillé de faire chaque soir, dès 3 ans, une révision de la journée.

Premier jalon : une simple révision de sa journée

Ce tout premier éveil de la conscience morale sera facilité lorsque, à la prière du soir, on prend l’habitude, dès 3 ou 4 ans, de revoir toute sa journée sous le regard de Dieu. Le rôle des parents est de faire discrètement, délicatement, un rappel, autant des bonnes actions, pour en remercier le Bon Dieu, que des mauvaises, pour en demander pardon. Attention : rechercher des actes « concrets », réels, (exemples) sans se contenter d’une vague prise de conscience d’un défaut du caractère.
Des petits de 3 ans 1/2 ont parfois une conscience tout à fait claire d’avoir été méchants dans telle ou telle circonstance bien précise de la journée… ou, au contraire, de n’avoir rien fait de mal ce jour-là

Puis, l’examen de conscience

Au fur et à mesure que la conscience de l’enfant s’éveille, cette révision de la journée devient un examen de conscience. Au début, le rôle de la maman sera de l’aider, le guider délicatement dans la recherche  de ce qu’il a fait de mal : par exemple, lire une liste des péchés (exemples) (si l’enfant ne sait pas encore lire), mais laisser l’enfant se dire tout bas, à l’intérieur de lui-même : « oui, j’ai fait ceci, non, je n’ai pas fait cela ».
Cet examen se fera tous les soirs, et sera plus détaillé pour préparer sa confession.
Il faudra préciser la différence entre « tentation » et « consentement » à la tentation : tant que c’est une simple idée qui me passe par la tête, mais que je chasse sans m’y arrêter, il n’y a pas de péché. La faute commence au moment où je commence à m’intéresser à cette idée, où elle me fait envie, où j’y « consens » plus ou moins. Le degré de gravité dépend de ce « plus ou moins ».

Le sens du péché

Dès qu’il commence à avoir la notion du bien et du mal et à en vivre, l’enfant peut comprendre ce qu’est le péché : faire quelque chose de mal, que Dieu défend, préférer le mal au bien, ma petite volonté à la sienne. C’est refuser de L’aimer et de Lui faire confiance, Lui, notre Père du ciel si bon qui nous a tout donné, qui nous aime et veut notre bien.
Chaque péché nous éloigne de Dieu. C’est une offense à Dieu, qui demande à être réparée, ce qu’on fait en demandant pardon.
L’examen de conscience, chaque soir, permet justement de demander à Dieu pardon pour les fautes de la journée, sachant qu’il pardonne toujours dès qu’on revient à Lui. Cela développera en l’enfant la confiance en Dieu, la sensibilité morale et la délicatesse du cœur, et suscitera en lui le désir d’aller se confesser (voir Pénitence : attitude d’âme et sacrement)

Fonder ce sens moral sur de bonnes bases

Donner à l’enfant un réel sens moral, vrai et profond, former chez lui une conscience droite, cela fait partie de notre rôle d’éducateurs. Que ce sens moral soit établi sur des bases saines, objectives, solides ! C’est ce qui permettra à l’adolescent de résister à l’envie de « tout envoyer balader ».
Pour cela, la période, en gros, de 3 à 6 ans est décisive.

Par exemple, il importe de bien faire, dès 4 ou 5 ans, la distinction entre “péché” et “bêtise” : ce qui a été fait mal volontairement, “exprès”, par méchanceté, ou ce qui est dû simplement à une maladresse.

Ainsi, il est plus grave de casser un verre à moutarde en le jetant par terre par colère, que de casser un joli vase en cristal par maladresse, alors qu’on a voulu rendre service ou faire plaisir à maman…

En résumé

La toute première formation morale consiste à donner aux enfants le sens du bien et du mal en suivant leur conscience, et en même temps leur apprendre à lutter contre leurs défauts.

Cette formation doit commencer dès les premières années : avant 6 ans, la simple affirmation « c’est bien, c’est mal » suffit pour que l’enfant y adhère… à condition, bien sûr, d’être étayée par l’exemple des parents et éducateurs.

A ceux qui pensent préférable d’attendre l’âge de raison, on objectera que les racines du mal auront alors eu tout le temps de “s’installer” dans le cœur de l’enfant, de se développer et de le durcir. Et alors, le cœur obscurci, endurci, il ne pourra plus du tout comprendre pourquoi telle chose est bien ou mal.

Pire encore, la volonté de lutter, pas exercée, sera affaiblie par de mauvaises habitudes : il n’aura plus la force, ni le désir, de lutter contre le mal.

Il est donc de la plus haute importance de former nos petits dès les premières années à ce combat contre leurs mauvaises tendances qu’ils auront à mener toute leur vie pour vivre selon le vouloir de Dieu et sous son regard.