11 – L’ÉDUCATION MORALE DE NOS ENFANTS (formation)

Document de synthèse sur ce vaste et important sujet.
À ce document se rattache plusieurs documents spécifiques indiqués au fur et à mesure.


Dans l’éducation que nous avons à donner à nos enfants, nous avons à prendre en compte tous les éléments de la personne humaine, corps et esprit.

Nous assurons tout aussi bien le développement de leur corps, par exemple par le sport, que la formation de l’intelligence, la formation artistique ou celle du cœur.

L’éducation comporte donc différents aspects, distincts les uns des autres mais complémentaires.

Voir La famille, pour diffuser la vie 3ème partie : « sous la responsabilité et l’autorité des parents ».

Parmi ces différents aspects, la formation morale tient une place importante : il s’agit non seulement de donner à nos enfants le sens du bien et du mal – c’est la formation de la conscience – mais surtout de leur apprendre à vivre selon les règles de la loi morale.

Ces règles sont destinées à tous les hommes, quels qu’ils soient : cela tient à notre nature humaine.

Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir.
Cette voix qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment opportun, résonne dans l’intimité de son cœur : « Fais ceci, évite cela ».
C’est une loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme. (CEC 1776 cit. GS 16)

Notre conscience nous éclaire bien sur le sens du bien et du mal, mais elle ne donne pas la force de résister à tout ce qui nous peut nous attirer vers le mal. C’est là que les chrétiens sont puissamment aidés par le secours de la grâce divine, communiquée par les sacrements.
L’éducation morale est ce qui nous permet d’apprendre à nos enfants la bonne manière d’agir et de se comporter dans toute leur vie. Pour autant, cette formation n’est pas un but en soi, un absolu : c’est un moyen, important et même indispensable, mais relatif au but essentiel de l’éducation qui est de conduire nos enfants à Dieu, dans la vie éternelle : « nous venons de l’Amour et nous allons à l’Amour ».

C’est en formant la conscience de nos enfants et en leur apprenant à en vivre – faire le bien, éviter le mal – que nous leur donnons les moyens de parvenir à leur vie éternelle. C’est de notre responsabilité de parents de leur montrer le bon chemin et d’écarter d’eux les obstacles qui les en éloigneraient.

Que cette perspective nous aide donc à éviter en ce domaine tout ce qui pourrait tendre à l’arbitraire, à l’artificiel, au « conventionnel » : ce qu’on peut appeler le moralisme.
Si nous gardons bien à l’esprit que le véritable but de notre vie est le Ciel, nous saurons orienter cette éducation morale de telle manière qu’elle reste toujours inspirée par la foi, l’espérance et la charité.


Plan d’ensemble

Cette formation morale comprend essentiellement trois points :

1 – la formation de la conscience : c’est BIEN, c’est MAL.
2 – une pratique, dans la vie de tous les jours : l’application des Commandements
3 – le sens du sacrifice.

Ces trois points sont traités dans ce document, que nous terminerons par

4  – le rôle des parents :
premiers responsables de l’éducation de leurs enfants, c’est à eux que revient la tâche de les former sur tous les plans : l’agir moral en est l’un des plus important.

Mais l’éducation morale est un si vaste sujet qu’il nous amène à aborder de nombreuses questions. Pour ne pas trop alourdir notre étude, elles sont traitées en documents séparés :

La toute première formation morale (de 0 à 6 ans)
L’éducation de la liberté
L’obéissance
Punitions ou récompenses dans l’éducation
La formation de la volonté
Les commandements présentés aux enfants

La formation de la conscience : c’est BIEN, c’est MAL

Le sens du bien et du mal

Le bien et le mal sont des données objectives, établies par le Créateur. Ce n’est pas nous qui pouvons décider que telle pensée, parole ou action est bien, telle autre mal.
Il ne nous appartient pas de les changer. Nous avons simplement à recevoir ces règles et à nous y soumettre, certains que c’est pour notre bien que le Créateur les a établies.

Déjà inscrites au fond de la conscience humaine, ces règles sont explicitées dans le Décalogue, et destinées à tous les humains.

