11 – CORPS ET ESPRIT (formation)

Ce document est un premier et important jalon
pour la formation des enfants à la maîtrise de soi,
notion indispensable à toute éducation bien conduite.


Nos tout-petits, dès le berceau, bien avant de pouvoir parler, sont déjà des « personnes humaines ».

Dès qu’ils en seront capables, nous aurons à leur faire prendre conscience de ce qu’ils sont « corps et « esprit », avant de leur apprendre que c’est « l’esprit qui commande au corps ». Premier jalon de la formation à la maîtrise de soi, notion indispensable dans toute éducation bien conduite.

Avant d’aborder directement la formation de nos petits sur ce point, quelques citations du Catéchisme de l’Eglise Catholique (CEC)  et une réflexion de saint Augustin, nous aideront à rafraîchir et préciser nos idées sur ce sujet.

La nature humaine

La personne humaine, un être à la fois corporel et spirituel

La personne humaine, créée à l’image de Dieu, est un être à la fois corporel et spirituel.
Dieu modela l’homme avec la glaise du sol. Il souffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un être vivant. (Gn 2, 7). L’homme tout entier est donc voulu par Dieu. (CEC 362)

L’homme est fait d’un corps et d’un esprit

C’est la particularité de la nature humaine. L’homme est fait d’un corps et d’un esprit, non pas à la manière d’une superposition de deux éléments distincts, mais comme fusionnés l’un dans l’autre :

L’unité de l’âme et du corps est si profonde que l’on doit considérer l’âme comme la « forme » du corps, c’est-à-dire que c’est grâce à l’âme spirituelle que le corps, constitué de matière, est un corps humain et vivant ; l’esprit et la matière dans l’homme ne sont pas deux natures unies, mais leur union forme une unique nature. (CEC 365)
 
Il y a une interdépendance entre le corps et l’âme, ce qui fait que les réactions de l’un se font inévitablement ressentir sur l’autre. Un exemple :
une tenue ferme et vigoureuse du corps, la sobriété, facilitent la vie de l’esprit, et donc la prière ;
la mollesse, la recherche de la facilité, de ses aises ou de son plaisir ne sont jamais favorables ni à l’étude, ni à la volonté, ni à la prière.

A nous d’en tenir compte dans l’éducation d’un enfant :
Nous aurons donc non seulement à prendre soin de son corps (c’est même cela que nous ferons en premier), le nourrir, veiller à sa santé, l’habiller pour qu’il n’ait pas froid…, mais nous aurons aussi et surtout à veiller au bon développement de son esprit : son intelligence, sa volonté, sa mémoire, le sens du beau, le sens moral, etc.
Tous ces éléments sont nécessaires pour la formation de « l’homme complet ».

L’âme

Souvent, le terme âme désigne dans l’Écriture sainte la vie humaine ou toute la personne humaine.
Mais il désigne aussi ce qu’il y a de plus intime en l’homme et de plus grande valeur en lui, ce par quoi il est plus particulièrement image de Dieu : « âme » signifie le principe spirituel en l’homme. (CEC 363)
 
L’Église enseigne que chaque âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu, elle n’est pas « produite » par les parents. (Pie XII Humani generis. 1950)
Elle nous apprend aussi qu’elle est immortelle (V° concile du Latran. 1513) : elle ne périt pas lors de sa séparation du corps dans la mort, et s’unira de nouveau au corps lors de la résurrection finale. (CEC 366)

Le corps

Le corps de l’homme participe à la dignité de l’image de Dieu : il est corps humain précisément parce qu’il est animé par l’âme spirituelle, et c’est la personne humaine tout entière qui est destinée à devenir dans le Corps du Christ le Temple de l’Esprit :
Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous,
que vous avez reçu de Dieu, et que vous n’êtes plus à vous-mêmes ?
Car vous avez été rachetés à prix. Glorifiez donc Dieu dans vos corps. (1 Co 6, 19-20) (CEC 364)

« Âme » et « esprit »

Parfois il se trouve que l’âme soit distinguée de l’esprit.
Ainsi, saint Paul prie pour que « notre être tout entier, l’esprit, l’âme  et le corps », soit gardé sans reproche à l’Avènement du Seigneur (1 Th 5, 23). L’Église enseigne que cette distinction n’introduit pas une dualité dans l’âme (4° concile de Constantinople. 870)

« Esprit » signifie que l’homme est ordonné dès sa création à sa fin surnaturelle, et que son âme est capable d’être surélevée gratuitement à la communion avec Dieu. (CEC 367)
 
La tradition spirituelle de l’Église insiste aussi sur le cœur, au sens biblique de « fond de l’être » (Jr 31, 33) où la personne se décide ou non pour Dieu. (CEC 368)

Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de Moi. (Is 29, 13)

Je vous purifierai et je vous donnerai un cœur nouveau,
et je mettrai au-dedans de vous un esprit nouveau. (Ez. 36,26)

L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs
par l’Esprit-Saint qui nous a été donné. (Rm 5, 5)

