11 – LA FORMATION SPIRITUELLE DES TOUT-PETITS (formation)

La formation spirituelle des tout-petits doit commencer le plus tôt possible, dès la naissance…
À retenir surtout de cette étude : l’importance de la formation très précoce d’un enfant à la vie spirituelle !


Avant d’être un enseignement, la formation religieuse est tout d’abord une formation à la prière.
Mais comment réaliser cela avec des tout-petits, dès 2- 3 mois ?

Principalement, par la prière : car la prière n’est pas d’abord une « formulation« , une récitation de formules, mais elle est, essentiellement, une vie de relation personnelle avec Dieu.

Le tout-petit, « infans« , « celui qui ne sait pas encore parler », ne va pas prononcer des prières, c’est évident. Ce n’est donc pas de cela qu’il s’agit !… Mais il est déjà capable de « capter » le « divin ».

« En enseignant à l’enfant l’art de la prière, vous lui donnez ses premières notions religieuses fondamentales. Il s’agit donc de lui apprendre à prier, nullement de lui faire réciter des prières.
C’est la prière, qui crée ses premiers contacts avec Dieu, et le met sans retard sous l’action du Saint-Esprit. Leur apprendre à prier, c’est le moyen de leur donner une foi vivante. »
(Mgr CHEVROT, la foi de l’enfant et sa formation eucharistique. éd. Téqui)

Cela se fera grâce à un climat favorable – importance du silence, d’un cadre de calme et de recueillement – et surtout par la propre prière des parents.

C’est en priant soi-même qu’on apprend aux enfants à prier.

On ne donne que ce que l’on a. On ne peut pas donner ce qu’on n’a pas. Pour communiquer leur foi à leur tout-petit, les parents ne peuvent mieux faire que de l’associer à leur propre prière.

C’est notre propre vie de prière qui va imprégner l’enfant, comme par osmose. Plus cette vie sera profonde, plus l’enfant pourra s’imprégner du divin.

D’où l’importance, pour l’éveil à la foi de nos enfants, d’avoir nous-mêmes une réelle vie de prière. C’est elle qui sera le moteur de toute notre action éducatrice.

A ce tout premier âge, donc, il n’est donc pas question de lui « expliquer« , de lui « enseigner » la religion, mais il s’agit de lui apprendre à VIVRE SOUS LE REGARD DE DIEU, de s’en savoir aimé et de L’aimer en retour.

C’est la prière qui va l’habituer à vivre en présence de Dieu, au moyen de quelques idées très simples, mais fondamentales :

Dieu est grand :       Il peut tout, Il voit tout.
Dieu est bon :           Il m’aime.
…en retour …              je L’adore. Et pour L’aimer, je Lui obéis.

Cela, même le tout-petit en est capable.
Ce sont là les bases de la vie intérieure chez l’enfant et ces bases sont à établir dès ce moment, pour sa vie entière.

Deux remarques

1 – Un élément indispensable de la prière est le SILENCE et le RECUEILLEMENT :

ce n’est que dans le silence que l’homme peut rencontrer Dieu.

Cette formation au silence avec des petits dès 3-4 ans est non seulement possible mais très bienfaisante… Et elle est indispensable.
Voir le livre Pour que s’épanouisse la foi du tout-petit (pages 41 à 54)

2 – Plus l’enfant est petit, plus la prière doit être courte. Courte, mais belle : surtout, évitons le langage « bébé »… même avec les plus petits !
Devant Dieu pas d’infantilisme, élevons tout de suite notre tout-petit vers le sacré. Les petits sont attirés par ce qui est grand et par la transcendance divine.

N’hésitons pas à prendre avec eux une prière tirée des PSAUMES… Elles sont si belles.
Même s’il ne comprend pas tous les mots, il en goûtera la saveur profonde et le sens du sacré qui s’en dégage.

Particularités psychologiques du tout jeune enfant

Sur le plan spirituel :

1 – l’enfant se sait petit, et il est attiré par ce qui est GRAND.

2 – une faculté d’ÉMERVEILLEMENT : la prière du tout petit enfant est de nature contemplative. Nous en tirerons parti pour l’amener à la prière d’adoration.

3 – le sens du MYSTÈRE
l’enfant vit de plain-pied dans le mystère, il a réellement une intuition profonde, parfois surprenante, des réalités invisibles.

Mais il y a d’autres données, d’ordre physique, dont il nous faudra tenir compte pour sa prière :

– l’enfant a un rythme lent : il faut le respecter. C’est le support de sa capacité de contemplation : il est capital de préserver et cultiver sa faculté de silence.

le besoin de bouger :
Associer le corps à la prière est indispensable pour un tout-petit.
Nous veillerons à équilibrer deux attitudes complémentaires : l’immobilité et le mouvement.

L’immobilité : La prière demande une discipline : se tenir tranquille, pour obtenir le silence indispensable à la prière, en signe de respect, d’adoration.
Cela ne s’obtient pas du premier coup, c’est à acquérir patiemment.

Le mouvement : « l‘enfant comprend en bougeant« .