Dieu a écrit sur les tables de la Loi ce que les hommes ne lisaient pas dans leurs cœurs.
(saint Augustin)

Ces règles, Dieu les a inscrites au fond de notre conscience

Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir.
Cette voix qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment opportun, résonne dans l’intimité de son cœur : « Fais ceci, évite cela ».
C’est une loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme.
La conscience est le centre le plus intime et le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre. (CEC 1776 cit. GS 16)

Donner à nos enfants ce sens du bien et du mal
et leur apprendre à en vivre…

En tant que parents, nous avons la grave responsabilité non seulement de transmettre à nos enfants cette connaissance du bien et du mal, mais surtout de leur apprendre à en vivre, à y conformer toute leur vie. C’est la formation de leur conscience.

La conscience morale est un jugement de la raison par lequel la personne humaine reconnaît qu’un acte est bon ou mauvais.
(cf. CEC 1778)

En tout ce qu’il dit et fait, l’homme est tenu de suivre fidèlement ce qu’il sait être juste et droit. C’est par le jugement de sa conscience que l’homme perçoit et reconnaît les prescriptions de la loi divine. (CEC 1778)

Cette formation de la conscience doit commencer dès de début de la vie :

L’éducation de la conscience est une tâche de toute la vie.
Dès les premières années, elle éveille l’enfant à la connaissance et à la pratique de la loi intérieure reconnue par la conscience morale. (CEC 1784)

…en tenant compte des tendances au mal qui nous viennent du péché originel

“Ignorer que l’homme a une nature blessée, inclinée au mal, donne lieu à de graves erreurs dans le domaine de l’éducation…”
(CEC 407).

Ces mauvaises tendances sont le triste lot de toute l’humanité depuis le péché originel…

« Tout homme, tout enfant, même très jeune, porte en lui une inclination au mal qui lui vient du péché originel et qui a tendance à se développer dans la mesure où il cède aux tentations et donne libre cours à ses convoitises : on ne pèche pas impunément. Le laisser-aller moral avive les passions et affaiblit la volonté.(…)
Que les parents en soient bien persuadés, leurs enfants ne sont pas des anges ; ils doivent les aguerrir par le sacrifice, dans la lutte contre les mauvais instincts, veiller sur leurs lectures, leurs distractions et leurs fréquentations.(…)
Ces mauvaises tendances appartiennent à un fond ancestral de l’humanité.
Elles se manifestent de bonne heure dans le comportement de l’enfant. Et si elles ne sont pas contrecarrées par l’éducation et par le sens moral, elles se développent, elles envahissent tout le psychisme pour culminer au moment de l’adolescence. »

(Père GILLET « La formation religieuse aux différents âges de l’enfance et de l’adolescence » TEQUI)

Il ne suffira donc pas de définir pour nos enfants les règles du bien et du mal, telles qu’elles sont définies dans les Commandements. Il faut surtout, pour leur apprendre à en vivre, corriger continuellement cette inclination au mal : « contrecarrer par l’éducation et par le sens moral ces mauvaises tendances qui se manifestent de bonne heure dans le comportement de l’enfant », dit le P. Gillet.

Nous avons le devoir de reprendre nos enfants lorsque c’est nécessaire pour “corriger”, “re-dresser” (au sens noble du mot : remettre droit) ce qui a besoin de l’être. Ce qui nous amènera dans certains cas à sévir ou, dans d’autres cas, à encourager :
c’est ici toute la question des punitions et récompenses.

La formation d’un jugement sain chez nos enfants

Cette formation du jugement – savoir ce qui est bien, ce qui est mal – va se faire :
d’abord à travers les mille petits détails de la vie quotidienne (surtout les toutes premières années), mais aussi par un enseignement approprié, par la prière et par l’exemple que nous donnons à nos enfants.

La conscience morale droite et véridique se forme par l’éducation, l’intégration de la Parole de Dieu et de l’enseignement de l’Église.
Elle est soutenue par les dons du Saint-Esprit, et aidée par les conseils de personnes sages.
En outre, la prière et l’examen de conscience contribuent beaucoup à la formation morale.
(CEC Abrégé 374)

Il ne suffit pas d’apprendre à nos enfants ce qui est bien, ce qui est mal, il faut aussi leur faire prendre conscience qu’une chose n’est en elle-même ni bonne ni mauvaise, mais que tout dépend de l’usage que l’on en fait.