Réflexion plus approfondie sur le corps et l’âme avec saint Augustin

Tu es homme : tu as un esprit et tu as un corps.
Je dis esprit ce qui s’appelle l’âme, par laquelle tu reconnais être un homme, puisque tu es composé d’une âme et d’un corps.
En effet, tu possèdes un esprit invisible et un corps visible. Dis-moi, lequel des deux vit en dépendance de l’autre ? Ton esprit vit-il par ton corps, ou ton corps par ton esprit?
Quiconque vit répond ; mais celui qui ne peut répondre, je ne sais s’il vit vraiment.
Que répond tout homme vivant ? En vérité, mon corps vit par mon esprit.
Veux-tu donc, toi aussi, vivre par l’Esprit du Christ ? Demeure dans le Corps du Christ.
(Saint Augustin. Traité 26 sur Jean)

En effet, l’esprit qui est en toi, ô homme, grâce auquel tu sais être homme, anime-t-il un membre que l’on trouve séparé de ta chair ?
J’appelle ton esprit ton âme. Ton âme ne vivifie que les membres qui sont unis à ta chair.
Si tu en retranches un, il ne reçoit plus désormais la vie de ton âme, parce qu’il n’a plus de part à l’unité de ton corps.
Ces paroles sont dites pour que nous aimions l’unité et craignions la séparation.
Un chrétien, en effet, ne doit rien tant redouter que d’être séparé du corps du Christ.
Car s’il est séparé du corps du Christ, il n’en est point membre et, s’il n’en est point membre, il n’est pas animé par son Esprit.
Or, quiconque, dit l’Apôtre, n’a point l’Esprit du Christ, celui-là n’est point à Lui.
C’est donc l’Esprit qu vivifie ; quant à la chair, elle ne sert de rien.
Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie.
Ces paroles, les as-tu entendues selon l’esprit ? Alors, elles sont esprit et vie.
Les as-tu entendues selon la chair ? Certes, elles sont encore esprit et vie,
mais elles ne le sont pas pour toi. (Saint Augustin. Traité 27 sur Jean)
 

Le corps et l’esprit, expliqués à des petits de 4 ans

C’est volontairement que, dans nos explications avec l’enfant, l’on n’emploie qu’un seul mot, « esprit », sans parler encore de « l’âme », ce qui embrouillerait l’enfant. Nous introduirons ce nouveau terme  plus tard dans l’année, nous dirons alors que l’esprit qui est avec notre corps s’appelle une « âme ».

Cette leçon est d’une importance capitale : elle convient à des enfants à partir de 4 ans.
Il est conseillé de la fractionner en plusieurs fois, pour doser la progression, en fonction de l’âge et de la maturité. Peut-être même faudra-t-il y revenir plusieurs fois pour s’assurer que cette notion est bien acquise chez l’enfant.

Il s’agit de faire prendre conscience à l’enfant du fait qu’il est corps et esprit, et de lui faire découvrir par là ce qu’est l’esprit : « ce qui commande au corps ».
Le corps, c’est ce qui se voit : la tête, les bras, les jambes… (faire détailler…)
L’esprit, on ne le voit pas, mais c’est « ce qui commande au corps ».

Rien de tel, alors, que de passer aux « travaux pratiques » :
Commande à ta main de se lever… Commande à ta main de se poser sur tes genoux…
Commande à tes yeux de se fermer… Commande à tes yeux… de rester encore fermés !…
Maintenant, commande-leur de se rouvrir… etc.

Qu’est-ce qui commande à ton corps ?
– C’est moi ! »
– Oui, c’est ton esprit.

Alors, qu’est-ce qui est le plus grand, le corps ou l’esprit ?
– C’est l’esprit !
– Oui, c’est l’esprit. Et pourtant, on ne le voit pas.

L’esprit, c’est plus important que le corps. C’est avec ton esprit que tu peux penser, vouloir, aimer…
Tous les hommes (et les femmes aussi !), tous, nous avons un esprit et un corps.

On peut multiplier ce genre de petits exercices à l’infini :
Je commande à mes mains d’attacher mes boutons…
Je commande à mes pieds de monter l’escalier…
Je commande à mes yeux de ne pas regarder dehors au moment de la prière…
Je commande à mes oreilles d’écouter la maîtresse en classe, à mes pieds de ne pas bouger… Etc.

Cela conduit insensiblement l’enfant sur la voie de l’obéissance à un ordre reçu, à s’appliquer à son travail de classe, à rendre un service, voire à maîtriser une colère (plus difficile !), etc.

Ce que nous aurons à retenir de cette « leçon », c’est ceci :

Le corps, c’est ce qu’on peut voir et toucher,
L’esprit, on ne peut pas le voir, ni le toucher : mais c’est ce qui me permet de commander à mon corps et c’est ce qui nous sert à comprendre.
Et puisque l’esprit commande au corps, cela veut dire qu’il est plus important que le corps, et le corps doit lui obéir.