Les gestes liturgiques : le signe de croix, la génuflexion, ou même le prosternement qui traduit l’adoration, se frapper la poitrine pour demander pardon …

– Ou encore, des gestes pour accompagner la prière, la gestuer : étape provisoire, qui passera avec le temps, mais qui aidera le petit de 3-4 ans à mémoriser les paroles de la prière.

Les étapes de la vie spirituelle du tout jeune enfant

nouveau-né : osmose, l’imprégnation par la prière des parents.

15 mois, prière formulée, mais courte.

2 ans : progression : présence de Dieu – adoration – prier pour tous ceux qu’on aime – dire merci.

3 ans : nous développerons les facultés d’admiration, qui mènent tout naturellement à l’adoration.

4 – 5 ans : l’enfant de cet âge est facilement contemplatif.
Encore faut-il établir autour de lui les conditions qui favoriseront cette disposition fondamentale : cadre, silence, encouragement à un début de prière silencieuse…

Quelques exemples des saints, enfants : Jean-Marie Vianney – Marguerite-Marie – Dominique Savio… Et combien d’autres.

C’est l’âge où seront développées les grandes attitudes de prière : présence de Dieu, adoration, actes d’amour, action de grâces, confiance, demande…
Autant de « pierres d’attente » qui se développeront au fil des années…

Ces grandes attitudes intérieures de la prière sont merveilleusement exprimées dans les psaumes, c’est pourquoi il ne faut pas hésiter à les introduire dans la prière des enfants.

Enfin, simultanément, dès 3 ou 4 ans, la prière du soir doit comporter l’examen de la journée, première ébauche de l’examen de conscience.

– pour ce qu’on a fait de bien, on dit merci à Dieu ;

– pour ce qui a été mal, on Lui demande pardon d’avoir été « méchant » (sous ce terme, on englobe aussi la désobéissance ou toute sorte de caprice…).

Cet âge est de plain pied avec le surnaturel : sachons tirer parti de cette merveilleuse possibilité pour nourrir son âme, dès maintenant, des grandes vertus théologales : foi, espérance, charité.

Vers 7 ans, la faculté de contemplation va faire place, progressivement, à une prière plus « pensée », plus « construite ». Mais la prière de l’enfant restera encore longtemps méditative, dans une attitude de confiance et d’admiration.

8-12 ans : Puis, à mesure que l’intellect et la sensibilité se développent, la prière va devenir plus « cérébrale », discursive, plus émotive ou subjective : elle risque alors de sombrer dans la sensiblerie (le sentimental) et l’automatisme.

Il sera bon alors de varier la prière, de la lui faire préparer lui-même, ou chaque enfant de la famille à tour de rôle. L’important sera d’éviter la monotonie et la routine.

Pour développer la vie spirituelle des enfants

Nous l’avons vu : l’enfant de moins de 6 ans est naturellement attiré par ce qui est grand, il a le sens du MYSTÈRE, et une grande faculté d’émerveillement et de CONTEMPLATION.

Ces dispositions naturelles passeront, pour une bonne part, après l’âge de raison ; mais si elles sont développées en leur temps, l’enfant en gardera toute sa vie une richesse profonde.
Voici donc quelques moyens pour développer sa vie intérieure sur de bonnes bases :

L’adoration du Saint-Sacrement

Ceci explique pourquoi l’on peut très bien amener des enfants dès 4 ans à la prière d’adoration, et les « tenir » 10 minutes, ou même un bon quart d’heure, en adoration devant le Saint-Sacrement.
Cela peut paraître surprenant : un excellent exemple est celui des groupes d’Enfants Adorateurs, comme celui de Montmartre.

Cette formation est excellente pour développer, même chez des enfants aussi jeunes, une véritable VIE INTÉRIEURE. Et si elle continue à être entretenue, ils peuvent en conserver l’habitude toute leur vie.
Cette action est le témoignage que

– non seulement il est possible qu’un enfant si jeune ait une vie intérieure, une vie de relation personnelle avec Dieu dans une prière silencieuse,

– mais qu’il est très souhaitable de cultiver en lui cette possibilité dès cet âge.

L’oraison

En dehors des rares occasions d’adoration du Saint-Sacrement (une fois par mois dans le meilleur des cas), cette vie intérieure de l’enfant va plutôt se manifester par une certaine vie d’oraison.

Certains enfants aiment à aller se recueillir tout seul dans un coin pour « penser à Jésus ». Ce fut le cas d’un grand nombre de saints dans leur enfance (…mais ce n’est pas réservé aux seuls saints canonisés !). Encore une fois, il dépend de nous de rendre la chose possible :

– par l’apprentissage et l’exercice régulier du silence.

– en créant autour de lui le climat favorable : un « coin-prière » qui soit aussi une zone de silence. Il faut bien reconnaître que ce n’est pas toujours facile à réaliser dans des appartements exigus. (C’est souvent plus facile à installer dans la chambre des parents que dans une chambre d’enfants pleine de jouets… et de désordre)

– en encourageant l’enfant dans cette voie. Ce qui suppose que nous ayons nous-mêmes le goût et la pratique de la vie d’oraison.