Ainsi, un crayon feutre n’est en soi ni bon ni mauvais : si je m’en sers pour dessiner, c’est bon. Mais si je m’amuse à crayonner le mur, c’est très mal !

De même, l’usage d’Internet où l’on peut trouver du meilleur (comme une documentation pour un travail scolaire) comme du pire…

Nos enfants doivent donc apprendre à se servir des choses pour le bien, et pas dans le cas contraire. Ce qui est en jeu, ici, c’est non seulement la formation du jugement, mais aussi celle de la volonté : apprendre à résister à certaines tentations.

Cette formation du jugement est de la plus grande importance : elle prépare nos adolescents ou grands enfants à la rencontre d’un monde extérieur, qui est bien loin d’être conforme aux valeurs que nous voulons transmettre à nos enfants : certains livres, films, affiches publicitaires, modes, T.V. …et plus généralement tout ce qui tend à la culture de mort. Saint Paul disait déjà : « Ne vous conformez pas au monde présent. » (Rm 12, 2). Que dirait-il maintenant ?

Nous devons apprendre à nos enfants à vivre dans le monde sans être du monde (cf. Jn 17, 14-16).
Ce n’est pas toujours facile, il faut bien le reconnaître, mais c’est possible, avec la grâce de Dieu qui ne manque jamais à ceux qui lui sont fidèles, et en établissant cette formation du jugement sur de bonnes bases : la vérité, la droiture, la probité.
Voir à ce sujet : Ouvrir ou fermer la porte ?

Dans cette formation le jugement de nos enfants, une précision s’impose : il est important de leur apprendre à apprécier la qualité morale d’un acte, mais ils doivent aussi apprendre qu’on ne doit pas porter de jugement sur les personnes que nous pouvons voir commettre tel ou tel acte répréhensible. Même si les apparences sont là, nous ne sommes pas à leur place et nous ne savons pas ce que, dans leur cas, nous aurions fait.

Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ;
ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés… (Lc 6, 37)

Ce que nous avons à faire par rapport à ces personnes, c’est de prier à leur intention.

Nous aurons parfois à répondre aux questions de nos enfants, et c’est parfois délicat : là, il ne faut pas biaiser ! Si nous sommes embarrassés, prenons le temps de la réflexion avant de répondre : l’enfant l’admettra très bien.

Ce qui compte surtout, c’est de garder une attitude positive : nous aurons soin de leur proposer des exemples constructifs, à travers tel mouvement de jeunes, de solides amitiés, des lectures, des vies de saints, de beaux films, des récits historiques, de belles histoires :
« Exempla trahunt« , dit un proverbe latin, « l’exemple nous tire en avant ! » Oui, et autant les bons exemples que les mauvais.
A nous de proposer à nos enfants de bons exemples … à commencer par les nôtres !

 

L’application des Commandements dans la vie de tous les jours

Les commandements sont comme le « mode d’emploi de la nature humaine » : si l’on veut éviter les dysfonctionnements, il est recommandé de bien suivre les instructions du constructeur ! (ce qu’on fait sans hésiter lorsqu’il s’agit d’une nouvelle machine à laver !)

Certains objecteront peut-être que « les commandements, c’est négatif ! » …
Oui, pour certains : les six derniers nous sont donnés sous une forme négative : “Tu ne tueras pas, tu ne mentiras pas, tu ne voleras pas…”. Ce « négatif » rebute toujours…la moins bonne partie de nous-mêmes.
Mais si l’on y regarde d’un peu plus près, reconnaissons que ces interdictions sont à comprendre dans le même sens qu’une étiquette « NE PAS AVALER » sur une bouteille de poison ! C’est pour notre bien !