Pour finir, nous dirons cependant qu’il ne faut pas généraliser : ce ne sont pas TOUS les enfants qui auront cette attirance pour la vie de prière intérieure. Pourtant ils sont plus nombreux qu’on ne croit, pour peu qu’on les y encourage.
Et ce ne sont pas forcément les plus turbulents qui sont les moins « contemplatifs ».

Seulement, si ces dispositions n’ont pas été cultivées, ou encouragées, elles resteront en eux comme une terre en friche, une virtualité qui n’aura pas pu s’épanouir.

Les chapelets d’enfants

Une autre manière d’enrichir la vie de prière des enfants, ce sont les chapelets d’enfants.
Notre-Dame elle-même nous a demandé d’être fidèles à cette belle prière. Et, lorsqu’elle vient sur la terre, c’est à des enfants qu’elle s’adresse pour le demander.

Cela consiste à réunir chez soi quelques enfants du même quartier au moment le plus opportun, à jour et heure fixes, une fois par semaine ou par quinzaine.

La réunion peut se faire soit toujours dans la même famille, soit tantôt chez l’une, tantôt chez l’autre, par roulement, chaque maman prenant à son tour la responsabilité de diriger le chapelet.

Dans certains cas, c’est la même statue – ou icône – de la Sainte Vierge qui est accueillie avec honneur dans chaque famille à tour de rôle (Elle y reste jusqu’à la réunion suivante).

Cette dernière formule met davantage toutes les familles à contribution, mais ce n’est pas toujours possible. Elle a l’avantage que tout ne retombe pas toujours sur la même personne (préparation, accueil, méditation… éventuellement aussi, un petit goûter).

Enfin, il est bon pour les enfants de trouver dans d’autres familles le même esprit qu’à la maison, ce qui va établir un climat d’amitié et d’harmonie.

Installation du coin-prière : on disposera une statue ou une icône de Marie sur une table ou un petit meuble à la hauteur des enfants, sur un joli napperon, quelques fleurs, des bougies allumées.

On commencera par un instant de recueillement pour ramener le silence intérieur, surtout si cette prière a lieu après une journée de classe.
Puis une courte méditation sur le mystère – adaptée à l’âge des participants – introduira la dizaine de chapelet.

Nous conseillons de commencer par une seule dizaine. Puis quand les enfants sont plus formés, ou plus grands, on pourra aller progressivement jusqu’aux cinq du chapelet entier.

L’expérience montre que des enfants de 5 ans en sont tout à fait capables, et même encore avant, dans certaines familles où ils sont entraînés par leurs aînés.

On terminera cette petite réunion par un chant en l’honneur de la Sainte Vierge.

Pour les enfants qui désirent rester encore un peu, après cette réunion, ou qui attendent que leur maman vienne les rechercher, on peut mettre à leur disposition quelques LIVRES D’IMAGES sur la vie de Jésus, de la Sainte Vierge, sur les vies de saints qui ont reçu la visite de la sainte Vierge : sainte Bernadette, sainte Catherine Labouré, les enfants de Fatima, Notre-Dame de la Salette… (collection Belles histoires, belles vies).
Les enfants saisiront mieux ainsi la beauté et la valeur du chapelet.

Les vies de saints

Où nos enfants, en effet, trouveront-ils de meilleurs modèles à imiter, à leur portée, sinon dans la vie de ces saints, et surtout dans leur enfance ? A nous de leur raconter ces histoires, ou de leur mettre en mains des livres où ils trouverons les récits de leurs vies.
On ne peut aimer que ce que l’on connaît : pour leur faire aimer les saints et désirer les imiter, il est bien nécessaire de commencer par les leur faire connaître. Il existe maintenant, sur ces sujets, des quantités d’ouvrages destinés aux enfants.
Pensons, par exemple, à l’admirable exemple d’Anne de Guigné, morte avant les 11 ans, dont la cause de béatification avance à grands pas. Mais il y a bien d’autres exemples d’enfants, souvent morts jeunes, dont la vie fut un modèle de sainteté.

En conclusion

On croit trop souvent qu’il faut attendre 6 ou 7 ans – 4 ou 5 ans dans les meilleurs cas ! – pour entreprendre la formation religieuse d’un enfant, sans se douter qu’on laisse ainsi passer les toutes premières années, les meilleures et les plus précieuses pour établir les fondations de l’éducation spirituelle et religieuse.

Ce qu’il faut donc retenir, c’est l’importance de la formation très précoce d’un enfant à la vie spirituelle.

Certes, il ne faut pas se laisser rebuter par le fait que l’enfant, au début, semble ne pas beaucoup réagir, et tout simplement, souvent, parce qu’il ne parle pas encore. On a parfois l’impression que cela ne l’intéresse pas …

Ne nous laissons pas décourager par cette apparente indifférence, faisons confiance à la grâce qui travaille l’âme de cet enfant, mais « en souterrain »… jusqu’au jour où sa vie de foi va comme « exploser » au grand jour, aux alentours de 6 ou 7 ans : mais ce sera alors une véritable foi solidement enracinée.

Notre tâche n’est pas terminée pour autant, mais les fondations sont établies, poursuivons sans relâche notre rôle d’éducateurs de la foi de nos enfants.