Sans attendre que les enfants soient en âge de recevoir et de comprendre un enseignement sur ce sujet, le tout premier apprentissage sera la mise en pratique de l’ensemble des prescriptions divines :

Comment faire vivre les Commandements aux enfants ? (très résumé)

I L’adoration Pour ces trois premiers commandements, le meilleur enseignement est l’exemple de ce qui est vécu en famille
II Le respect du Nom du Seigneur
III La sanctification du dimanche
IV Vis-à-vis des parents… Respect et obéissance
V Tu ne tueras pas  Maîtrise  de la colère, des mots méchants.
Respect de la vie des plantes, des insectes, des animaux…
VI La pureté  Éducation de la pureté
VII Tu ne voleras pas Rendre ce que l’on a pris aux autres 
VIII Tu ne mentiras pas Toujours dire la vérité. Mais aussi ne jamais dire du mal des autres (médisance ou, pire, calomnie) 
IX-X Maîtriser les mauvais désirs Contrôle, maîtrise de soi 

Si ces bonnes habitudes sont prises de bonne heure, elles seront ancrées dans l’âme et dureront toute la vie.

Instruis l’enfant de la voie à suivre : devenu vieux, il ne s’en détournera pas. (Pr 22, 6)

Et dans la mesure où les enfants auront vraiment « intégré » ces habitudes dans leur vie quotidienne, ils comprendront d’autant mieux, l’ayant vécu de l’intérieur, l’enseignement des commandements qu’ils recevront par la suite.

Cette pratique des commandements dans la vie quotidienne est toujours un apprentissage de la maîtrise de soi :

L’éducation des vertus requiert l’apprentissage de l’abnégation, d’un sain jugement, de la maîtrise de soi, conditions de toute liberté véritable.
Les parents enseigneront aux enfants à subordonner les dimensions physiques et instinctives aux dimensions intérieures et spirituelles.
C’est une grave responsabilité pour les parents de donner de bons exemples à leurs enfants.
(CEC 2223)

Voir les commandements présentés aux enfants

Le sens du sacrifice

Formation de la conscience, mise en pratique des Commandements… ces fondements de la formation morale resteraient insuffisants sans une éducation au renoncement et au sacrifice.
C’est tout l’apprentissage de l’effort, de la patience, de la maîtrise de soi.

Dans quelle vie humaine ne rencontre-t-on pas des contraintes, des contrariétés, des difficultés inévitables… ou encore un mal de tête ou de dents, un coup de fièvre, qui nous oblige à modifier nos projets ? Ce n’est pas spontanément que l’on parvient à accepter ces contretemps avec douceur et résignation, sans s’énerver, se dépiter ou se mettre en colère.

Le sens du sacrifice se forme aussi, en famille, avec les frictions de caractères : ce ne sont pas les occasions qui manquent !

Seul un grand esprit de sacrifice permet de sauvegarder et de perfectionner la communion familiale. Elle exige en effet une ouverture généreuse et prompte de tous et de chacun à la compréhension, à la tolérance, au pardon, à la réconciliation…
(Jean-Paul II Familiaris Consortio § 21)

C’est à nous d’apprendre à nos enfants, même tout jeunes, à accepter avec patience tous ces contretemps ou tensions de tous genres, comme un signe de la volonté de Dieu, et les offrir au Seigneur, puisque rien ne se passe dans notre vie sans sa permission.

Ce thème du sacrifice est développé en détail dans plusieurs documents du site.

Mais à quel âge peut-on commencer cet « apprentissage » ? On peut commencer très tôt : dès 4 ans. C’est, en effet, l’âge d’une disposition naturelle à faire plaisir aux autres.
Mais, comme toute disposition naturelle, cette générosité ne se développera et s’épanouira que si elle est soutenue, fortifiée et même canalisée par l’éducation.

Le sens du sacrifice, c’est aussi l’éducation de la charité : aimer, c’est faire plaisir à Dieu et faire plaisir aux autres. Et, pour faire plaisir aux autres, il faut quelquefois accepter de se gêner pour eux.
Or, il n’y a pas de véritable charité sans sacrifice : c’est à cet âge que cela commence à s’apprendre.

Nous apprendrons à l’enfant à prendre Jésus pour modèle, que sans Lui il ne peut rien faire de bien. En contemplant l’obéissance de Jésus, celle de son enfance jusqu’à celle de la Croix, il apprendra à obéir « pour faire comme Jésus » et par amour pour Lui : c’est le sacrifice de sa volonté propre.

C’est ainsi que l’on fera passer l’enfant d’une disposition naturelle à une qualité véritablement « surnaturelle ».

Mais la pratique du sacrifice, surtout au début, ne s’acquiert pas sans efforts.
Nous ne développerons pas ce sujet ici, il est traité en détail dans trois documents sur le sens de l’effort :

1… donner aux enfants le sens de l’effort : les principes fondateurs
2… donner aux enfants le sens de l’effort : l’expérience et les conseils d’un prêtre éducateur
3… donner aux enfants le sens de l’effort : mise en pratique

Le sens de l’effort

Nous tirons ici un court passage du second document :

La recherche du plaisir et de la jouissance comporte un aspect inévitable, c’est la perte du sens de l’effort, quand ce n’est pas une éducation sans efforts qui amène à cette recherche. (…)
Si les parents veulent que leurs enfants ne succombent pas aux tentations et soient armés pour le combat de la vie, il faut qu’ils soient familiarisés avec l’effort, disons le mot : il faut qu’ils aient été initiés à la discipline du sacrifice.
La perspective d’avoir à demander à nos enfants des choses coûteuses ne doit pas nous déconcerter. Les adolescents et plus encore les enfants comprennent souvent mieux que les adultes la nécessité de se maîtriser, surtout si on les encourage en leur présentant les motivations voulues.

(Père GILLET « La formation religieuse aux différents âges de l’enfance et de l’adolescence » TÉQUI)

Rôle des parents :
exemple, autorité, amour et confiance, fermeté

Indispensable exemple

Ce point est primordial : pour être efficace, notre autorité a toujours besoin d’être accompagnée de notre exemple. Sinon, comment être crédibles…?

Comment les enfants, naturellement prompts à imiter, pourraient-ils apprendre à obéir s’ils voient en toute occasion leur mère discuter les ordres de leur père ? s’ils n’entendent dans la maison que critiques irrespectueuses de toute autorité ?
Le bon exemple est le plus précieux patrimoine que vous puissiez léguer à vos enfants.
(Pie XII – allocution à de jeunes époux. 24 09 1941)

L’enfant prendra d’autant plus facilement l’habitude du bien, de la loyauté, du courage, qu’il aura devant lui l’exemple de ses parents. Inversement, s’il voit son père ou sa mère mentir, ne serait-ce qu’une fois, comment lui apprendront-t-ils à dire la vérité ?

Juste autorité

L’autorité est un droit et un devoir que nous tenons de Dieu auprès de nos enfants pour les conduire vers Lui. Loin d’être un pouvoir arbitraire, l’exercice de notre autorité est pour nous un devoir à envisager comme un service en vue du bien de la personne commandée :

Que les parents exercent sans faiblesse leur autorité comme un véritable « ministère », ou plutôt comme un service ordonné au bien humain et chrétien des enfants, et plus particulièrement à leur faire acquérir une liberté vraiment responsable.
(Jean-Paul II Familiaris consortio § 21)

Que l’enfant ait “envie” ou “pas envie” de faire ce qu’on lui demande ne change rien à la question, c’est à nous de savoir nous faire obéir : obtenir ce que nous avons demandé.

Dans certains cas, il faudra savoir dire “non”, parce que le vrai bien de l’enfant, c’est d’aller au-delà du plaisir immédiat. (Par exemple, refuser une tartine de confiture juste avant le dîner. Ou, pour un plus grand, refuser une sortie le soir, en semaine…).

Savoir dire “non » ne veut pas dire qu’on ne soit pas à l’écoute de l’enfant, c’est voir à long terme ce que nous voulons que cet enfant soit plus tard comme adulte.
Cette autorité doit toujours rester objective, indépendante de toute préférence personnelle, de nos fatigues ou énervements…

Elle ne contrevient pas à la liberté de l’enfant, elle l’aide au contraire à acquérir la véritable liberté.
Elle est auprès de lui comme un guide : la juste autorité est celle qui, avec le minimum de contraintes, engendre le maximum de libertés. Plus on est conscient et raisonnable, en acceptant les contraintes, plus on se sent libre.

Amour et confiance

L’autorité est juste quand elle recherche le vrai bien de l’enfant. Pour autant, elle ne doit pas être pesante, encore moins arbitraire, ou s’exprimer avec dureté ou sécheresse de cœur !

Elle sera d’autant plus réelle et efficace qu’elle sera inspirée par beaucoup d’amour, du respect, dans le calme et dans un vrai climat de confiance : l’enfant sait bien, alors, que c’est pour son bien que telle chose lui est commandée ou, au contraire, défendue.

Calme et fermeté

Savoir se faire obéir ne veut pas dire “crier”. Bien au contraire ! La bonne autorité est calme.
Calme, mais ferme : “ce qui est dit est dit, on ne revient pas dessus”. Plus l’autorité sera ferme et calme, plus elle sera efficace.
Et attention aux démissions de l’autorité :

Quoi de plus désolant qu’une maman qui refuse – avec raison – quelque chose à son enfant, une fois, deux fois, trois fois…Mais l’enfant enfant revient toujours à la charge et à la dixième fois, la maman capitule pour avoir la paix. Le seul fait que cet enfant insiste tant montre qu’il sait bien qu’il aura sa mère à l’usure.

Bien sûr, il faudra bien parfois – et même souvent ! – hausser le ton pour se faire obéir… Mais que cela se fasse sans colère, sans nous faire perdre notre calme intérieur…
Les enfants ont besoin de sentir en nous cette stabilité : là est leur sécurité.

En conclusion…

Le Père GILLET, toujours dans son livre rempli de conseils judicieux, met en garde les parents contre deux tendances excessives et néfastes, et indique le juste milieu à garder :

L’enfant doit apprendre de ses parents l’existence de ses limites.

Première erreur de l’éducation : laisser croire à l’enfant que tous ses désirs doivent être satisfaits. L’enfant fait spontanément une première expérience de la vie, lorsqu’il pense à tant de choses qu’il désire et qui ne se réalisent pas.

Mais on doit l’aider à prendre conscience qu’il y a des choses possibles, d’autres impossibles ; des choses permises et d’autres défendues ; des choses justes et d’autres injustes ; que ses désirs auront toujours à tenir compte des droits et de la volonté d’autrui.

Faute de cette formation, l’enfant deviendra exigeant, insolent, sans aucune considération pour autrui. Il en viendra peu à peu à considérer toute limite qui lui serait imposée comme une injustice.

Seconde erreur : on ne tient aucun compte des désirs de l’enfant.

Dès lors, il concevra de la méfiance, de l’hostilité, de la révolte pour tout ce qui l’entoure.
Nous aurons alors des caractères déprimés, qui s’attendent toujours à quelque rebuffade, qui sont incapables d’éprouver de la joie ou au contraire des psychismes qui deviendront durs, méchants, ne penseront qu’à se venger, à nuire, à torturer les animaux.

La privation perpétuelle de joie pousse aux dédommagements secrets, dans lesquels l’enfant se jette avec ardeur : gourmandise, vol, sensualité.

L’éducation équilibrée devrait amener l’enfant à comprendre, non pas que tout lui est interdit, mais qu’il existe pour lui des limites ; qu’il y a place dans la vie pour la liberté et pour la contrainte ; qu’il peut réaliser certains désirs, mais pas tous.
C’est en somme l’idéal de la civilisation gréco-latine, pour laquelle la démesure est désordre et folie.
Que les parents apprennent à leurs enfants qu’il est raisonnable et sage de travailler à la réalisation de certains désirs, mais aussi de renoncer à certains autres et par suite, qu’il est nécessaire pour l’enfant, et combien, d’accepter ses limites.

(Père GILLET « La formation religieuse aux différents âges … » Tome 1 p. 96)


Éduquer pour le bonheur – La formation morale de l’enfant (livre de synthèse conseillé)